Equipe de France: «Je ne veux pas être l’élément parasite de trop»… Suiveur n°1 de sa sœur Griedge Mbock, Erwan joue les conseillers de l’ombre

INTERVIEW Gridege Mbock réalise pour le moment un début de Coupe du monde sans faute avec l'équipe de France

Aymeric Le Gall

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Griedge et Erwan Mbock, à l'Elysée après la victoire de l'OL en Ligue des champions
Griedge et Erwan Mbock, à l'Elysée après la victoire de l'OL en Ligue des champions — Erwan Mbock
  • C’est avec son frère, dans le quartier de Pontanezen à Brest, que Griedge Mbock a commencé le football. Aujourd’hui la voilà titulaire en défense centrale en bleu et à l’OL.
  • Erwan Mbock, footballeur au Stade Briochin en N2, a toujours suivi de très près la carrière de sa petite sœur.
  • Alors que les Bleues affrontent le Brésil en huitième de finale, il a accepté de nous parler de sa relation avec Griedge et de leur amour pour le foot.

Entre Griedge Mbock, la défenseuse centrale de l’OL et de l'équipe de France, et son frère, Erwan, qui évolue au Stade Briochin (à Saint-Brieuc) en National 2, il est forcément beaucoup, beaucoup question de ballon. Et comme c’est en le suivant pour taper des foots dans le quartier de Pontanezen, à Brest, où ils ont grandi avec leur mère et leur petit frère, qu’elle a commencé à se découvrir une passion, pas étonnant que rien n’ait changé depuis que la frangine est entrée dans une autre dimension.

Fan de tactique, Erwan s’intéresse aux équipes féminines de football depuis de nombreuses années. Et il n’hésite jamais à donner des petits conseils à Griedge, sans jamais empiéter sur le travail du coach où, en cette période de Mondial, de la sélectionneuse Corinne Diacre. Depuis que la Coupe du monde a débuté, il a même préféré ranger ses analyses au placard, pour ne pas parasiter sa sœur. Même s’il continue de l’avoir au téléphone presque tous les jours. Avant le France-Brésil de dimanche soir, on avait plein de questions à lui poser.

A quel âge Griedge a-t-elle commencé à s’intéresser au foot ?

Elle a commencé à peu près comme tous les enfants, vers cinq ou six ans. Peut-être un an avant d’entrer dans un club en débutant. Elle y a pris goût en m’accompagnant pour taper la balle dans le quartier, on jouait ensemble en bas de chez nous. En plus elle jouait bien donc il n’y avait pas de chambrage.

Tous les frangins ne feraient pas ça…

Moi, en fait, je voulais un partenaire de jeu donc quand mes potes du quartier n’étaient pas là, il y avait ma petite sœur. Et comme on n’a pas trop d’écart d’âge et qu’à côté, mon petit frère était encore tout jeune, il venait à peine de naître, c’était pratique qu’elle soit avec moi. Que ce soit une fille, pour moi ça ne changeait rien. Et puis, avec ma réflexion d’un enfant de huit ans, je me disais déjà que si elle devenait super forte, elle pourrait vite aller en équipe de France.

Ah oui, vous aviez déjà ça en tête ?

Oui. A l’époque, chez les garçons, l’équipe de France était championne du monde et championne d’Europe, elle était super forte, mais à l’inverse les filles ce n’était pas trop ça. Pour un petit qui rêve d’aller en équipe de France, ça peut arriver mais c’est quand même super compliqué, alors qu’en équipe de France féminine, ça me semblait beaucoup plus accessible. Là, on a battu la Norvège, ça paraît normal, c’est largement à la portée de l’équipe de France, mais à l’époque, une équipe comme ça, c’était un exploit de la battre. Du coup je me disais que t’avais forcément plus de chance de devenir internationale en étant une fille que pour moi ou un autre garçon d’aller chez les Bleus.

Vous vous êtes rendu compte assez vite qu’elle avait un très bon niveau ?

