OM: Expérimenté, prudent, malin... On a dressé le portrait-type de l'actionnaire américain

FOOTBALL A défaut de connaître personnellement Frank McCourt, on a essayé de deviner quel serait son modèle de direction en observant ses compatriotes actionnaires dans le football européen...

William Pereira

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A gauche, Frank McCourt, nouveau propriétaire de l'OM
A gauche, Frank McCourt, nouveau propriétaire de l'OM — BERTRAND LANGLOIS / AFP

Enfin, c’est terminé. Hourra, l’OM a trouvé repreneur. Ce sera Frank McCourt, un homme d’affaires américain de 63 ans qui avait déjà mis un pied dans le monde du sport en détenant la franchise de baseball des Dodgers de 2004 à 2012, et en étant propriétaire du marathon de Los Angeles.

Bonne ou mauvaise nouvelle pour le club phocéen ? Le temps le dira. Une chose est sûre, sa manière de gérer l’Olympique de Marseille n’aura rien à voir avec celle de Nasser Al-Khelaïfi au PSG. Parce que McCourt a moins d’argent, oui, mais surtout parce qu’il vient des Etats-Unis. Et que le modèle des actionnaires américains suit une logique bien précise.

  • Pas du genre à dépenser à perte

C’est Jean-François Brocard, économiste du sport au CDES (Limoges), contacté par 20 Minutes, qui le dit. « Les actionnaires américains ne sont pas des mécènes comme les Chinois qui veulent acheter du soft power, qui veulent s’acheter une image et qui dépensent à perte. Leur but, c’est le profit. Avec les actionnaires américains, il ne faut pas s’attendre à voir des investisseurs dépenser à perte en recrutant tel ou tel joueur pour des sommes folles comme le PSG a pu le faire. »

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Economiquement, c’est intéressant dans le sens où le club est peu ou prou assuré d’afficher une belle santé économique, et ce, de manière constante. Sur le plan sportif à court terme en revanche, c’est moins fou. Supporters marseillais, ne vous attendez pas à voir débarquer du top-player mondial dans les mois à venir.

  • Des dirigeants impliqués dans le sport… Sans en être vraiment fans

« Le propriétaire de Liverpool ne vient jamais voir jouer l’équipe ; il gère son bien comme une entreprise. » Les paroles émanent de l’ancien joueur de Liverpool John Aldridge, dans Télérama, et résument plutôt bien l’état d’esprit des actionnaires américains investissant dans le sport.

« Ce sont des actionnaires qui veulent créer du revenu, qui font du business », souligne Jean-François Brocard. Et qui l’ont déjà fait sur leur propre sol. « La plupart d’entre eux ont déjà investi dans les sports US. Ils viennent rarement sans expérience même si celles-ci sont différentes », ajoute l’économiste. Certains cumulent même les « mandats ».

Le proprio des Reds, John.W.Henry, est aussi actionnaire des Boston Red Sox. Malcolm Glazer dispose quant à lui de Manchester United et des Tampa Bay Buccaneers, franchise de NFL football américain. Liste non exhaustive.

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  • Le stade, élément central de la stratégie américaine

132 millions d’euros. C’est le montant des revenus générés par la seule billetterie de l’Emirates Stadium d’Arsenal – détenu majoritairement par Stan Kroenke. Il y a une véritable culture du stade chez les investisseurs américains. A commencer par Frank McCourt, dont l’un des rares succès chez les Dodgers aura été de remplir le stade et d’en tirer profit. Au Stade Vélodrome, le nouveau propriétaire veut instaurer « la meilleure ambiance de Ligue 1 », comme il l’a dit dans L’Equipe.

De quoi laisser Aurélien François, enseignant-chercheur à l’université de Bourgogne, dubitatif. « Ce qui est étonnant dans le cas de McCourt, c’est qu’il s’agit d’un investisseur américain qui ne pourra, du moins pas tout de suite, détenir le stade Vélodrome. »

Actuellement, l’OM verse plusieurs millions d’euros à la ville annuels ainsi que des bonus si le chiffre d’affaires préalablement fixé est dépassé. Le modèle américain, dans lequel la franchise détient le stade, n’est donc pas totalement applicable. Mais McCourt a laissé entendre dans l’Equipe que des discussions entre lui et la cité phocéenne seront engagées à court terme à ce propos (« on reparlera de ce sujet dans le futur »). Le projet Vélodrome pourrait donc bien voir le jour à moyen terme.

  • La qualif’ en Ligue des champions leur suffit

Si l’excédant financier est leur objectif, les dirigeants américains n’ont donc pas forcément grand intérêt à investir à outrance. Les millions promis par Frank McCourt pour rivaliser avec le PSG vont surtout assurer à l’OM d’aller – si tout va bien – régulièrement en Ligue des champions. Et c’est déjà bien suffisant pour les propriétaires de clubs comme Liverpool ou Arsenal.

L’argent que rapporte un passage en phase de poules de la C1 représente une somme en moins à investir, et permet donc de garder le club dans le vert. A l’inverse, faire des folies sur le marché pour finalement peut-être buter en quarts sur le Barça est un risque ne mérite pas d’être pris (Manchester United se pose ici en exception, même s’il faut bien comprendre que le retour sur investissement sera effectif à court terme).

Mais l’OM pourrait-il se plaindre actuellement d’un actionnaire qui ne lui garantirait « que » la phase de groupes de la Ligue des champions ? Rien n’est moins sûr.