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Derrière « l’affaire Horner », une lutte d’ego et la chute de Red Bull ?

GP F1 d’Australie : Derrière « l’affaire Horner », une lutte d’ego qui pourrait faire chuter Red Bull

FORMULE 1« L’affaire Horner » bouleverse actuellement Red Bull, ce qui n’empêche par l’écurie de Formule 1 et son pilote triple champion du Monde, Max Verstappen de gagner. Mais jusqu’à quand ?
Adrien Max

Adrien Max

L'essentiel

  • L’affaire Horner bouleverse l’écurie de Formule 1 Red Bull depuis les accusations de comportement inapproprié par une employée de l’écurie envers son patron historique, Christian Horner.
  • Après une enquête interne, l’écurie anglo-autrichienne a blanchi son patron mais l’employée a depuis fait appel et porté plainte devant la FIA.
  • Ces bouleversements pourraient remettre en cause l’hégémonie de Red Bull qui court depuis plusieurs années, au point de voir Max Verstappen quitter l’écurie ?

Et voilà qu’à peine le pied posé en Australie, pour le troisième Grand Prix de Formule 1 de la saison 2024, dimanche (5 heures), « l’affaire Horner » est revenue sur le devant de la piste chez Red Bull. L’écurie avait pourtant tenté de mettre les choses à plat à l’issue de son deuxième doublé de la saison en Arabie saoudite. Mais la rumeur d’une prise de pouvoir totale de Red Bull par l’actuel patron Christian Horner est venue encore un peu plus assombrir le ciel de l’écurie et l’avenir du triple champion du Monde, Max Verstappen.

Entre l’Arabie saoudite et l’Australie, déjà, la BBC, annonçait que l’employée de Red Bull qui accuse le patron historique, Christian Horner, de comportement inapproprié, avait fait appel en interne des conclusions de l’enquête qui avait initialement blanchi le Britannique, tout en saisissant la Fédération internationale de l’automobile (FIA).

« Une plainte a été formulée, elle a été examinée de près et elle a été rejetée. A partir de là, on doit passer à autre chose », avait balayé Horner avant le lancement de la saison, histoire de passer à autre chose. Mais déjà des critiques sur son manque de transparence émanaient du puissant patron de Mercedes, Toto Wolff, et son homologue chez McLaren, Zak Brown.

« Une véritable lutte d’ego »

Cette affaire Horner, dont l’employée, depuis suspendue, est la première victime, met surtout en lumière les puissantes luttes d’influence en interne depuis la mort du cofondateur autrichien Dietrich Mateschitz, fin 2022. Elles sont apparues publiquement quand Jos Verstappen, le père de Max, a réclamé le départ du patron de l’écurie après Bahreïn, la première course de la saison : « Il y a de la tension tant qu’il reste en place. L’équipe risque de se déchirer. Elle ne peut pas continuer ainsi. Elle va exploser. ». La bataille fait rage entre le clan de Max Verstappen et d’Helmut Marko, soutenu par le fils du cofondateur, Mark Mateschitz, qui détient 49 % de l’écurie d’un côté, et celui de Christian Horner appuyé par Chalerm Yoovidhya, le fils de l’autre cofondateur thaïlandais, Chaleo Yoovidhya, et actionnaire majoritaire de Red Bull et de l’équipe de F1 avec 51 % des parts.

« Tant que Dietrich Mateschitz était là, il tenait la boutique. Mais après sa mort, il est difficile de ne pas penser que Christian Horner a vu l’opportunité de prendre plus de place. Ce qui ne plaît pas au clan Verstappen. On assiste à une véritable lutte d’ego, ce qui est courant dans le paddock. Ils ne mesurent plus du tout la chance qu’ils ont d’évoluer dans ce monde mais cherchent à écraser le camp d’en face un peu plus », recontextualise Gaël Angleviel, auteur de la biographie, Max Verstappen, La Rage de Vaincre qui vient tout juste de sortir.

Un départ de Verstappen de plus en plus probable

Christian Horner et Helmut Marko sont pourtant deux figures indissociables des succès de Red Bull. Le premier est le Team Principal de l’écurie depuis le rachat de Jaguar en 2005, avec à la clé sept titres de champion du monde pilote et six constructeurs. Le second a transformé son écurie de Formule 3, RS Marko, en pouponnière des jeunes pilotes Red Bull. Celle-là même qui a fait émerger un certain Max Verstappen pour le faire devenir le plus jeune pilote à concourir en F1.

« Dès sa première saison de F3, il est recruté en cours d’année par le Red Bull Junior Team, et porte les couleurs de l’écurie après avoir été repéré par Helmut Marko. Il l’enrôle avec la possibilité de le faire rouler en F1 dès 2015 [avec Toro Rosso, l’écurie satellite de Red Bull], ce qui convainc le clan Verstappen avec son père Jos et son manager Raymond Vermeulen », rappelle Gaël Angleviel.

Cette affaire Horner montre que le pilote néerlandais est encore plus lié à son deuxième père, Helmut Marko, comme il le définit, qu’à son équipe. Et lorsque Red Bull a menacé de suspendre l’Autrichien sur soupçons de divulgation d’informations, le pilote a prévenu : « Ma loyauté envers Helmut Marko est immense. Il est un élément important dans ma prise de décision pour l’avenir. Il est donc essentiel qu’il reste dans l’équipe. »

Et la presse se fait désormais l’écho d’une clause de départ pour Verstappen, si son mentor venait à quitter l’écurie, signée par Marko dans le dos de Horner. La nouvelle rumeur d’une prise de pouvoir totale de Christian Horner chez Red Bull donne même encore plus d’épaisseur à l’éventualité de voir son triple champion du monde de pilote mettre les voiles.

Mercedes à l’affût en vue de 2026

Red Bull joue donc gros avec l’avenir de son pilote qui l’a ramené vers les sommets après sept ans de domination Mercedes. Sa suprématie lors de cette saison 2024 ne devrait pas être remise en cause tant leur avance est importante. C’est moins sûr pour 2025 avec l’arrivée d’Hamilton chez Ferrari. Surtout, beaucoup d’équipes regardent déjà vers 2026 avec l’arrivée de la nouvelle réglementation, d’avantage centrée sur l’utilisation de carburant renouvelable et la puissance moteur.

« Alors qu’ils auraient pu terminer tranquillement leur ère de domination, ils sont en train de se jeter des boules puantes pour la suite. Qui aura prévu le meilleur moteur ? Mercedes, Ferrari ? Red Bull vient d’enrôler Ford après la fin de sa collaboration avec Honda, mais est ce que la mayonnaise va prendre ? Beaucoup de choses se trament déjà pour 2026 », prévient Gaël Angleviel.

Et même peut-être avant. L’annonce du départ de Lewis Hamilton chez Ferrari en 2025 laisse un baquet vide chez Mercedes, que le clan Verstappen avait déjà rencontré avant de s’engager avec Red Bull. Et Toto Wollf, le meilleur ennemi de Christian Horner se ferait un malin plaisir de lui chiper Max Verstappen, et Helmut Marko.

« J’adorerais l’avoir mais nous devons d’abord améliorer la voiture. Il nous manque notre mascotte, nous pourrions utiliser Helmut. Il n’a pas de casquette rouge comme Niki Lauda [conseiller Mercedes jusqu’à son décès en 2019], mais on pourrait lui en donner une », a-t-il savouré. »

Une histoire qui « arrive beaucoup trop tôt pour Red Bull », selon Gaël Angleviel, et qui au-delà des luttes d’ego, pourrait surtout effacer d’un trait le legs d'une domination presque sans précédent en Formule 1.