Strasbourg: Quatre Alsaciens au tribunal pour avoir supporté Bordeaux au stade de la Meinau
FOOTBALL•Pour « non-respect » d’une interdiction préfectorale de déplacement des supporters des Girondins de Bordeaux à la Meinau, quatre d’entre eux vivant en Alsace seront jugés à Strasbourg ce lundi…Bruno Poussard
L'essentiel
- Début février, 47 supporters bordelais venus soutenir leur club à Strasbourg ont terminé en garde à vue pour « non-respect » d’un arrêté préfectoral.
- Quatre d’entre eux, habitant en Alsace, sont convoqués au tribunal correctionnel de Strasbourg ce lundi et risquent (notamment) jusqu’à 6 mois de prison.
Le match avait commencé par une grève des applaudissements. Le 3 février, le kop strasbourgeois s’était tu pour les cinq premières minutes de la réception des Girondins. Avant de reprendre sur l’air du désormais classique « Liberté pour les ultras ». Un message clair contre les restrictions imposées aux supporters français. Auxquelles Strasbourg-Bordeaux n’avait pas échappé.
Ce jour-là, les fans bordelais n’avaient pas le droit de circuler aux abords et dans le stade de la Meinau (comme les Marseillais au déplacement restreint avant eux) selon un arrêté préfectoral. S’estimant en « désobéissance civile », plusieurs d’entre eux ont bravé l’interdiction. Avant d'être sortis par des stadiers et des CRS au pied de tribune famille avant la pause.
Rentrés discrètement avec des billets acquis par les Ultra Boys strasbourgeois, les Ultramarines et leur banderole n’y auront finalement chanté qu’une grosse demi-heure. Chargés « avec des boucliers », « matraqués » puis « menottés » selon l’un d’eux, 47 Bordelais ont finalement terminé la soirée en passant jusqu’à 18 heures de garde à vue à l’hôtel de police strasbourgeois.
Jusqu’à six mois de prison et 30.000 euros d’amende encourus
Dans les cellules largement occupées cette nuit-là, quatre Alsaciens, qui ont préféré ne pas répondre à 20 Minutes. Vivant dans la région, ces fans des Girondins sont convoqués au tribunal correctionnel de Strasbourg ce lundi à 8h30. Pour « non-respect » de l’interdiction de déplacement, ils risquent jusqu’à six mois de prison, 30.000 euros d’amende et une interdiction de stade complémentaire.
En Gironde, les autres supporters arrêtés à Strasbourg attendent encore des convocations judiciaires, qui ne devraient peut-être pas tarder. « On ne se laissera pas voler notre football, déclarait après sa sortie de garde à vue le leader du groupe de supporters Florian Brunet à 20 Minutes. Quitte à devenir des martyrs, quitte à finir en taule, on ne se soumet plus. »
« En termes de privation de libertés, c’est affligeant »
Dans leur combat, les Bordelais ont reçu le soutien de fans de foot des quatre coins du pays (et même au-delà). « Le problème trouve ses racines en amont de cette triste soirée, réagit Grégory Walter, vice-président de la Fédération des supporters du Racing. Mais là, ce qu’ils ont vécu en termes de privation de libertés alors qu’il n’y a eu aucun incident, c’est affligeant. »
Avant Strasbourg, les fans girondins ont connu un contexte similaire à Nantes, et ensuite à Marseille. En Alsace, Grégory Walter, père de deux jeunes enfants qu’il emmène à la Meinau, s’interroge : « Quelle autre catégorie de population est victime de telles interdictions sans pouvoir se défendre ? Car là, quand elles sont contestées, elles sont souvent annulées mais plus d’un an après… »
Au total, plus de 200 Bordelais sont désormais sous le coup d’interdiction administrative de stade. Aux yeux des ultras français, ils deviennent un symbole. Grégory Walter termine : « Le tout répressif a atteint ses limites avec des mesures abusives… On veut faire passer les supporters pour les grands méchants loups. Mais les autorités ont des interlocuteurs identifiés, structurés et responsables légalement. »


















