Fails du mercato (4/5): Adriano, la star brésilienne qui a vu le Havre et qui n’est jamais revenue

FOOTBALL L’international brésilien avait été rameuté sur place à l’automne 2014 par Christophe Maillol, le faux repreneur du club…

Julien Laloye
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Adriano au stade Océane, le 31 octobre 2014.
Adriano au stade Océane, le 31 octobre 2014. — Capture d'écran/youtube

Puisque la saison est terminée et qu’il ne reste plus que le mercato pour parler foot, 20 Minutes a décidé de profiter de ce « temps mort » pour vous offrir une petite série d’été d’une semaine sur les vrai-faux transferts du mercato. Ceux qui ont foiré, ceux qui ne se sont jamais faits pour telle ou telle raison.

>> Aujourd’hui quatrième épisode : La visite d’Adriano au Stade Océane et sa presque signature au Havre

C’est l’histoire d’une faille dans l’espace spatio-temporel de l’humanité, et pas juste parce qu’il a fait beau sur Le Havre une journée d’octobre, en 2014. Cela faisait un moment déjà que plus grand monde ne gobait les promesses de Christophe Maillol, l’éphémère repreneur du club. Cet ancien rugbyman avait toujours une excuse pour justifier ce fameux retard de virement, 17 millions d’euros quand même. Un coup c’était la banque à Abidjan, un coup c’était à Lagos, on ne comprenait plus grand-chose.

Alors quand le Christophe Rocancourt des reprises de clubs en difficulté a annoncé la venue du Patator brésilien Adriano en L2, même entre deux cures de désintox, tout le monde s’est retenu d’exploser de rire. On se souvient d’avoir appelé l’intéressé le sourire aux lèvres, comme pour lui dire « Allez Christophe, on ne nous la fait pas, on sait que tu racontes des cracks ». Maillol n’avait pas aimé notre petit ton insolent.

« Quand vous vivez au Brésil, que vous avez des connexions dans le foot, et que vous parlez la langue, c’est facile. Je m’en fiche de savoir combien de matchs il a joué depuis quatre ans. Le foot c’est comme le vélo. Quand vous remontez sur une selle quatre ans après, vous savez toujours en faire ? Là, c’est pareil. Adriano a été un joueur de classe mondiale et je suis persuadé qu’il peut le redevenir au Havre. »

Quinze jours après, on en bouffait nos parties génitales. Adriano himself qui débarque au Havre avec son agent, et Maillol, fier comme un paon, qui s’occupe lui-même de traduire l’interview pour le média du HAC. Un truc du style « J’espère qu’on va pouvoir trouver un accord et que je vais devenir l’idole du club ». L’auditoire est sur les fesses. « On était bluffés qu’il soit là, pour une fois que Maillol tenait une promesse, en plaisante un salarié de l’époque. Ça faisait deux ou trois mois qu’on était dans le flou en interne, personne ne savait ce qui allait se passer, et on voit arriver Adriano, qui a vraiment fait le job. »

Visite des installations dans la matinée, petite virée touristique à l’hôtel de Ville le temps d’admirer la vue et de saluer l’adjoint au Sports, Sébastien Tasserie (« On s’est donné une poignée de mains rapide, je ne parlais ni anglais ni brésilien, la conversation ne s’est pas éternisée »), puis retour au Stade Océane pour assister à la rencontre de L2 contre Arles-Avignon.

« C’est limite si les journalistes ne prenaient pas des selfies avec lui »

« Maillol n’avait pas dit qu’il venait signer, mais Adriano avait l’air vraiment content d’être là, reprend notre taupe. Il était hyper disponible, très agréable avec tout le monde. Les supporters ont tous voulu une photo avec lui, y compris les vieux ronchons de toujours, et c’est limite si les journalistes ne prenaient pas des selfies avec lui. Il était venu saluer les partenaires dans les salons, rien à dire, franchement. » La journée se termine par un détour dans le vestiaire pour fêter la victoire avec ses peut-être futurs coéquipiers. Puis, plus rien pendant deux mois. Jusqu’à ce tweet libérateur de l’Imperator, en Français dans le texte : « Un joyeux Noël pour mes nouveaux supporters du Havre. Très heureux d’être avec vous pour un nouveau challenge sportif !!! »

Un transfert soumis à une seule condition : le rachat effectif du club par Christophe Maillol… qui n’interviendra jamais. Thierry Goudet, l’entraîneur choisi par la nouvelle équipe, n’a pas grand-chose à ajouter trois ans après : « Adriano, je ne l’ai pas vu. Tout avait été fait par les dirigeants de l’époque. Le club devait être racheté mais après, tant que la finalisation de la vente n’avait pas été conclue, il ne pouvait pas signer. Quand j’ai arrêté d’y croire ? Fin janvier, quand le club n’a pas été vendu à M. Maillol, le processus s’est arrêté. »

C’est à peu près au même moment que le clan du Brésilien se rend compte qu’il y a baleine sous caillou. « Nous donnons la priorité au Havre, parce que ce serait mieux pour lui d’aller en Europe et Adriano a vraiment aimé le club, il s’est senti bien là-bas, explique alors son représentant. Maillol nous a demandé d’attendre encore trois ou quatre jours, mais ça fait longtemps qu’il nous demande d’attendre. »



Qu’il se rassure, les Havrais attendent toujours. Maillol s’est carapaté du jour au lendemain, et la dernière fois qu’on a eu de ses nouvelles,il sortait d’une garde à vue pour quelques notes impayées lors de son séjour en Normandie. Ni lui, ni Jean-Christophe Touvenel, son bras droit dans le projet de reprise, n’ont répondu à nos sollicitations. Pas plus que les acteurs havrais du dossier, chez qui le souvenir reste douloureux, bien que le club a depuis été repris par un investisseur américain bien implanté en ville.

« Il faut comprendre, s’excuse-t-on en off. C’était une période compliquée, qui n’a pas fait du bien à l’image du club. Adriano, il est venu pour donner de la crédibilité au projet de Maillol, mais personne n’avait demandé son avis au secteur sportif alors qu’il était cramé depuis des années. » Un mois plus tard, le Brésilien était chopé par la patrouille au beau milieu d’une orgie de prostituées dans un hôtel de Rio. Il faut croire que l’air du Havre lui manquait déjà.