Tour de France : « Il avait des ânesses qui mettaient bas »… Comment Thibaut Pinot et ses fans vivent leur année zéro
Nouveau départ•Un an après la folie du « Thibaut Pinot Day » dans le Petit Ballon, le Franc-Comtois, bien occupé avec sa ferme, est passé à autre chose. Pour ses fans, c’est un peu moins évidentQuentin Ballue
L'essentiel
- Le Tour de France s’élance de Florence ce samedi. Sans la star de l’édition 2023, Thibaut Pinot, désormais à la retraite.
- Le Franc-Comtois coule des jours heureux dans son fief de Mélisey, auprès de ses animaux, loin de l’agitation du peloton.
- « La flamme est toujours là » pour ses fans, qui nourrissent l’espoir de voir leur idole rejoindre le fameux virage Pinot cet été sur le Tour.
Pour ceux qui ne voudraient toujours pas voir la réalité en face, les 478 points qu’il garde au classement UCI maintiennent l’illusion. Une branche bien fragile à laquelle se raccrocher puisque ces points vont fondre comme la neige du Galibier au soleil (on l’espère) dans les prochaines semaines, jusqu’à la date fatidique du 7 octobre. Celle de la toute dernière course de Thibaut Pinot, qui perdra donc, un an après, le petit pécule qu’il lui restait encore. Fêté comme un Dieu vivant l’été dernier sur le Tour de France, le Franc-Comtois a mis pied à terre il y a huit mois de cela. Le peloton a continué d’avancer, à vive allure. Et Pinot, lui, a appuyé sur les freins.
Agri-coureur
Plus besoin de quitter sa terre pour faire des bornes en plein hiver sous le soleil espagnol ou azuréen. Plus besoin de ce home-trainer à l’allure de tortionnaire pour notre amateur de grand air. Pinot passe le plus clair de son temps à Mélisey, dans sa ferme, au milieu de Quentine, Kim et toutes ses chèvres (qu’on ne présente plus), son chien, ses vaches et ses ânes. « On peut quasiment dire que c’est un agriculteur maintenant », sourit Jérémy Roy, son coéquipier pendant neuf saisons chez Groupama-FDJ.
Le Franc-Comtois travaille son projet de ferme pédagogique et de chambres d’hôte. « Je l’ai toujours eu en moi. J’ai toujours voulu créer des choses à partir de ce que la nature nous offre, du miel, cultiver ses fruits, ses légumes, voir ce que les animaux peuvent nous donner », confiait-il dans l’Equipe. « Ça fait longtemps qu’il en parle. C’était son rêve et son plaisir, d’être dans son petit train-train avec sa ferme et ses animaux, embraye Matthieu Ladagnous. Il a planté des arbres fruitiers. Il a goûté mon foie gras, donc j’espère qu’il me fera goûter sa confiture et son miel ! »
Une vie à la Monsieur Tout-le-monde, aux antipodes du quotidien tumultueux d’un coureur pro qui avale 15.000 kilomètres à l’année aux quatre coins de l’Europe. « Coureur cycliste, ça lui est un peu tombé sur la tête. Il a eu la chance de réussir, mais il n’était pas forcément programmé pour ça, pour être autant aimé. Il était prêt à rester quelqu’un d’anonyme, discret », estime Ladagnous. « Le confinement, c’était un peu une répétition pour son après-carrière avec ses animaux et sa ferme, reprend Roy. Je lui envoie quelques messages de temps en temps, on parle de tout sauf de vélo (rires). C’est une passion, mais ce n’est pas sa vie, c’est clair. »
De Monaco à la Ruhr
Aucun signe du syndrome de la petite mort, donc, chez l’ancien grimpeur. « Nous, on avait décidé depuis un moment que ce serait notre dernière année. Beaucoup d’athlètes n’ont pas cette même chance de programmer l’arrêt de leur carrière », souligne « Lada », qui a lui aussi arrêté en octobre. Pinot n’a pas totalement lâché le monde du sport pour autant. Il vient de porter la flamme olympique, mardi, à Baumes-les-Dames (Doubs), et a assisté au dernier GP de Formule 1 de Monaco. Fidèle supporteur du PSG, il a fait le déplacement à Dortmund en décembre et se rend régulièrement au Parc des Princes. Il y était encore le 7 mai dernier pour la demi-finale de Ligue des champions contre Dortmund, t-shirt du virage Auteuil sur le dos. Un match où il avait embarqué David Gaudu et Valentin Madouas.
