CAN: «Ce sacre clôturait une décennie bénie pour l'Algérie», quand les Fennecs remportaient la Coupe d'Afrique 1990

VOUS TEMOIGNEZ Vous nous avez raconté vos souvenirs de la victoire de l'Algérie à la CAN 1990

B.V. et N.C.

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Les Algériens fêtent la qualification pour la finale de la CAN, en 2019 (photo d'illustration).
Les Algériens fêtent la qualification pour la finale de la CAN, en 2019 (photo d'illustration). — RYAD KRAMDI / AFP
  • L'Algérie dispute la finale de la Coupe d'Afrique des Nations, vendredi, face au Sénégal.
  • C'est la première fois depuis 1990 que les Fennecs parviennent à ce stade de la compétition.
  • Cette année-là, ils avaient remporté leur première - et unique - CAN, à domicile.
  • Nous avons compilé vos souvenirs de cette soirée du 16 mars, avec l'appui d'un journaliste qui couvrait ce match. 

Vendredi soir, l’Algérie aura l’occasion de renouer avec son histoire. Vingt-et-un ans après leur premier et unique titre en Coupe d’Afrique, les Fennecs affrontent le Sénégal en finale et espèrent revivre un moment aussi fort que lorsque Chérif Oudjani, d’une frappe de 25 mètres, a fait exploser le stade du 5-Juillet, à Alger. Plusieurs internautes, dont nous avons recueilli les témoignages, se souviennent de cette époque dorée du football algérien.

« 1990 fut le sacre d’une génération dorée, explique Azerki, 15 ans à l’époque. Ce fut l’aboutissement d’une longue décennie qui marqua le football algérien avec des joueurs aussi talentueux que Madjer, Belloumi, Assad, Fergani, Oudjani, j’en passe et des meilleurs… Avec deux participations au mondial 1982 et 1986 (avec une victoire face à l’Allemagne de l’Ouest en 82), l’Algérie faisait partie du gotha international en termes de ballon rond. Le sacre de 1990 clôturait une décennie bénie. »

Un stade entré en éruption

A domicile, l’Algérie était le grand favori de la compétition. Elle a assumé dès le match d’ouverture, en laminant le Nigeria (5-1), avant de le retrouver en finale, en conclusion d’un parcours idyllique. « Jamais, de mémoire d’Algérien, une sélection nationale n’a vaincu une grande nation du football africain avec quatre buts d’écarts comme ce fut le cas lors du match d’ouverture, poursuit Ali. Ce résultat donnait le ton. Mais la finale fut tout autre chose et le but de Oudjani a été vraiment dur à obtenir. Paradoxalement, cela a rendu la victoire encore plus valeureuse aux yeux des supporters, dont certains venus de l’intérieur du pays, étaient là depuis la veille ! »

L’engouement a en effet gagné peu à peu tout le pays en ce début du mois de mars. Pour la finale, le stade, d’une capacité de 85.000 places, est entré en éruption. Plus de 110.000 personnes ont pris place dans les tribunes, établissant le record de l’enceinte. « L’image qui me vient, c’est l’ambiance extraordinaire qui a régné pendant six ou sept heures ce jour-là. Car les portes du stade avaient été ouvertes bien avant le coup d’envoi, se remémore Yazid Ouahib, alors journaliste pour le quotidien El Moudjahid. Les gens ont créé une ambiance fabuleuse. Il y avait une vraie communion entre le public et ses joueurs. »

L’ambiance, déjà surchauffée, est encore montée d’un cran au coup d’envoi. « Durant 90 minutes, tous les cœurs des Algériens battaient en même temps, enchaîne Samya, 17 ans à l’époque et dont la maison se trouve juste à côté du stade. C’était le plus beau jour de ma vie, je voyais tous les Algériens heureux et il n’y avait que le ballon pour réussir cela. Les joueurs ont été formidables et surtout, ils ont réussi à rendre le peuple très fier d’eux. »

Le sélectionneur Abdelhamid Kermali, tel « un homme politique en meeting »

Ce dernier ne s’est pas privé de fêter cette victoire jusqu’au petit matin. « A la fin du match, toute l’Algérie était en transe. Pas seulement à Alger, hein, dans tout le pays. C’était notre première grande victoire. Le football est plus qu’une religion chez nous », rappelle Yazid Ouahib, qui a toujours en mémoire la conférence de presse d’après victoire du sélectionneur Abdelhamid Kermali, dont chaque réponse, même la plus banale, était ponctuée d’une ovation. « On aurait dit un homme politique en train d’animer un meeting », dit-il en riant.

Le journaliste reprend : « Nous avons travaillé une bonne partie de la soirée. Le siège du journal était en plein centre-ville. Dehors, il y avait une ambiance extraordinaire, des klaxons, des cortèges de véhicule à n’en plus finir, des gens qui faisaient la fête. »

En direct à la télé française

En France aussi, toutes proportions gardées. Même si peu d’entre vous nous ont parlé des festivités ce soir-là dans l’Hexagone, vous êtes nombreux à vous souvenir que cette finale était l’un des premiers matchs de l’Algérie et de la Coupe d’Afrique diffusés en direct à la télévision française.

« Antenne 2 avait diffusé la finale de la CAN dans l’émission Stade 2, se souvient Hamid. C’était magnifique et aussi nouveau pour le public que nous étions. Issus de l’immigration algérienne, on voyait les stars de l’époque comme Madjer en direct, c’était grandiose. Enfin le succès dans la compétition avait encore plus de saveur car la finale avait lieu à Alger. Pour l’histoire du football algérien, c’était une forme de consécration. »