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« Ce qu’a vécu Pinot puissance 10 »... Seixas face au poids des attentes

Tour de France 2026 : « Ça va être ce qu’a vécu Pinot puissance 10 »... Paul Seixas face au poids des attentes

Au centre de l’attentionÀ 19 ans, Paul Seixas s’apprête à découvrir le Tour de France avec une pression médiatique monstre, lui que l’on présente comme un futur Maillot jaune en puissance
Cyclisme : Paul Seixas, l’héritier tant attendu ?
Quentin Ballue

Quentin Ballue

La France n’attend que lui. Paul Seixas sera au départ de son premier Tour de France samedi, à Barcelone. La pépite de Décathlon CMA CGM a annoncé sa participation début mai, après avoir remporté le Tour du Pays basque et la Flèche wallonne, puis avoir fini deuxième de Liège-Bastogne-Liège. Il sera, à 19 ans et neuf mois, le plus jeune coureur à s’aligner sur la Grande Boucle depuis 1937. Avec, déjà, le poids des attentes à supporter.

Rester proche des fans

Sa saison 2025, marquée par son top 10 au général du Dauphiné, son podium aux Championnats d’Europe et sa 7e place au Tour de Lombardie, avait attiré le regard des spécialistes. Son premier semestre 2026 l’a fait basculer dans une nouvelle dimension, au point que son nom parle désormais plus largement, au-delà du petit monde du cyclisme. Seixas a tenu la dragée haute à Tadej Pogacar sur les Strade Bianche (2e) et sur Liège-Bastogne-Liège (2e). Oui, un gamin de 19 ans, dans la roue de celui que l’on considère déjà comme l’un des plus grands de tous les temps, si ce n’est le plus grand.

Le nouveau phénomène a pu mesurer sa popularité pour son retour en France, en juin, lors du Tour Auvergne-Rhône-Alpes. « Il y avait quasiment l’affluence d’un Tour de France pour nous au pied du bus, le matin et le soir. Il y avait vraiment énormément de monde », nous confirme Baptiste Ollier, directeur de la communication de l’équipe.

Seixas a multiplié les autographes et les photos, toujours avec le sourire. « Avant et après chaque étape, Paul prenait trois, quatre minutes. Ce n’est pas grand-chose mais les fans étaient heureux. On a toujours essayé de créer du lien avec le public. Dans la mesure du possible, on fera pareil sur le Tour. L’idée est de rester une équipe proche des fans. »

Dans le tourbillon d’une course de trois semaines, Seixas aura plus de mal à contenter tout le monde compte tenu de ses obligations sportives. Mais Décathlon CMA CGM a anticipé et adapté son dispositif en engageant deux animateurs, qui seront sur le Tour « pour gérer la foule et satisfaire les fans le matin et le soir, distribuer des goodies, etc. » Une manière d’entretenir ce lien avec le public, tout en essayant de préserver, un peu, sa pépite.

Paul Seixas en pleine séance d'autographes pendant le Tour Auvergne-Rhône-Alpes.
Paul Seixas en pleine séance d'autographes pendant le Tour Auvergne-Rhône-Alpes. - Mourad Allili/SIPA

Des sollicitations d’Allemagne, du Mexique et des USA

La pression est aussi médiatique. Le 4 février, Décathlon CMA CGM annonçait aux journalistes l’arrivée d’une nouvelle attachée de presse pour renforcer son dispositif : « Dominique Issartel, ancienne journaliste à L’Equipe, gérera toutes vos demandes concernant Paul Seixas pour la saison 2026. Elle sera présente sur chacune de ses courses. » Un choix stratégique, qui en dit long sur la volonté de l’écurie d’accompagner au mieux sa pépite. Dans le peloton, des coureurs qui ont des attachés de presse spéciaux, « ça doit se compter sur les doigts d’une main », admet Baptiste Ollier.

Les demandes d’interview affluent depuis le début de l’année. En France, « tous les gros médias, les télés, les magazines » ont pris contact. Le phénomène a aussi attiré des médias d’Allemagne, du Mexique, des Etats-Unis, du Royaume-Uni, d’Italie, d’Espagne, du Danemark et de Colombie. Il faut faire le tri, forcément.

« On nous demande s’il peut faire le journal de 20h, avec les billets pris en charge… Tu peux payer tous les billets que tu veux, en fait, il n’a pas le temps ! Les gens veulent venir passer une journée avec lui, le suivre, mais ça multiplié par 10, tu ne peux pas », nous confie-t-on en interne. L’attention s’est même portée vers ses grands-parents, aperçus dans la vidéo d’annonce de sa participation au Tour. Ils ont carrément vu débarquer un journaliste de Paris-Match dans leur petit village. Un peu too much selon son entourage.

« Il ne sait pas ce qu’est le stress »

En amont du Tour, un seul grand entretien a été accordé, en mai, au magazine spécialisé Pédale. « C’était impossible pour nous de ne pas faire une couv' Seixas. Notre public attend ça depuis 40 ans, c’était une évidence », confie le rédacteur en chef Pierre Boisson, qui a passé une heure avec le crack à Chambéry. L’effet Seixas s’est tout de suite fait ressentir : les précommandes du magazine ont été multipliées par deux par rapport à 2025.

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Dans les kiosques, Seixas s’affiche aussi en Une de Vélo Magazine, au coude à coude avec Tadej Pogacar. Un poster du crack est même glissé à l’intérieur des pages, histoire que les plus jeunes l’accrochent dans leur chambre. Des dispositifs inédits seront en place pour le Tour : l’AFP a spécialement affecté un journaliste au suivi de Decathlon CMA CGM, tout comme RMC.

« Les 50 caméras tous les matins devant le bus, les chaînes d’info en continu, les reportages des JT de TF1, de France 2… ça va être ce qu’ont vécu Romain Bardet ou Thibaut Pinot puissance 10, lâchait Nicolas Geay, qui connaît bien l’effervescence du Tour, dans l’émission Bistrot Vélo. C’était encore une autre époque, où il y avait un peu moins les réseaux sociaux, un peu moins les chaînes d’info. Là ça va être énorme. […] Même s’il a l’air très bien connecté là-haut, très équilibré, quand même, je pense qu’il va se le prendre dans la gueule. »

Jusqu’à présent, Seixas montre une aisance assez déconcertante avec l’exercice médiatique et, de manière plus large, avec l’attention dont il fait l’objet. « Je ne me fais pas de souci pour lui, c’est un killer, sourit Pierre Boisson. Quand il parle de questions liées à ses potes, aux soirées auxquelles il ne va pas, tu entends la voix d’un ado. Mais le reste du temps, il a un charisme, une maturité hallucinante, et une capacité à gérer la pression. Je pense qu’il ne sait pas ce qu’est le stress. » En espérant que les trois prochaines semaines le confirmeront.