Bayern Munich: Palmarès hors norme, caractère bien trempé et humour singulier… Comment «Kaiser Franck» a conquis les Allemands

FOOTBALL Ribéry disputera ce samedi la finale de la Coupe d'Allemagne, le dernier match de sa carrière sous les couleurs du Bayern

Maxime Ducher

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Robben va manquer au Bayern, Ribéry...aussi.
Robben va manquer au Bayern, Ribéry...aussi. — Matthias Schrader/AP/SIPA
  • Franck Ribéry est arrivé en 2007 au Bayern Munich après deux ans à l'OM.
  • En 12 ans, le Boulonnais s'est batti un palmarès parmi les plus fournis du club bavarois.
  • Il a laissé son empreinte au Bayern mais également dans toute l'Allemagne, son pays d'adoption.

C’est la der des der. Un seul titre manque à Franck Ribéry pour rejoindre Oliver Kahn (23 titres) au panthéon des vainqueurs de trophées du Bayern Munich. Ce samedi, face au RB Leipzig, le numéro 7 du Bayern aura l’occasion de décrocher une sixième Coupe d’Allemagne avec son club. L’occasion d’un « happy ending » à la sauce bavaroise pour celui qui a décidé à l’été 2007 de délaisser le vieux Port pour l’Oktoberfest. Après douze années à sillonner les pelouses de Bundesliga, c’est donc la fin (ou pas) de l’histoire d’amour entre Franck Ribéry et l’Allemagne.

Du haut de son mètre 70, « Ti Franck » n’a pas mis longtemps à se muer en « Kaiser » sur le terrain, en référence à l’emblématique Beckenbauer. « De la percussion, de la vitesse, des un-contre-un où il fait à chaque fois la différence… », son ancien et éphémère coéquipier au Bayern, Valérien Ismaël, ne s’y trompe pas : Ribéry avait un jeu taillé pour la Bundesliga.

Outre-Rhin, le natif de Boulogne-sur-Mer est devenu une icône : 124 buts et 132 passes décisives en 423 matchs (record pour un joueur étranger), neuf titres de champion d’Allemagne, une Ligue des champions (2013), une Coupe du monde des clubs (2013)…

Bref, le palmarès parle de lui-même et Valérien Ismaël n’a aucun doute sur l’après-Ribéry : « Il va laisser une grande trace au Bayern et en Allemagne. Franck entre dans la catégorie des légendes au même titre qu’un Oliver Kahn ou qu’un Michael Ballack », poursuit l’ex-entraîneur de Wolfsburg. Mais au-delà de ses prouesses sur le pré, le « petit » de Gilardi a surtout marqué par sa personnalité si singulière.

Toute la Bavière derrière « Ti Franck »

Contrairement à l’image controversée qui lui collait à la peau en France, avant même les affaires Zahia et Knysna, Franck Ribéry a bénéficié d’un regard neuf et bienveillant à l’Est. Alors question de culture ? On a demandé au sociologue Christian Bromberger, auteur de plusieurs ouvrages sur l’engouement populaire pour le football : « En Allemagne, les choses sont plus séparées entre vie personnelle et vie sur le terrain, explique le spécialiste. Ribéry a permis au Bayern d’obtenir des résultats exceptionnels et c’est ce qui est conservé dans la mémoire. Contrairement à la France, les Allemands ont valorisé ses exploits et l’ont jugé en tant que sportif. »

Sur ou en dehors du terrain, Ribéry ne laisse pas indifférent. Son tempérament plutôt sanguin lui a d’ailleurs valu quelques accrochages remarqués, comme sa gifle à un consultant de beInSports ou encore sa violente altercation avec son coéquipier Arjen Robben en demie de C1 en 2012. Mais même après ça, son club l’a pardonné (ne le sanctionnant que d’une amende de 50.000 euros). « Le Bayern l’a toujours soutenu, assure Valérien Ismaël. On l’a laissé être lui-même. Franck est authentique, il faisait toujours des boutades mais il n’était pas jugé. »

Du côté des supporters, la marée rouge a emporté l’ex-Marseillais dès son premier match. Un but et deux passes décisives face au Werder Brême, Ribéry n’aurait pas pu rêver meilleur départ. Au fil des années, ce germanophile s’est intégré très naturellement à une société et à un club, qui l’ont accepté comme il est. Un adage cher au Bayern si l’on en croit sa devise : « Mia San Mia » (« nous sommes comme nous sommes »).

Ribéry bankable pour le Bayern

Pour Ali Farhat, journaliste à So Foot et docteur ès Bundesliga, si l’on devait résumer l’amour du public allemand pour Ribéry, ce serait en une métaphore cinématographique : « Dans les comédies allemandes, il y a beaucoup de gags un peu basiques : un mec qui tombe et la salle entière rigole. Eh bien ça, c’est l’humour Franck Ribéry. On peut dire qu’il y aura un avant et un après Ribéry, dans le sens où l’Allemagne n’avait jamais vu un joueur étranger comme lui. »

La réalité du cœur s’exprime même dans les chiffres. Selon France Football, le Bayern Munich a vendu 915.000 maillots floqués au nom de Franck Ribéry entre 2007 et 2014, faisant de lui le joueur le plus populaire du club bavarois devant Bastian Schweinsteiger et Arjen Robben. A 80 euros pièce, « Kaiser Franck » a même généré à lui seul 14,4 millions d’euros dans les caisses du club en 2012-2013, l’équivalent de son salaire annuel, primes non comprises.

Après 12 ans de symbiose sous les couleurs munichoises, le Bayern devrait logiquement lui proposer un poste dans l’encadrement du club. « Franck a sa vie en Allemagne, son centre d’intérêt c’est l’Allemagne, ses enfants sont à l’école en Allemagne et ils parlent allemand, confie Valérien Ismaël. Je pense qu’il va jouer encore deux ou trois ans à l’étranger, mais à la fin, il retournera en Allemagne. » Un pays où Ribéry est désormais adulé, à défaut d’avoir pu être naturalisé. Et la France dans tout ça ? Peut-on imaginer le scénario d’un retour du Boulonnais en Ligue 1 en quête de rédemption ? Sa réponse dans Téléfoot ne laisse que peu de place au doute : « non pas du tout ». « Kaiser Franck » restera l’homme d’un seul pays, et c’est déjà pas mal ainsi.