Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Cavendish, l’homme que tout le peloton voulait voir gagner (même Philipsen)

Tour de France 2023 : Mark Cavendish, l’homme que tout le peloton voulait voir gagner (même Philipsen)

CyclismeLe sprinteur de 38 ans, futur retraité, a terminé 2e du sprint massif ce vendredi à Bordeaux, battu in extremis par l’insatiable Jasper Philipsen
Nicolas Stival

Nicolas Stival

L'essentiel

  • Mark Cavendish a bien cru remporter une 35e victoire d’étape dans le Tour de France ce vendredi, entre Mont-de-Marsan et Bordeaux. Mais le co-recordman (34 succès sur la Grande Boucle, comme Eddy Merckx) a dû s’incliner dans les derniers mètres du sprint massif face à Jasper Philipsen.
  • Le Belge, qui a gagné pour la troisième fois en sept étapes depuis le départ de Bilbao, a semblé presque gêné d’avoir gâché la belle histoire, alors que Cavendish dispute sa dernière saison.
  • Le Britannique de 38 ans, qui évolue dans l’équipe Astana Qazaqstan, n’aura plus beaucoup d’occasions de l’emporter d’ici l’arrivée à Paris.

Et soudain, Mark Cavendish a surgi, depuis l’aile droite de ce pack de sprinteurs affamés et aimantés par la ligne d’arrivée du quai Louis-XVIII. Alors, notre machine à rêver s’est affolée… Treize ans après avoir remporté la dernière étape du Tour de France jugée à Bordeaux avant ce vendredi, le « Cav » allait entrer dans l’histoire de la plus grande course du monde, grâce à une 35e victoire. A 38 ans, pour l’ultime saison de sa sublime carrière, le Britannique allait enfin décramponner la légende Eddy Merckx, avec qui il partage le record de 34 bouquets depuis le Tour 2021, édition faste à quatre succès pour celui qui évoluait alors à la Quick-Step.

Mais l’époque n’est plus au romantisme. Si le vétéran d’Astana Qazaqstan, encore englouti dans la masse sous la flamme rouge, a réussi à effacer Biniam Girmay, finalement 3e, dans sa folle attaque, Jasper Philipsen a senti le coup. Alors que son équipe Alpecin-Deceuninck, l’exemplaire Mathieu Van der Poel en tête, lui avait comme d’habitude mâché le boulot jusque-là, le Belge s’est chargé du reste.

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

Il a pris la roue de son aîné de 13 ans, avant de le déposer sans pitié à quelques dizaines de mètres de la ligne pour s’imposer pour la troisième fois dans ce Tour, après Bayonne et Nogaro. Cavendish avait fini 6e lundi au Pays basque, et 5e mardi dans le Gers.

« J’étais en bonne position, grâce à Cees Bol [son coéquipier], qui ressemble à un assassin, avec sa façon de traverser le peloton, rembobine le (presque) héros du jour, relayé par Cyclism’Actu. J’étais peut-être un peu trop loin, mais au moins j’avais les bonnes roues. J’y suis allé plus tôt que je ne le voulais, mais c’était au même endroit qu’en 2010 [lors de sa victoire à Bordeaux]. »

Un souci mécanique ?

Seulement, les temps ont changé depuis l’époque où Alain Juppé occupait la mairie toute proche, pendant que les Girondins évoluaient en Ligue des champions. Aujourd’hui, le patron du sprint, c’est Philipsen. Le Belge est aussi le dernier wagon du splendide train Alpecin, pendant que le vétéran d’Astana n’a pu quasiment compter que sur ses vieilles cuisses dans ce final aussi splendide que cruel. Certes, il y a le brave Bol, mais rien à voir avec Mark Renshaw, l’indispensable poisson-pilote des années 2010.

Le Cav a toutefois évoqué un souci mécanique dans l’emballage final, et fatal. « Quand j’ai commencé mon sprint, ma vitesse est revenue aux 12 dents. J’ai donc dû me rasseoir pour la remettre sur le onze. Cela casse bien sûr un peu votre cadence. » Vu comme ça, forcément…

De son côté Philipsen n’a pas ce genre de soucis. « Jusqu’à présent, c’est un Tour de rêve pour nous », a lâché le vainqueur du jour. Mais toutes les machines ont un cœur, comme le prouvent ses propos sur Cavendish. « Il était vraiment fort. J’aurais aussi adoré le voir gagner, comme tout le monde, je pense. » Ce genre de déclarations ne coûte pas cher quand on empile les victoires, mais le ton employé sent bon la sincérité.

« On a revu ce matin des images de sa victoire ici en 2010. Ça paraît tellement loin ! Mais il est toujours là, c’est incroyable. C’est le meilleur sprinteur de l’histoire. » Le champion du monde 2011 n’a pas toujours compté que des amis parmi ses collègues, avec son ego plus gros que l’île de Man dont il est originaire. Mais comme souvent, le temps adoucit les sentiments, et le crépuscule de cette carrière de dix-huit ans est regardé à travers un filtre de nostalgie.

Y aura-t-il un 163e succès ?

A présent, l’homme aux 162 victoires, la dernière à Rome lors de l’ultime étape du récent Giro, est vu comme une légende, et non plus comme l’effronté qui chambrait les déclinants Cipollini ou Greipel au temps de sa splendeur. Un ultime succès pour sa 14e participation au Tour de France, la deuxième seulement depuis 2018, serait unanimement salué par le peloton…

« Aujourd’hui [vendredi], je suis déçu, reconnaît l’intéressé. Mais nous continuerons d’essayer et nous avons encore des choses à améliorer. Je pense que je suis capable de battre Jasper. » Le souci, c’est qu’il ne reste vraiment plus beaucoup d’occasions de le prouver.