Il a aussi mouillé le maillot sur le trail des Vosges saônoises, épreuve dont il était le parrain et dont il a pris la troisième place en avril. « Il n’a jamais trop aimé qu’on lui dicte ses entraînements. Le fait de pouvoir faire ce qu’il veut quand il veut, ça doit être un soulagement pour lui, souligne Ladagnous. Maintenant, c’est du sport plaisir. On n’a plus de contrainte, on y va quand on veut. »
Dans l’univers cycliste, il se fait en revanche plus discret. Il a croisé Richard Plugge l’hiver dernier à Tignes, l’occasion de boire une bière avec lui et de clore « l’affaire » née l’été passé. Plus officiellement, le maillot azzurro du Giro 2023 est devenu ambassadeur des cycles Lapierre. Et c’est à peu près tout. Pinot est resté à distance du peloton – et de la Groupama-FDJ, qui continue son petit bonhomme de chemin, sans souffrir d’une quelconque Pinot-dépendance (en matière de résultats, en tout cas).
Tu fais brûler ma flamme
Mais le soufflé n’est pas retombé, preuve en est avec l’explosion du nombre de participants au trail qu’il parrainait (350 cette année, contre 180 en 2023). « Hier encore, j’étais à l’assemblée générale des anciens combattants, toutes les personnes âgées en parlent, ils ne veulent plus regarder le Tour, glissait son papa, Régis, à France Bleu. Lui-même est surpris de sa popularité. Il croyait qu’après la fin de sa carrière en octobre, ça s’estomperait un peu. » Raté.
« La flamme est toujours là, estime Guy-Laurent, l’un des fondateurs du Collectif Ultras Pinot. Dans vingt ans, on reparlera encore de lui pour ses victoires, ses défaites, l’amour du peuple, comme on parle de Poulidor encore aujourd’hui. La France s’est reconnue en lui. » Notre aficionado reconnaît sans détour que le cyclisme a perdu de son sel avec la retraite de son poulain. « La vie sans Thibaut, c’est bizarre, j’ai du mal à m’y remettre complètement. Je regarde encore le vélo, mais je n’ai plus ce truc. Il n’y a plus cette électricité. »
« Pour les gens, je pense que ça manque, embraye Ladagnous. Il a toujours montré son vrai visage. C’était un champion qui avait des coups de moins bien. Avec Thibaut, les gens pouvaient se dire : ''Il est comme nous, des fois il est bien, des fois non.'' Actuellement, il y a beaucoup de champions, mais ils ont rarement des défaillances. C’est plus difficile de s’identifier. »
« Si Thibaut commence à arriver en mode Zidane… »
Privé du déhanché de son idole, Guy-Laurent se contente d’apprécier chaque story où l’ancien coureur récolte son foin ou cueille ses légumes. « L’important pour moi, c’est qu’il soit heureux, maintenant qu’il ne peut plus me gagner le Tour de France (rires) ! » Le CUP n’a pas disparu avec la retraite de Pinot : 300 supporteurs se sont retrouvés dans la côte de la Pigeonnière dimanche pour la course en ligne des Championnats de France, avec Valentin Madouas comme chouchou du jour.
Thibaut Pinot aurait lui aussi dû être présent. « Il devait venir, mais vous connaissez les contraintes de son nouveau métier. Il avait des ânesses qui mettaient bas donc il n’a malheureusement pas pu se joindre à nous. » Quid de retrouvailles dans « son » virage cet été, sur le Tour de France ? « Je pense que le Championnat de France lui convenait plus dans le sens où on n’était pas 4.500 comme dans le Petit Ballon, souffle Guy-Laurent. Si Thibaut commence à arriver en mode Zinédine Zidane, ça ne va pas le faire, c’est toujours le même ! Mais pourquoi pas organiser un truc sur le triptyque niçois. En plus, Thibaut a une maison dans le Var, s’il y a moyen de s’arranger pour qu’il soit avec nous… »


















