Arsenal-Stade Rennais: Le premier étage de la fusée Ismaïla Sarr est lancé

FOOTBALL Décisif à l’aller, l’ailier sénégalais des Rouge et Noir grille toutes les étapes depuis le début de sa carrière

Manuel Pavard

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Ismaïla Sarr (ici contre Nacho Monreal) a inscrit le troisième but rennais contre Arsenal au match aller.
Ismaïla Sarr (ici contre Nacho Monreal) a inscrit le troisième but rennais contre Arsenal au match aller. — D. Meyer / AFP
  • Ismaïla Sarr sera encore l'un des principaux atouts du Stade Rennais contre Arsenal ce jeudi, en Ligue Europa.
  • L'ailier sénégalais progresse à vitesse grand V depuis ses débuts dans son pays.
  • Ses anciens entraîneurs le voient rejoindre ensuite un grand club étranger.

Il devrait être l’une des stars du prochain mercato, au grand dam des supporters rennais. Auteur de cinq buts et cinq passes décisives en L1 – dont les deux dernières contre Caen dimanche dernier -, Ismaïla Sarr a pris une nouvelle dimension cette saison, s’affirmant comme l’arme fatale du Stade Rennais. Idem en Ligue Europa où l’ailier sénégalais affiche pour l’instant un bilan de quatre buts pour trois passes décisives.

Déjà bourreau d’Arsenal à l’aller avec sa superbe tête plongeante, il sera encore l’une des principales menaces pour la défense londonienne ce jeudi, en 8e de finale retour de Ligue Europa. Des Gunners qui, ironie de l’histoire, figurent parmi ses courtisans depuis plusieurs mois. Avant ce rendez-vous crucial, Julien Stéphan a vanté sur le site de l'UEFA « sa jeunesse, son insouciance, son énorme capacité de percussion, d’élimination, de dribbles » et son « impact très fort sur l’équipe ».

« Le joueur le plus fort qu’on n’ait jamais eu ici »

À tout juste 21 ans, Ismaïla Sarr suit en effet une progression fulgurante. Tout sauf une surprise pour ses anciens coachs et formateurs. Olivier Perrin est l’homme qui l’a lancé au Sénégal. Aujourd’hui directeur général de la formation au FC Metz, il entraînait alors l’équipe première de Génération Foot, l’antenne sénégalaise du club lorrain, véritable centre de formation délocalisé - d'où sont aussi sortis des joueurs comme Sadio Mané, Papiss Cissé ou Diafra Sakho. Il se souvient d’un joueur qui, à 16-17 ans, « avait déjà des qualités de puissance, vitesse et explosivité très supérieures à la moyenne et des qualités athlétiques hors du commun ».

Pourtant, l’idylle entre Sarr et Génération Foot aurait pu ne jamais démarrer. « On a failli le louper », se rappelle Olivier Perrin. « On l’avait envoyé en détection chez nous à l’automne 2013 mais j’étais au Cameroun à ce moment-là. Son éducateur m’a appelé sans arrêt pendant plus d’un mois et je lui répondais que je ne cherchais pas des bons mais des très bons. Et puis un jour, j’ai accepté de le tester la semaine suivante. » Cette première impression, il ne l’a pas oubliée : « Au bout de 20 minutes, je suis allé voir l’éducateur et je lui ai dit : en fait il n’est pas très bon, c’est juste le joueur le plus fort qu’on n’ait jamais eu ici ! »

« Dès le début, Ismaïla a joué avec les pros, ajoute Olivier Perrin. Il fallait encore le façonner dans le jeu collectif, le replacement, la finition, mais je savais qu’il allait corriger tout ça. » Au terme d’une saison 2015-2016 conclue par une promotion remarquée dans l’élite locale, Ismaïla Sarr a rejoint le FC Metz à seulement 18 ans, passant directement de la L2 sénégalaise à la L1 française.

« Des joueurs aussi rapides, je n’avais jamais vu ça »

Sarr ne passera qu’une saison chez les Grenats, avant de signer à Rennes pour 17 millions d'euros à l'été 2017. Suffisant pour marquer Philippe Hinschberger, alors aux manettes du FC Metz. « Tout le monde m’avait prévenu qu’on avait récupéré une pépite », se remémore l’actuel entraîneur de Grenoble. Après avoir débuté la saison sur le banc, le Sénégalais devient très vite un « joker décisif » puis un titulaire. « Il a fait une deuxième partie de saison de feu et grandement contribué au maintien », souligne Philippe Hinschberger.

Ce dernier décrit un joueur qui « avait un peu la tête dans le guidon au début et parfois des difficultés contre un bloc bas », son principal « axe de progression » aujourd’hui. Mais l’ex-coach messin vante surtout la « vitesse phénoménale » de l’ailier rennais : « Des joueurs rapides, j’en ai connu mais comme Ismaïla, je n’avais jamais vu ça ! » En outre, ajoute-t-il, « c’est un garçon qui fait toujours expulser autant de monde et qui devient très efficace dans la dernière ou l’avant-dernière passe, ce qui lui manquait un peu avant. »

Mûr pour un grand club européen

Des progrès qu’Olivier Perrin met au crédit de « Julien Stéphan, le coach idéal pour exploiter le potentiel d’Ismaïla ». Celui qui est devenu « le maillon fort du Stade Rennais » selon son ancien formateur semble désormais mûr pour l’étape suivante. En clair, « rejoindre un grand club européen », affirment ainsi Perrin comme Hinschberger. Pour le premier, Sarr a le « potentiel pour être l’un des grands joueurs de demain ».

Mais l’idéal, précise-t-il, serait « qu’il croise la route d’un coach comme Wenger ou Klopp qui souhaite vraiment investir sur un jeune joueur et qui ne mise pas que sur le court terme ». Le second imagine quant à lui le Sénégalais dans « un championnat avec des espaces et peu de calculs, comme la Premier League ». Devant l’ascension de Sarr, Hinschberger ne peut pourtant s’empêcher de laisser poindre un léger regret : « Quand je le vois à la télé, je suis très content mais j’ai aussi un peu les boules de ne pas en avoir plus profité. »