OL: «Ça serait une mini-révolution»… Jean-Michel Aulas est-il vraiment fermé à l’arrivée d’un coach étranger?

FOOTBALL Avec un changement de coach désormais acté, cet été à l’OL, Jean-Michel Aulas pourrait être tenté de faire appel à un technicien étranger, pour la première fois en 32 ans 

Jérémy Laugier

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Jean-Michel Aulas, ici lors de la présentation devant la presse de Bruno Genesio, le 28 décembre 2015.
Jean-Michel Aulas, ici lors de la présentation devant la presse de Bruno Genesio, le 28 décembre 2015. — JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP
  • En 32 ans de présidence, Jean-Michel Aulas n’a jamais engagé un seul entraîneur étranger à l’OL.
  • La fin de l’aventure avec Bruno Genesio cet été pourrait être pour le président lyonnais, l’occasion de bouleverser ses habitudes pour permettre à son club de « franchir un cap ».

S’il y a bien un président de Ligue 1 qui doit faire plaisir à l’Unecatef, c’est Jean-Michel Aulas. Le président lyonnais serait presque aussi déterminé à louer régulièrement les coachs français du championnat que des représentants du syndicat des entraîneurs de foot en France. C’est simple : 32 ans après son arrivée à la tête de l’OL, JMA a travaillé au total avec 15 entraîneurs, de Robert Nouzaret à Bruno Genesio, sans jamais tenter la moindre piste étrangère. Neuf d’entre eux avaient même joué auparavant au niveau professionnel pour le club lyonnais, dont évidemment de purs Gones comme Raymond Domenech, Bernard Lacombe, Rémi Garde et donc Bruno Genesio.

Le départ de ce dernier en fin de saison nourrit l’idée d’un possible changement d’ère à Lyon. Cette fois avec des méthodes venues hors de l’Hexagone ? « Il y a plus de risques à prendre un coach étranger qu’un Français dans un club comme Lyon, annonçait Jean-Michel Aulas dès le 4 avril dans L’Equipe. Un bon manager cherche à minimiser ce risque. Si l’entraîneur a déjà joué à Lyon, parle français et que je le connais personnellement, on limite le risque. » OK, dit comme ça, ça ne sent pas vraiment l’arrivée d’un Marcelo Gallardo dans le Rhône cet été.

« Pas 36 coachs français capables de prendre un club de cette dimension »

« Lorsque Jean-Michel Aulas communique, on s’aperçoit souvent que c’est l’inverse qui se réalise. Il est coutumier des fausses pistes », décrypte l’agent de joueurs et entraîneurs Christophe Hutteau. En décembre 2015, avant de privilégier une solution interne avec Bruno Genesio, le président lyonnais aurait selon L’Equipe, rencontré Lucien Favre et Juande Ramos (ex-Barça, Séville, Tottenham et Real Madrid) pour la succession d’Hubert Fournier. Le signe avant-coureur d’un nouveau cap pour la saison prochaine ? Christophe Hutteau semble le penser.

Aujourd’hui, hormis Laurent Blanc que je vois vraiment compatible avec l’OL, il n’y a pas 36 coachs français capables de prendre un club de cette dimension. La réflexion de Jean-Michel Aulas sur le profil de l’entraîneur qu’il souhaite, a pu évoluer au fil des années. Des techniciens étrangers parlent bien français et j’ai l’intuition qu’un changement pourrait avoir lieu cet été à ce niveau à Lyon. »

« Je ne pense pas que Jean-Michel Aulas fasse preuve de sectarisme »

Selon un ancien joueur ayant vécu le grand Lyon des années 2000, « Jean-Michel évoque sa succession. C’est donc peut-être le moment pour lui de prendre un peu de recul par rapport à l’équipe et d’engager un entraîneur ayant plus de pouvoirs au club ». Comme c'est déjà le cas sur nombre de bancs en Ligue 1 avec les passages de Leonardo Jardim, Marcelo Bielsa, Sergio Conceição, Unaï Emery ou Thomas Tuchel ?

« Je ne pense pas que Jean-Michel Aulas fasse preuve de sectarisme pour la question de son coach, confie Stéphane Canard, également agent. Les hommes qu’il a pu choisir jusque-là correspondaient à sa philosophie et à l’évolution qu’il voyait pour son club. Mais pour franchir un cap au niveau de l’impact et de l’image, il se doit de faire appel à un technicien de renom. Et à part Laurent Blanc ou Arsène Wenger s’il acceptait de se relancer, la liste des entraîneurs français est limitée. »

« Il faut savoir vivre avec son temps »

Reste qu’il y a dix mois, dans une précédente interview dans L’Equipe, JMA annonçait texto ne jamais avoir opté pour une solution étrangère « par conviction ». « Quand 50 à 70 % de l’effectif vient du centre de formation, je pense qu’on a intérêt à avoir un entraîneur qui a l’ADN lyonnais », poursuivait-il alors. Même si dans les faits, seulement 20 % des joueurs sortent de l’académie comme c’est le cas cette saison ?

« Il faut savoir vivre avec son temps et miser sur un entraîneur étranger n’aurait rien de surprenant pour un club comme Lyon, synthétise cet ancien joueur de la maison OL préférant rester anonyme. Après, ça serait une énorme cassure et même une mini-révolution si ce choix s’accompagnait d’une barrière de la langue et d’un chamboulement dans le staff. J’ai un peu de mal à penser que l’équilibre de l’OL de Jean-Michel Aulas pourrait changer. » Après tout, David Bowie fredonnait « Ch-ch-changes, there’s gonna have to be a different man » en 1971. Après sept saisons sans titre et une grogne montante des groupes de supporters, ce refrain pourrait prendre tout son sens à Lyon.