France-Turquie : « On craint un peu, forcément »… Faut-il s’attendre à des débordements autour du match ?

FOOTBALL Cette rencontre entre les deux premiers de leur poule de qualification à l'Euro se déroule dans un contexte géopolitique particulier

Nicolas Camus

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Des supporters de Galatasaray lors d'un match contre le PSG, le 1er octobre 2019 (photo d'illustration).
Des supporters de Galatasaray lors d'un match contre le PSG, le 1er octobre 2019 (photo d'illustration). — OZAN KOSE / AFP
  • L'équipe de France affronte la Turquie, lundi, dans le cadre des éliminatoires à l'Euro 2020. 
  • Cette rencontre a lieu dans un contexte géopolitique tendu, en raison de l'opération militaire turque en Syrie, condamnée (notamment) par le président Emmanuel Macron. 
  • Le match, où près de 30.000 supporters turcs sont attendus, est classé à haut risque, mais les acteurs veulent croire qu'on ne parlera que de sport au Stade de France.

C’est un match pour entériner la qualification pour l’Euro 2020, et aussi effacer la performance désastreuse de la première manche, il y a quatre mois. Mais si les Français voudront montrer qu’on ne peut pas leur marcher dessus impunément, il va falloir se montrer intelligent dans la manière de le faire. Histoire de ne pas attiser plus qu’il ne faut les braises sur lesquelles repose ce France-Turquie, disputé dans un contexte géopolitique tendu.

Le déclenchement la semaine dernière par le président turc Recep Tayyip Erdogan d’une offensive contre les Kurdes de Syrie, fermement condamnée par de nombreux chefs d’État dont Emmanuel Macron, a alourdi le climat autour de cette rencontre. D’autant qu’on annonce entre 30.000 et 40.000 supporters turcs, venus d’Allemagne et des autres pays limitrophes, dans les tribunes du Stade de France. Malgré la discussion récente entre Noël Le Graët et l’ambassadeur turc en France, leur mécontentement envers la politique internationale française pourrait s’entendre très fort au moment de la Marseillaise, déjà sifflée en juin dernier à Konya.

Ce serait là un moindre mal. La menace de débordements autour de ce match, réelle, a incité la préfecture de police de Paris à le classer à haut risque. Quelque 600 policiers (CRS et unités mobiles) seront mobilisés aux abords du stade, soit le double de d’habitude. Les effectifs des stadiers seront également renforcés, et le speaker du stade sera accompagné par un représentant de la délégation turque, au cas où. La vente d’alcool sera interdite autour de l’enceinte.

« On n’aborde pas ce match de la manière la plus sereine. On craint un peu les débordements, forcément, reconnaît Fabien Bonnel, le capo des Irrésistibles Français. Personnellement j’ai hâte que ce match soit passé. » Le précédent du dernier France-Turquie, en 2009 à Lyon, avec une interruption due à des jets de projectiles et des craquages de fumigènes, n’incite pas non plus à l’optimisme, dans un tout autre contexte. Combien vont vraiment être les Turcs ? L’ambiance sera-t-elle hostile ? « On est comme vous, on se demande beaucoup de choses », répond Bonnel.

« C’est un match de football, dans un stade de football »

Interrogé sur ce contexte en conférence de presse, hier, Didier Deschamps n’a pas souhaité s’étendre. « Je ne veux pas rentrer là-dedans. Ce qui m’intéresse c’est uniquement le match et ce qui se passera sur le terrain, a balayé le sélectionneur. Les problèmes géopolitiques, ils sont là. Que cela ait des conséquences, forcément, sur l’environnement du match. Mais c’est un match de football, dans un stade de football. Il faut faire en sorte de rester concentré là-dessus. »

Un peu plus tard, son homologue turc, Senol Günes, ne s’est quant à lui pas embarrassé du principe de non-ingérence. Comme ses joueurs, qui ont marqué leur soutien aux soldats en effectuant un salut militaire lorsqu’ils ont marqué le but de la victoire vendredi contre l’Albanie, il a défendu l’opération menée par son pays. Longuement. Avant de bien préciser, toutefois, que tout ceci ne pouvait servir d’excuse à des débordements autour du match :

Je veux m’adresser aux supporters turcs, et même aux autres : s’ils viennent voir ce match, c’est pour le plaisir de voir du foot. Je veux qu’ils applaudissent, même la France s’ils veulent, car le foot c’est la paix, la fraternité. Je veux que tout le monde se souvienne de ces principes. Et quel que soit le résultat, j’espère que les deux équipes se féliciteront à la fin, sur le terrain et dans les tribunes. »

Personne ne s’attend à ce que ça aille jusque-là non plus, mais c’était bien de faire passer le message.