Coupe du monde féminine: «On se dit qu’on va prendre des petits ponts»... Ça signifie quoi France-Brésil chez les femmes?

FOOTBALL Quand on pense à cette affiche, les premières images qui viennent en tête sont forcément liées aux garçons… Pour l’instant ?

Nicolas Camus

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Wendie Renard et Amandine Henry lors de France-Brésil à Nice, en amical, en novembre 2018.
Wendie Renard et Amandine Henry lors de France-Brésil à Nice, en amical, en novembre 2018. — Christophe SIMON / AFP
  • L’équipe de France va affronter le Brésil en 8e de finale de la Coupe du monde.
  • Une affiche qui convoque de très beaux souvenirs, avec quelques confrontations mythiques chez les hommes.
  • Si l’historique entre les deux nations n’est pas le même chez les femmes, le prestige de l’affiche demeure.

Un France-Brésil en Coupe du monde, on n’a jamais rien trouvé de mieux pour exciter l’amateur de foot. Le maillot jaune de la Seleçao, la dégaine de Socrates, la course de Luis « petit bonhomme » Fernandez après le tir au but de la gagne en 1986, les Bleus sur le toit du monde en 1998 ou le match d’extraterrestre de Zidane en 2006 sont autant de souvenirs qu’on aime convoquer de temps en temps pour se rappeler à quel point ce sport est beau – surtout quand la victoire est au bout, bien sûr. Alors on en veut toujours plus.

Les images imprimées dans notre cerveau ramènent toujours aux garçons. Même parmi les Bleues, anciennes ou actuelles. Poids de l’histoire oblige. « Ce que ça m’inspire, France-Brésil ? Je pense à 98, c’est ça qui m’a donné envie de jouer au foot », racontait l’attaquante Viviane Asseyi mercredi en conférence de presse. « Moi, dès que j’entends France-Brésil ça me fait penser à Zidane, relate quant à elle Laetitia Tonazzi, 66 sélections entre 2002 et 2014. Je me souviens du match de 2006 [en quart de finale], pour nous le Brésilien, c’était Zidane. Il était au-dessus, et de loin. C’était magnifique de le voir jouer. »

Cette réalité tient aussi au fait que les Brésiliennes n’ont pas le même passé que leurs homologues masculins. Elles n’ont jamais été championnes du monde (finalistes en 2007), et au-delà du palmarès, n’ont pas l’image d’un géant absolu. Il n’empêche, le Brésil, ça reste le Brésil.

« Il y a toujours de l’adrénaline, c’est le pays du football ! Tout le monde veut jouer contre le Brésil, s’exclame Elodie Thomis, qui a affronté trois fois les Auriverdes en 141 capes. C’est vraiment quelque chose à vivre en tant que joueuse. On se dit qu’on va prendre des petits ponts, qu’il faut fermer les jambes (rires). Ça fait partie de leur jeu, filles comme garçons. Ça a toujours donné de beaux matchs, intenses, techniques. Là, ça le sera encore, en plus c’est en Coupe du monde. »

« Elles peuvent faire des trucs de fou, mais collectivement ce n’est pas toujours ça »

Les Françaises ont déjà croisé les Brésiliennes lors d’un Mondial. Pas grand monde ne s’en souvient. C’était en phase de poule, en 2003, à une époque où la France prenait à peine conscience qu’elle disposait d’une sélection féminine de niveau internationale. « On avait un moins bon niveau qu’elles, c’était quelque chose d’énorme pour nous de les jouer, se remémore Laetitia Tonazzi, qui honorait ce jour-là sa 7e sélection. Mais même si on était inférieures, on s’est battues avec nos qualités. Leur problème, c’est qu’individuellement, elles peuvent faire des trucs de fou, mais collectivement ce n’est pas toujours ça. » Et les Bleues en avaient profité pour arracher un match nul (1-1) grâce à Marinette Pichon. Une belle performance, mais inutile, la France terminant troisième de sa poule.

Six autres rencontres ont suivi, en amical. Les Bleues peuvent se vanter de n’en avoir perdu aucune, et même d’avoir très facilement battu les Brésiliennes lors du dernier amical à l’automne dernier (3-1). Confirmant l’évidence du moment : si les Bleues font partie des trois ou quatre grands favoris au titre mondial, le Brésil est un bon cran au-dessous (10e au classement Fifa). Et ce malgré la présence « de grosses individualités comme il en existe chez les garçons » rappelle Thomis, qui parle là de Cristiane, et surtout Marta. « Les gens autour de moi qui ne connaissent rien au football féminin, ils vont me dire "ah oui je connais Marta, elle est trop forte". C’est vraiment la légende, la référence, note Tonazzi. Tout le monde a un peu peur d’elle, même si c’est moins vrai ces derniers temps. »

Bien qu’en fin de règne, à 33 ans, la « Reine », 119 buts en 146 sélections, élue meilleure joueuse du monde en 2006, 2007, 2008, 2009, 2010 et 2018, illustre à elle seule la grandeur du match à venir. Cette affiche est en fait le 8e de finale parfait, alléchante sur le papier et largement jouable sur le terrain, au regard des performances des Auriverdes cette année et lors de leurs trois matchs de poule. « C’est très abordable pour les Bleues si elles jouent à leur niveau, estime Elodie Thomis. Mais attention, on parle d’une phase finale de Coupe du monde, il va y avoir une sacrée pression sur ce match. Ça va donner ! » Voilà le moment d’écrire un nouveau pan de l’histoire des France-Brésil.