VIDEO. Coupe de France: L'Olympique Strasbourg veut «que le quartier de Cronenbourg soit gagnant»

FOOTBALL Ce dimanche, l’Olympique Strasbourg reçoit Saint-Etienne à la Meinau en 32es de finale de Coupe de France. Les joueurs de Régional 2 comptent bien représenter leur quartier…

Bruno Poussard

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Le portier de l'Olympique Strasbourg entouré d'autres joueurs et du public du club du quartier de Cronenbourg en périphérie de la capitale alsacienne.
Le portier de l'Olympique Strasbourg entouré d'autres joueurs et du public du club du quartier de Cronenbourg en périphérie de la capitale alsacienne. — Page Facebook / Ligue Grand Est de football.
  • A l’automne, deux clubs de foot voisins de l’ouest strasbourgeois ont régalé les habitants du quartier de Cronenbourg et au-delà dans le Bas-Rhin.
  • Si le FC Kronenbourg a été éliminé en 64es de coupe Gambardella après un beau parcours, l’Olympique Strasbourg joue contre Saint-Etienne en 32es de finale de Coupe de France, ce dimanche à 17h30 au stade de la Meinau.
  • « C’est difficile, mais on est la preuve que les quartiers difficiles avec peu de moyens peuvent réussir », insiste le président de l’Olympique Strasbourg.

Cronenbourg, c’est pas encore la Champions League. Mais à l’automne, deux clubs de foot ont régalé les habitants de ce quartier de Strasbourg. En Gambardella, une folle célébration des jeunes du FC Kronenbourg a même fait le tour de la planète football hexagonale. Tout comme celle de la joie des joueurs de l’Olympique Strasbourg lors du tirage au sort des 32es de finale de Coupe de France.

Parmi les deux « petits poucets » de la compétition, les pensionnaires de Régional 2 reçoivent Saint-Etienne ce dimanche (17h15) à la Meinau. Avec l’idée et l’ambition de bien représenter leur quartier. « Cronenbourg, c’est la famille, c’est le sang, insiste Gauthier Lumbu, 30 ans, capitaine depuis deux ans. Et l’Olympique est un jeune club qui demande à écrire son histoire. »

Toujours en phase d’acclimatation au 7e échelon du foot français après sa montée en début d’année, la formation strasbourgeoise vit un rêve. « Ça fait deux ans qu’on est bien ensemble avec des renforts chaque année, c’est pour ça que ça va bien », décrypte un autre doyen, Selcuk Dasdemir, 34 ans. Pour les jeunes du club et grâce à eux, le Cronenbourgeois veut montrer un beau visage.

L’Olympique Strasbourg, un club de quartier, fier de l’être

Né en 1997 à La Meinau, plus au sud, l’Olympique Strasbourg a migré à Cronenbourg un an plus tard, sur un terrain inoccupé. « Notre ancien président habitait juste en face, c’est lui qui a proposé », raconte Soylu Aziz, qui a pris la tête du club à 33 ans en 2016, après y avoir joué au début des années 2000. Familial et amical, l’Olympique reste un club de quartier populaire, fier de l’être.

« Cette image, on nous la colle et on la prend, insiste Selcuk Dasdemir. Dans le groupe, il y a des Français, des Turcs, des Maliens, des Tunisiens, des Marocains, des Algériens, des Angolais… Chacun apporte ses origines. » « C’est la France », sourit le coordinateur sportif, Lahrizi Elfitess. Avant que Mohamed Khettab, l’entraîneur, liste des avantages : « Solidarité, diversité, partage, fair-play… »

Fondé par des membres de la communauté turque il y a 20 ans, l’Olympique a pourtant eu mauvaise réputation, explique le nouveau coach : « Il était soi-disant communautaire, mais l’image change, le président est ouvert, il défend la fraternité et le plaisir à travers le football, et les joueurs ne viennent pas juste de Cronenbourg, mais de divers quartiers de Strasbourg. » Comme le FC Kronenbourg.

