EXCLUSIF. «Ils nous ont matraqués, ils nous ont virés du stade comme des animaux», les ultras bordelais témoignent après leur garde à vue

FOOTBALL Expulsé du stade de la Meinau et placé en garde à vue avec une quarantaine d'autres supporters, le leader des ultras bordelais témoigne pour «20 Minutes»...

Propos recueillis par Aymeric Le Gall

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Strasbourg-Bordeaux: Des supporters bravent l'interdiction de déplacement et sont expulsés du stade
Strasbourg-Bordeaux: Des supporters bravent l'interdiction de déplacement et sont expulsés du stade — A. Ighirri / 20 Minutes

Alors que les Girondins de Bordeaux se déplaçaient samedi soir au stade de la Meinau pour y affronter Strasbourg, leurs supporters eux, avaient été sommés par les autorités et la Ligue de football professionnel, via la publication d’un arrêté préfectoral, de ne pas faire le déplacement en Alsace. Conscients de se mettre hors-la-loi, une quarantaine de supporters avaient tout de même décidé de braver l’interdiction de déplacement et de se rendre à la Meinau, exactement comme ils l’avaient fait en janvier à la Beaujoire à l’occasion de Nantes-Bordeaux.

N’ayant pu accéder au parcage visiteur puisque celui-ci leur était fermé, les ultras girondins se sont procurés des billets avec l’aide de leurs homologues Strasbourgeois des Ultra Boys 90 afin de s’installer en tribune Est du stade, au pied de la zone réservée aux familles.

Encadrés par les stadiers du Racing, ceux-ci ont entonné des chants de soutien à leur équipe pendant environ 35 minutes, avant que les policiers ne pénètrent dans l’enceinte du stade et ne les délogent manu militari.

Finalement, les 47 Bordelais ont été conduits à l’hôtel de police de Strasbourg et ont passé la nuit au commissariat. Après plus de 18 heures de garde à vue, c’est en mangeant un sandwich sur le pouce, juste avant de repartir vers Bordeaux, que Florian Brunet, le leader des Ultramarines 87 a accepté de décrocher son téléphone pour répondre aux questions de 20 Minutes.

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Pouvez-vous nous raconter ce qu'il s'est passé hier soir au stade de la Meinau ? 

On s'est déplacés grâce à l'aide logistique des Ultra Boys de Strabourg qui nous ont acheté des places. On est entré dans le stade pacifiquement. On s'est regroupé, on a chanté de manière totalement pacifique. On a été éjecté de la tribune comme des animaux, à coups de matraque par les CRS, d'ailleurs ça a été filmé. On a été menotté comme des criminels, avec des bracelets de menottes hyper serrés, j'en ai encore les marques. Dix-huit heures de garde à vue, on va prendre des années d'IDS (interdition de stade). Y'en a plein le cul, y'en a plein le cul...

Pourquoi avez-vous pris la décision d'aller à la Meinau, malgré l'arrêté préfectoral qui vous interdisait de faire le déplacement ?

Nous, on a décidé de ne plus respecter les arrêtés, c'est fini. On ne se soumet plus, on ne se laissera pas voler notre football. Quitte à devenir des martyrs, quitte à finir en taule, on ne se soumet plus. Les chaînes de télé et la LFP utilisent notre image pour promouvoir le foot français, on profite de notre ambiance, de notre travail, on filme les tifos, les fumigènes et à l'arrivée on nous envoie en taule, c'est quoi ça ? On est tous des bénévoles, on fait gagner des ronds à tout le monde, sans nous la Ligue 1 ne serait rien et on est traités comme des criminels... 

Comment s'est passée votre expulsion du stade et votre arrestation par les forces de l'ordre ? Y a-t-il eu une tentative de discussion ?

Pas du tout, ils sont arrivés avec des boucliers, ils ont chargé direct, il y a eu aucun dialogue. Ils nous ont matraqués, ils nous ont virés du stade comme des animaux. C'était impossible de dialoguer. Les "baqueux" (policiers membres de la Brigade anti-criminalité) et les CRS (les policiers, en réalité) ont été agressifs.

Qu'est-ce qui a déclenché l'arrivée des policiers ?

On chantait, on avait bâché (déploiement de la banderole de leur groupe ultra). On chantait nos chants habituels. Et puis d'un coup, les stadiers sont sortis. Les stadiers de Strasbourg étaient hyper cools, ils voulaient que ça se passe bien, ils nous on mis dans un coin, ils étaient très sympas, il y a eu zéro problème. Et puis les CRS sont arrivés avec les boucliers et nous ont éjecté du stade à coups de matraques.

Que s'est-il passé ensuite ?

On a été parqués et menottés. Après, les flics au commissariat, ils étaient débordés, ça aussi il faut le dire. On a complètement privatisé le commissariat de Strasbourg ! Les flics étaient dégoûtés. Ils nous ont dit "On sait pas ce qu'on fait". On a vu une équipe de nuit qui n'en pouvait plus. Ils avaient un boulot phénoménal. Ils ne comprenaient pas la raison de notre placement en garde à vue. Il aurait pu se passer n'importe quoi à Strasbourg cette nuit, il n'y avait plus un flic en ville... On a utilisé toutes les cellules, on était quatre par cellule, dans 4m². On a rien bouffé du tout pendant 18 heures. 

Mais en allant à la Meinau, vous saviez que vous braviez l'interdit...

On l'a fait pour la cause. On est des martyrs, c'est tout. On savait ce qu'on faisait. On savait très bien qu'on allait finir en garde à vue mais on se bat pour que les gens en parlent, on se bat pour faire bouger les lignes. 

Que pensez-vous du mouvement de solidarité qu'il y a eu sur les réseaux sociaux ?

C'est ce qu'on attendait. Que les gens se rendent compte qu'on est en train de se faire voler notre football, que ce n'est plus acceptable, qu'on ne peut pas mettre des gens en prison parce qu'ils veulent voir un match de foot. On ne peut pas traiter des gens de criminels, leur passer les menottes, les foutre dix-huit heures en garde à vue parce qu'ils veulent supporter leur équipe. On vit dans quel pays ? On est en Corée du Nord ? On est où là ? Ça respire l'incompétence à tous les étages.

S'il n'y avait pas eu cet arrêté préfectoral, comment se serait passé le déplacement à Strasbourg ?

Il y aurait simplement eu 60 Bordelais qui auraient chanté, il y aurait eu zéro problème. Et là, à l'heure où je te parle (dimanche soir), je serais en train de m'occuper de ma fille chez moi. A vouloir trop de sécurité, ils créent de l'insécurité. C'est ça le problème. On a été éjectés d'une tribune à coups de matraque, devant des femmes et des enfants. 

Que se serait-il passé s'ils vous avaient demandés calmement de sortir ?

Ah non non, nous on ne sortait pas. 

Donc vous assumiez d'être hors la loi ?

Tout à fait. On se bat pour la cause.

Quelles sont vos relations avec les ultras strasbourgeois ?

On ne se connaissait pas trop mais là du coup, on se connaît beaucoup mieux. Et on les a infiniment remerciés de l'aide qu'ils nous ont apportée. Ils ont grave assuré, ils ont été solidaires de notre combat. De toute façon, on mène le même combat.