OL-Barcelone: «Le petit Sam était comme programmé pour réussir»… Tout Lyon est ravi de retrouver Samuel Umtiti

FOOTBALL Passé par l’OL de 2002 à 2016, Samuel Umtiti a réussi à se rétablir à temps pour faire partie du groupe barcelonais, qui défie les Lyonnais ce mardi (21 heures)

Jérémy Laugier

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D'une finale de Coupe de la Ligue 2012 mal négociée contre l'OM (0-1) à un statut de titulaire au Barça, Samuel Umtiti a grandi à toute vitesse, de Lyon à Barcelone.
D'une finale de Coupe de la Ligue 2012 mal négociée contre l'OM (0-1) à un statut de titulaire au Barça, Samuel Umtiti a grandi à toute vitesse, de Lyon à Barcelone. — FRANCK FIFE / AFP - GABRIEL BOUYS / AFP
  • Pur produit du centre de formation de l’OL de 2002 à 2016, Samuel Umtiti est de retour sur ses terres pour le 8e de finale aller de Ligue des champions, ce mardi (21 heures), entre Lyon et le FC Barcelone.
  • Les formateurs du défenseur international originaire de Ménival ne gardent que des bons souvenirs de cette « force tranquille ».

« C’est toujours spécial de voir l’un de vos enfants revenir à la maison. » Formateur au club en charge des U15, Cyrille Dolce résume le sentiment qui habite « la famille OL » depuis le tirage au sort des 8es de finale de la Ligue des champions. En raison de douleurs récurrentes au genou, Samuel Umtiti (25 ans) a dû livrer une course contre la montre pour faire partie de ce rendez-vous majeur, ce mardi (21 heures) au Parc OL. N’ayant pas joué depuis près de trois mois, le champion du monde a peu de chances de fouler pour la première fois la pelouse de son club formateur, avec le mythique maillot blaugrauna sur le dos.

Mais son retour dans la région lyonnaise depuis lundi donne envie d’ouvrir un livre entamé au milieu des années 1990 dans le 5e arrondissement de Lyon. Avec durant chaque chapitre une évidence : Samuel Umtiti a sans cesse tout mis en œuvre pour se retrouver un jour sur le toit du monde à casser sa démarche avec fraîcheur et simplicité. « Il a découvert le football chez nous à 5 ans et on a vite vu qu’il était au-dessus de tout le monde » évoque Djoudi Boumaza, président du FC Ménival, un club de quartier dont le nom s’est retrouvé éclairé sur l’arc de Triomphe, le 15 juillet.

« Si j’avais eu une pièce à mettre sur la réussite d’un jeune du centre… »

Après Ménival, où il a laissé le souvenir d’un garçon « toujours discret et poli », le natif de Yaoundé (Cameroun) intègre l’OL à 8 ans. Cyrille Dolce, qui a fait reculer cet ancien joueur offensif en U13, a vite vu en lui « un leader de combat ». « Sur le terrain, il n’était pas introverti, poursuit-il. Il était capable de remuer les autres joueurs avec sa grinta. Et puis sa maman était très présente, elle nous demandait toujours si ''Sammy'' se comportait bien, au foot comme à l’école. » A seulement 12 ans, Samuel Umtiti annonce à son grand frère qu’il veut devenir pro.

Déjà vu comme « une grande force tranquille » par Cyrille Dolce, le prometteur défenseur lyonnais va laisser la même impression à Armand Garrido, alors responsable des U17 de l’OL. « Le personnage a toujours été comme ça : il n’y avait jamais de problème avec lui, il était autant réglo sur le terrain que dans la vie, confie celui-ci. Le petit Sam était comme programmé pour réussir : il savait où il voulait aller et il mettait tout en œuvre pour y parvenir. Si j’avais eu une pièce à mettre sur la réussite d’un jeune du centre, il y a une dizaine d’années, ça aurait été sur lui. »

« Nous avons clairement eu moins d’exigence avec lui »

Figure emblématique de Tola Vologe, Armand Garrido a notamment participé à la formation de nombreux autres internationaux, comme Hatem Ben Arfa, Karim Benzema, Loïc Rémy, Alexandre Lacazette, Corentin Tolisso et Anthony Martial. C’est pourtant bien ce gaucher de Ménival qui avait la panoplie la plus complète pour tracer sa route avec les pros.

