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« Vrai bordel », chants et famille réunie… C’était la dernière de Pinot

Tour de Lombardie : « Meilleur public du monde », « vrai bordel » et famille réunie… C’était la dernière de Thibaut Pinot

CyclismeThibaut Pinot a disputé la dernière course de sa carrière, ce samedi lors du Tour de Lombardie
Antoine Huot de Saint Albin

A.H. avec AFP

«Un vrai chaos, comme j’aime. » C’est un mégaphone à la main devant un kop en transe, agglutiné au pied du bus de son équipe Groupama-FDJ, que Thibaut Pinot a tiré un trait sur quatorze ans de carrière ce samedi après le Tour de Lombardie. « Lalalalalalala Tibo Pinooot » : lorsque l’idole du cyclisme français a enfin descendu les quelques marches du bus, dans lequel il s’était « remis la tête à l’endroit » pendant près d’une heure après l’arrivée à Bergame, les chants ont repris de plus belle pour célébrer la fin d’une trajectoire singulière, faite de hauts puissants et de bas tragiques.

Le Franc-Comtois de 33 ans, dont les victoires mais surtout les échecs déchirants ont cimenté une popularité unique, a été acclamé toute la journée sur une course qu’il a remportée en 2018 et dont il était le héros ce samedi. Par les organisateurs qui lui ont fait livrer à domicile, à Mélisey en Haute-Saône, une chèvre baptisée Vittoria et qui l’ont fait s’élancer en première ligne à Côme sous les applaudissements de ses désormais ex-collègues.

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Par les coureurs ensuite qui, à l’image de Remco Evenepoel, sont venus un par un lui taper sur l’épaule pendant la course pour l’accompagner vers sa nouvelle vie. Et par ses supporteurs évidemment qui, après la folie du dernier Tour de France, ont monté de toutes pièces un nouveau « virage Pinot », à l’entrée de la vieille ville de Bergame, transformée en stade de foot, noyée sous les chants et les fumigènes.

« Un moment intense »

Dès la matinée, ce kop, inédit dans l’histoire du cyclisme, a envahi les rues de la cité lombarde pour chanter à la gloire de son héros. Ils ont été rejoints dans le virage par la famille du coureur et son manageur Marc Madiot, haranguant la foule. « Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant de monde. C’était un vrai chaos, un vrai bordel comme j’aime, c’était fou, un moment intense », a raconté Pinot qui, en passant dans le virage à son nom, a rebondi comme une balle de flipper entre les rangées de supporteurs.

« Il laisse quelque chose en héritage que personne n’avait fait avant lui, un public festif au bord de la route tout en étant respectueux des coureurs », a commenté Marc Madiot, moins ému que sur le Tour de France où il avait complètement craqué mais fier du parcours et de l’empreinte laissée par son coureur. A l’arrivée, ralliée en 37e position au côté de ses équipiers Quentin Pacher et Rudy Molard, Pinot a claqué la bise à tout l’encadrement de l’équipe, vêtu de t-shirts avec son nom floqué dans le dos, avant de s’engouffrer dans le bus où on faisait monter des pizzas.

« Une belle fête »

« C’est une belle histoire qui se termine dans un décor magnifique », a glissé son père Régis, au bord des larmes devant la ferveur déclenchée par son fils. « Il y a toute la famille, il sort vraiment par la grande porte », ajoutait Julien, le frère et l’entraîneur de Pinot.

« J’avais beaucoup d’interrogations avant de venir ici mais je ne regrette pas. C’était une belle fête et je m’en souviendrai toute ma vie », a lâché le triple vainqueur d’étape sur le Tour de France qui avait accumulé les pépins de santé ces dernières semaines. Terminer dans le décor magnifique de Lombardie, théâtre de son plus bel exploit, est « grandiose forcément, a-t-il ajouté. L’avoir emporté ici est ma plus grande fierté. Pendant la course je me suis dit : aujourd’hui je suis incapable de gagner mais je l’ai gagnée celle-là et beaucoup de coureurs aimeraient en dire autant. »

Il va désormais retrouver ses animaux dans sa ferme de Mélisey, goûter au silence et prendre du recul avec un sport dont il a souvent détesté les contraintes, lui qui « n’aime pas être au centre de l’attention ». « Ça y est c’est fini, c’était un truc de fou, je ne suis pas champion du monde mais j’ai le meilleur public du monde », a-t-il conclu.