Je ne dirais pas que je m’en suis rendu compte rapidement car on a été vite séparé. Comme j’ai rejoint le Stade Brestois en jeunes, je ne pouvais pas trop suivre ses matchs jusqu’à ses 16 ans. J’étais souvent en déplacement, c’était compliqué. Mais dès ses premières sélections en équipe de France de jeunes, j’ai compris qu’elle allait aller là-haut et que c’était juste une question de temps.

Vous saviez quand même comment ça se passait pour elle à ses débuts, quand elle jouait en club au SC Pontanezen puis à l’AS Brestoise, avec les garçons ?

De ce que j’entendais, ça se passait déjà bien pour elle. Dans les tournois où les matchs qu’elle faisait, on entendait qu’elle avait un bon niveau, on voyait qu’elle arrivait déjà à cet âge-là à stopper les bons joueurs du coin. Du coup ça forçait le respect et elle s’est imposée comme ça. C’était un peu la coqueluche de son équipe ou, en tout cas, quand il y avait un problème, les gars de son équipe étaient là pour la défendre si quelqu’un lui faisait une remarque où cherchait à l’embêter.

Contre la Corée du Sud, au Parc des Princes, Mbock a failli marquer un but acrobatique.
Contre la Corée du Sud, au Parc des Princes, Mbock a failli marquer un but acrobatique. - Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

Vous avez suivi les équipes féminines de football très tôt, c’est ça ?

Oui, dès qu’elle s’est mise à jouer avec nous au quartier, à l’époque de Marinette Pichon en équipe de France. Et encore plus quand elle a commencé à faire ses sélections en jeunes. Toute cette génération, les Tounkara, Geyoro, Cascarino, je les connais et je les suis depuis des années.

Pour l’époque, c’était rare de voir un jeune garçon s’y intéresser autant. Vous êtes un peu un pionnier, quelque part ?

A l’époque ou Corinne Diacre et Marinette Pichon jouaient, ce n’était pas les mêmes conditions qu’aujourd’hui. Mais je me disais que le football féminin allait vite se développer, qu’il allait gagner en exposition médiatique et j’imaginais bien qu’au moment où Griedge allait intégrer l’équipe de France, ça ne serait plus comme avant. Mais honnêtement je n’imaginais pas qu’on atteindrait ce niveau, cette exposition, comme c’est le cas en ce moment. Donc pionnier, je ne sais pas, mais en tout cas j’avais senti ce qui était en train de se passer, oui.

Vous regardez tous ses matchs ?

Aujourd’hui, vu qu’ils sont télévisés, c’est bien plus facile de la suivre au quotidien, même si j’ai mes matchs à côté. Je regarde tous ses matchs et on se fait des petits retours tous les deux ensuite.

L’aspect tactique du foot, c’est quelque chose qui vous a toujours intéressé ?

Ouais, j’ai toujours aimé ça.

On lisait que vous alliez jusqu’à analyser les matchs de ses adversaires avant qu’elle ne joue, c’est vrai ?

Non, ce n’est pas que je me refais les matchs de ses futures adversaires, mais comme je connais déjà tout, c’est plus facile pour moi d’en parler. Je vais donner un exemple, comme ça : admettons qu’elle joue en finale contre Barcelone, ben je ne vais pas regarder les dernières rencontres de Barcelone, c’est juste que j’ai vu tous les matchs du Barça tout au long de l’année, je sais comment elles jouent, je connais leurs recrues et les effectifs. C’est tout. Après, Griedge est déjà très calée donc, en soi, j’ai pas non plus besoin de trop en rajouter. On a simplement des discussions entre un grand frère et sa sœur, on parle de tout et de rien, et comme le match arrive forcément on finit par parler de ça. Je lui dis ce que j’ai vu, elle me dit ce qu’elle a vu, et on échange.

Mbock a remporté la Ligue des champions la saison dernière avec l'OL, face au Barça.
Mbock a remporté la Ligue des champions la saison dernière avec l'OL, face au Barça. - Tobias SCHWARZ / AFP

Vous regardez beaucoup de football féminin ?