« C’est simple, il avait tout ce qu’il fallait, entre sérieux, engagement personnel, force, technique, absolument tout. La plupart du temps, il faut chercher en eux pas mal de choses à cet âge-là [en U17] mais Samuel nous a facilité la tâche. Nous avons clairement eu moins d’exigence avec lui qu’avec d’autres car il se prenait déjà en charge tout seul. »

Une « lulu » pour l’éternité à White Hart Lane

Autant vous dire qu’à seulement 18 ans, Samuel Umtiti est lancé dans le grand bain pour un derby lyonnais contre la Duchère (3-1 en Coupe de France) le 8 janvier 2012. Il fait presque figure d’ovni dans un club si habitué à sortir de son centre de formation des pépites offensives. Avant de le retrouver en Ligue 1, Bruno Genesio a aussi participé à son éclosion en équipe réserve à l’OL en 2010-2011. « C’est un joueur avec beaucoup de personnalité, avec qui j’ai eu un rapport fusionnel, et parfois même un peu plus que ça, s’est amusé le coach lyonnais, lundi en conférence de presse. C’est un gagneur, un compétiteur et on était parfois en opposition quand j’arbitrais. »

Souvent latéral gauche à ses débuts, ce qui lui permet d’inscrire à 19 piges le but d’une vie en Ligue Europa à Tottenham (coucou Benjamin Pavard), Samuel Umtiti va vite avoir comme défi XXL de stabiliser une défense centrale à la fiabilité légendaire (coucou Dejan Lovren, Bako Koné et Lindsay Rose). « Un peu comme un Kylian Mbappé aujourd’hui, j’avais été impressionné dès le début par sa maturité, apprécie Julien d’Art Up. C’était un gamin de moins de 20 ans et il n’était jamais paniqué, comme s’il était dans l’équipe depuis très longtemps. »

« Il a tellement l’air simple qu’on a envie d’être son pote »

Avec son collectif artistique, cet habitué du Parc OL a rendu hommage à Samuel Umtiti mais aussi à Nabil Fekir et Corentin Tolisso, trois Lyonnais champions du monde. Et ce par le biais d’une fresque entamée dès le 16 juillet au niveau du tunnel de la Croix-Rousse. « Il mérite un respect total avec sa gestion de carrière impeccable. Et puis il a tellement l’air simple qu’on a envie d’être son pote », s’enthousiasme Julien.

Le portrait de Samuel Umtiti a été réalisé par ArtUp Lyon, l'été dernier au niveau du tunnel de la Croix-Rousse.
Le portrait de Samuel Umtiti a été réalisé par ArtUp Lyon, l'été dernier au niveau du tunnel de la Croix-Rousse. - Sylvain Mestre

Certes, le FC Ménival est déçu de ne pas avoir revu son champion du monde ou même d’avoir reçu un maillot dédicacé du Barça. C’est un sacré challenge de trouver quelqu’un souhaitant mettre un bémol sur la trajectoire de ce pur Lyonnais au « pied gauche hors norme » (selon Cyrille Dolce). Même son transfert vers le géant catalan au début de l’été 2016 s’est fait sans feuilleton (pour 25 millions d’euros) et en toute discrétion, à l’image du gaillard.

Champion du monde et champion d’Espagne à 25 ans, comment enchaîner ?

« Il est plus facile de ne pas faire de vagues quand tu es défenseur, nuance Sidney Govou. Tu n’attires pas les mêmes convoitises qu’un attaquant. J’aurais aimé qu’il reste plus longtemps mais il a marqué une génération de supporters du club. » Pour un club n’ayant accroché qu’un trophée en 11 ans (la Coupe de France 2012), la reconnaissance ultime est sans doute là. Elle devrait s’accompagner d’une ovation plus que méritée durant la présentation des équipes ce mardi. A 25 ans, que nous réserve désormais Samuel Umtiti ?

« Car là, tu te dis : ''wah, qu’est-ce qu’il peut faire après avoir été champion d’Espagne et champion du monde, en étant titulaire incontournable avec le Barça et les Bleus ?'' », suggère Cyrille. L’entraîneur lyonnais a même une idée à moyen terme : « Je le vois bien revenir jouer un jour à l’OL avant d’y être formateur pour boucler la boucle en encadrant nos jeunes ». Et a priori, les formateurs lyonnais ont du flair.