Supporters de l'étranger: Matchs le matin, périples de 16.000 km... Les Verts de Tahiti sont sacrément accros à l'ASSE

FOOTBALL Ils vivent à des milliers de kilomètres de la France, domptent le décalage horaire pour voir jouer leur club favori et ne mettent presque jamais les pieds dans un stade de Ligue 1. « 20 Minutes » s’est intéressé aux supporters de l’étranger du PSG, de Marseille, Lyon, Lens ou Saint-Etienne et sur comment ils vivent leur passion…

Jérémy Laugier

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Tous les membres fondateurs de l'association des Verts de Tahiti, qui a vu le jour en décembre 2005.
Tous les membres fondateurs de l'association des Verts de Tahiti, qui a vu le jour en décembre 2005. — Michel Souche
  • Si l’ASSE compte son lot de mordus depuis ses exploits européens dans les années 70, la section 211 en est l’exemple ultime… à Tahiti.
  • Ces dix Verts de Tahiti se débrouillent pour assister chaque année à des matchs à Saint-Etienne, tout en vivant pleinement leur passion au quotidien à 16.000 km du Forez.

Tout semble opposer le Forez et Tahiti, île située à 16.000 km de là, et affichant actuellement 30 degrés de moyenne en plein été austral. Tout excepté une dizaine de fous furieux de l’ASSE, qui composent la plus exotique section de supporters des Verts. « Je savais qu’il pouvait y avoir d’autres fans de Sainté jusque dans les îles de Polynésie donc j’ai fait passer un communiqué en décembre 2005 dans La Dépêche de Tahiti », explique Michel Souché (58 ans).

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Quelques jours plus tard, dix Tahitiens partagent un derby (0-0) pas vraiment entré dans la légende mais qui marque la création officielle de la section 211, Les Verts de Tahiti. Avec 50 % de personnes originaires de la région stéphanoise et autant de locaux, le groupe partage un point commun : celui d’avoir vibré pour les exploits européens de l’ASSE dans les années 70. « Personnellement, j’ai suivi la finale de Glasgow 1976 en direct à la radio au lycée La Mennais de Papeete », se souvient Michel Souché, qui n’a pas hésité à se rendre dans le Chaudron à plusieurs reprises, malgré des billets d’avion coûtant parfois plus de 2.000 euros.

Une devise « Loin des yeux, près du cœur »

L’OM en mai 2007, Monaco en mai 2008, le derby en février 2012, Manchester United l’an passé, en plus de la finale de Coupe de la Ligue 2013 et d’un Inter Milan-ASSE en 2014, la section 211 (TL7 lui a consacré un sujet ci-dessus, à partir de la 29e minute) choisit bien ses rendez-vous. Elle se retrouve même bichonnée par les dirigeants du club, comme en 2008 où huit Tahitiens ont pu loger au centre d’entraînement de L’Etrat. Le reste du temps, ces supporters appliquent leur devise « Loin des yeux, près du cœur » en se retrouvant au Bora Bora Lounge, un bar-restaurant situé en plein cœur de Papeete.

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« Avec nos 11 heures de décalage horaire, ça nous permet de prendre l’apéro à partir de 10 heures [pour les rencontres programmées à 21 heures en France] et de toujours finir le match dans la joie », sourit Michel Souché. L’arrêt des programmes de BeIN Sport en Polynésie depuis le 1er janvier poussera par contre les Verts de Tahiti à galérer chez eux avec un streaming pour voir le prochain derby… à 6 heures du matin ! « De toute façon, en ce moment, on se cache un peu pour le voir, de peur de se faire chambrer », reconnaît celui qui travaille à la mairie de Teva I Uta (environ 10.000 habitants).

Un jeune Tahitien au centre de formation en partie grâce à la section 211

Si Tahiti compte aussi des associations de supporters de l’OM et du PSG, cette section stéphanoise y est la plus active, comptant notamment plus d’un millier de like sur sa page Facebook. Les Verts de Tahiti pourraient même avoir un impact sportif dans leur club de cœur puisqu’ils font tout leur possible pour permettre à de jeunes Tahitiens d’intégrer le centre de formation de l’ASSE. Aeealii Amaru, qui évolue actuellement avec les U17 stéphanois au niveau régional, est le premier à avoir franchi le pas.

Roland Romeyer, lors de son accueil par les Verts de Tahiti, à l'aéroport de Papeete en 2013.
Roland Romeyer, lors de son accueil par les Verts de Tahiti, à l'aéroport de Papeete en 2013. - Michel Souché

La preuve de liens forts avec le club, comme en atteste aussi le voyage de quatre jours (qu’on imagine de bon cœur) de Roland Romeyer à Tahiti en 2013 pour rencontrer cette si spéciale section 211. Finalement, au vu du cadre de vie dans l’hémisphère sud, Michel Souché et ses amis sont-ils parfois frustrés de ne pas être plus proches du Chaudron ? « Bien sûr, j’aimerais dans un sens habiter à Sainté pour aller plus souvent aux matchs. Mais je préfère vivre à Tahiti pour son climat et la proximité de la famille. » On le comprend assez aisément, non ?