Ouais, que ce soit des équipes de jeunes, le championnat espagnol, allemand, français évidemment, les sélections nationales. Je ne peux pas dire combien de matchs je regarde par an, mais c’est sûr que j’en regarde énormément.

Et le foot masculin ?

Pareil, je regarde tout. Ce que je suis le plus ces dernières années, c’est la Ligue 2 puisqu’il y avait le Stade Brestois, mais globalement je regarde tout ce que je peux, même le National où la N2 comme maintenant c’est diffusé sur YouTube ou les chaînes câblées.

Travailler dans un staff ou coacher, c’est quelque chose qui pourrait vous intéresser à l’avenir ?

Coacher je ne sais pas, mais devenir scout par exemple, ça oui, ça pourrait me plaire. Superviser des joueurs, faire des rapports, de l’analyse vidéo. Mais coacher et gérer tout l’environnement qu’il y a autour d’un groupe, faire une équipe, s’occuper des déçus qui ne jouent pas, je ne sais pas.

On lisait dans L’Equipe qu’avant le match retour de l’OL contre Wolfsburg, en Ligue des champions cette saison, vous lui avez donnée des conseils au sujet de l’attaquante polonaise Ewa Pajor. Vous pouvez nous en dire plus ?

J’avais vu des matchs de Wolfsburg et de l’attaquante polonaise, et des highlights d’elle avec la Pologne sur YouTube, et j’avais noté que Pajor aimait beaucoup partir en rupture. J’ai donc juste donné deux, trois conseils à Griedge pour se débarrasser d’elle super facilement et ça a bien fonctionné lors du match. Au lieu de partir en rupture et de se retrouver devant la gardienne, comme elle le faisait habituellement, là elle s’est beaucoup retrouvée hors jeu.

Vous continuez à avoir votre petite routine après les matchs où c’est plus compliqué en période de Coupe du monde ?

Je l’ai au téléphone presque tous les jours. Après, on ne parle pas forcément de foot. Je ne sais pas trop comment ça peut se passer un Mondial, mais j’imagine que ce n’est pas facile à gérer, qu’il y a beaucoup d’éléments extérieurs parasites et je veux éviter d’être l’élément parasite de trop. Je ne veux pas lui bourrer le crâne, elle sait ce qu’elle a à faire et il y a un staff qui fait bien son boulot et qui est là pour ça.

Vous la trouvez comment en ce moment, elle est sereine, comme les joueuses ne cessent de le répéter au sujet de tout le groupe ?

Je ne peux pas parler pour tout le groupe, mais ma sœur je la connais, elle est sereine, elle est calme, je ne trouve pas que l’enjeu l’inhibe. Sur les trois premiers matchs, je l’ai trouvée solide, appliquée, et je n’ai pas l’impression qu’elle soit perturbée par l’événement. Et puis mine de rien, elle a déjà beaucoup d’expérience du haut niveau, elle a déjà participé à ce genre de compétitions en jeune, sans parler de la Ligue des champions avec l’Olympique Lyonnais.

Dimanche c’est France-Brésil, vous les avez vues jouer un peu depuis le début du Mondial ?

Pas tous les matchs, mais j’ai notamment regardé celui contre l’Italie. Aujourd’hui, tout le monde parle de Marta mais, pour moi, le danger il est autre. Il y a notamment Cristiane, qui a joué au PSG et qui, pour le coup, me fait beaucoup plus peur que Marta. Et il y a Ludmila aussi qui est pas mal et qui joue à l’Atlético de Madrid. Le truc avec le Brésil, c’est qu’il y a une différence notoire entre le pouvoir offensif et leur capacité à bien défendre. C’est là où le bât blesse. Devant, elles ont des joueuses exceptionnelles mais qui rechignent un peu à faire les taches défensives. Et comme derrière c’est pas forcément l’assurance tout risque, s’il y a bien quelque chose à exploiter c’est là-dessus.