Mercato: Bain de foule et fumis... Quand l'aéroport d'Istanbul se transforme en un joyeux bordel

FOOTBALL Les supporters turcs ne badinent pas avec l’hospitalité…

Aymeric Le Gall

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Un accueil de rock star pour Valbuena à l'aéroport d'Istanbul.
Un accueil de rock star pour Valbuena à l'aéroport d'Istanbul. — @Fenerbahce
  • Lors de son arrivée en Turquie, Valbuena a pu sentir l'amour des ultras à l'aéroport d'Istanbul
  • Chaque recrue un peu connue est accueillie en rock star par les supporters turcs
  • Cela fait partie de la culture foot qui règne dans ce pays

Mick Jagger, Madonna, le pape ? Non, Mathieu Valbuena. En ce lundi 12 juin 2017, à l’aéroport d’Istanbul, les supporters du Fenerbahçe sont massés devant la porte vitrée censée déverser son flot habituel de touristes. Sauf qu’aujourd’hui, c’est une personne et une personne seulement que les ultras du club attendent de pied ferme.

Après une longue attente, la récompense, enfin. Du haut de son mètre soixante-sept, Mathieu Valbuena fend la foule telle une rock star sur la prairie de Woodstock, solidement entouré de gardes du corps qui font ce qu’ils peuvent pour ne pas se laisser déborder par une foule hystérique.

La scène, filmée à l’arrache par des supporters en transe, a vite fait le tour des réseaux sociaux. Mais si ce joyeux bordel a de quoi nous surprendre, c’est on ne peut plus normal en Turquie. Là-bas, chaque nouvelle arrivée est l’occasion pour les ultras de retourner l’aéroport et de souhaiter, à leur manière, la bienvenue au joueur.

« J’ai vu l’arrivée de Valbuena à l’aéroport d’Istanbul, il a dû halluciner le mec (rires) ! Il n’a pas dû comprendre ce qui était en train de lui arriver... Moi c’était pareil, quand je suis arrivé en 2000, les mecs étaient des milliers à m’accueillir à ma descente d’avion, c’était fou. C’est à la fois jouissif et hyper flippant », nous raconte Pascal Nouma, l'ancien buteur du Besiktas qui vit toujours en Turquie aujourd'hui.

La deuxième fois, lorsque je suis revenu au Besiktas en 2002, là c’était pire. Honnêtement c’était un bordel monstrueux, indescriptible. Il faut le voir pour le croire. On a mis plus d’une heure pour sortir de l’aéroport… C’est en mode tribune: ils craquent des fumigènes, ils font péter des pétards, ils hurlent, chantent, ils montent partout pour arriver à te voir. En gros, ils ont retourné l’aéroport ! 

Ridvan Nicolas Erdem, chroniqueur franco turc pour le site futbolarti.com, a vu de ses propres yeux les arrivées de van Persie et de Drogba à l’aéroport. « C’était magique, on aurait dit que les supporters avaient gagné le Ligue des champions. Dès que les clubs officialisent l’arrivée d’une bonne recrue étrangère, les supporters se préparent à l’accueillir. Certains vont jusqu’à partager sur les réseaux l’endroit précis où se trouve l’avion via des applis comme flightradar. »

Une fois le pied posé sur le tarmac, c’est toujours les mêmes gestes, toujours.

  • Le joueur met l’écharpe du club autour du cou, le voilà baptisé (la brandir dans les airs est un petit plus très apprécié des ultras)
  • Il avance comme il peut au milieu d’une foule en furie
  • Une petite vidéo est enregistrée pour la télé du club dans laquelle le joueur fait passer un message en turc aux supporters
  • Le joueur prend le micro pour remercier les ultras de leur accueil

De l’amour, mais pas que…

Mais attention, ces manifestations débordantes ont aussi un autre but que le seul témoignage d’amour et d’appartenance au club. Il faut savoir lire entre les lignes: « Les supporters veulent aussi faire passer un message aux joueurs, note Erdem. Ils veulent bien leur faire entrer dans la tête que le foot en Turquie, c’est comme une religion et que le pays n’est pas une maison de retraite pour footballeurs. »

Pour l’avoir vécu en vrai, Pascal Nouma confirme. « Dans ta tête, tu te dis que t’as pas intérêt de te louper parce que eux ne te louperont pas. A peine débarqué à l’aéroport, je me suis dit ‘ Mon Dieu, si je ne suis pas bon…’ Parce que t’inquiète pas que s’ils viennent par milliers à l’aéroport, ils viendront aussi par milliers devant chez toi si les choses ne se passent pas bien. » 

« C’est vrai que l’envers du décor, c’est qu’après un tel accueil, si le joueur a raté sa saison il se fait aussitôt insulter et on réclame son départ », explique Fatih Karakaya, journaliste free-lance spécialiste de la Turquie. Les supporters turcs donnent autant d’amour qu’ils en attendent en retour. Et là-bas, l’amour du maillot se mesure aux litres de sueur laissés sur la pelouse.

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Appelé à rejoindre la Turquie cet été, Bafétimbi Gomis devrait lui aussi connaître l’enfer paradisiaque d’une arrivée à l’aéroport d’Istanbul. « Ça va être flamboyant », prédit le journaliste franco turc. « Si Gomis débarque, prévient l’ancien buteur du PSG, il va atterrir à l’aéroport Ataturk et le camp d’entraînement de Galatasaray est situé à seulement cinq minutes de là, à Floria. » Et donc ? « Donc il va être dans la merde avec les supporters (rires) ! »