En Gambardella, l’aventure d’une jeunesse avec le FC Kronenbourg

Eliminés en 64es de finale de Coupe Gambardella par Dijon fin décembre, les jeunes de l’autre club du quartier ont aussi vécu une belle aventure cette saison. Avec le soutien des amis, des familles et de « toute la jeunesse » des quartiers de la capitale alsacienne, pour Frédéric Gluck, co-entraîneur de l’équipe avec Harakat Lotfi. Il est « à moitié surpris », seulement, par le fol engouement autour de leurs U18.

« Fier » du parcours de ses jeunes en Gambardella, l’éducateur se réjouit d’avoir participé à ouvrir « une parenthèse plus heureuse » pour l’image de ce quartier populaire. Frédéric Gluck nuance toutefois: « On a toujours l’impression qu’on doit faire plus que les autres pour exister et avoir une place. Pour qu’on parle de nous, on a le sentiment de devoir aller plus loin sur le devant de la scène. »

Club « ami » de l’Olympique, le FC Kronenbourg est plus vieux - il a été créé en 1908 - et plus implanté, avec 22 équipes, mais il a des moyens plus faibles. Longtemps soutenu financièrement par la brasserie du même nom, le club ne l’est vraiment plus. « Ils nous ont lâchés début 2018 », explique-t-on au club.

Deux clubs populaires, avec leurs galères, mais solidaires

A l’année, l’Olympique Strasbourg joue sur la pelouse du FC Kronenbourg, homologuée pour son niveau. Avec un terrain et un ou deux vestiaires chacun, les deux voisins galèrent. Mais s’aident. « C’est difficile, mais on est la preuve que les quartiers difficiles avec peu de moyens peuvent réussir, insiste Soylu Aziz. Si on peut apporter du bonheur aux gens, c’est un grand plaisir. »

A Cronenbourg, l'effusion de joie des joueurs de l'Olympique Strasbourg au moment du tirage des 32es de Coupe de France qu'ils joueront contre Saint-Etienne.
A Cronenbourg, l'effusion de joie des joueurs de l'Olympique Strasbourg au moment du tirage des 32es de Coupe de France qu'ils joueront contre Saint-Etienne. - B. Poussard / 20 Minutes.

Au moment où l'Olympique Strasbourg avait du mal à trouver suffisamment de soutien pour trouver où jouer son 32e de finale dans la capitale alsacienne (qui a, un temps, été prévu à Saint-Etienne), les dirigeants du FC Kronenbourg, dont son président Hocine Rachedi, n'avaient pas de mal à faire part de leur "honte". La situation s'est finalement arrangée peu après pour le petit poucet.

Les deux clubs se soutiennent aussi car ils partagent des projets pour les jeunes. « Le fond du truc, essayer de mener les jeunes à se structurer, à connaître un bon niveau dans leur quartier », dixit Frédéric Gluck, a été lancé il y a quatre ans. Forcé de refuser, parfois, des candidatures, le FC Kronenbourg peut maintenant renvoyer vers l’Olympique, qui a trois équipes (des U13 aux U18), depuis cette année. Preuve de l’ambition des deux formations aux bases populaires.

« Le but, c’est que le quartier soit gagnant », termine le coach

A l’Olympique, le président Soylu Aziz, à la tête d’une entreprise de transport de 40 salariés, n’hésite pas non plus à donner de sa personne quand il peut aider ses joueurs, à dénicher un emploi ou pour récompenser tout le monde au restaurant. C’est d’ailleurs lui qui avait coché la Coupe de France cette année, après une élimination « bête » un an plus tôt, de l’aveu d’un des joueurs.

« On est là ! », s’amuse le patron du club. « Mais on ne s’attendait pas à être dans les 64 dernières équipes de France », poursuit Mohamed Khettab, aussi responsable du service jeune du centre socioculturel du quartier. Son club espère en tirer des bénéfices, mais il sait qu'il devra continuer à se battre par lui-même. Comme le FC Kronenbourg, l'Olympique Strasbourg veut continuer de grandir. « Le but, c’est que le quartier soit gagnant, termine le coach. Les jeunes aiment beaucoup le foot ici ! »