Tour de France 2023 : Ennui, chutes, ironie...Comment cette 4e étape entre Dax et Nogaro a viré au fiasco
Cyclisme•La course a été d’une monotonie absolue ce mardi dans les Landes et le Gers, avant un final chaotiqueNicolas Stival
L'essentiel
- La 4e étape du Tour de France 2023, ce mardi entre Dax et Nogaro, a accouché d’un des pires spectacles observés sur la Grande Boucle.
- A part une courageuse échappée vouée à l’échec des Français Benoît Cosnefroy et Anthony Delaplace, les (télé)spectateurs n’ont rien eu à voir pendant près de 182 kilomètres.
- Même le sprint, remporté par le Belge Jasper Philipsen, a été la cible de critiques pour sa dangerosité, sur le circuit automobile Paul-Armagnac.
Notre petit cœur à moitié gersois saigne au moment de dresser ce constat. Mais on est bien obligé de le faire : cette 4e étape du Tour de France 2023, partie de Dax dans les Landes pour arriver sur le circuit automobile de Nogaro, dans notre département de cœur, a été une purge absolue. Peloton sans envie, sprint bâclé et marqué par des chutes, dont celle de l’un des favoris, Fabio Jakobsen…
« Les coureurs avaient décidé de ne pas faire la course, et ça s’est vu », a laissé tomber le journaliste Alexandre Brasseur, sur un plateau de France 2 où l’on maniait l’ironie sans chercher à masquer son dépit, après avoir diffusé pendant près de cinq heures un ersatz de cyclisme. Ces 181,8 km quasiment plats, à la veille d’attaquer les Pyrénées, ne sentaient déjà pas la légende ce mardi matin, avant le départ.
De là à imaginer un tel pensum, bouclé avec une demi-heure de retard sur l’horaire le plus pessimiste… Pourtant, après un départ digne d’une épreuve de cyclotourisme en Chalosse (36,2 km/h de moyenne lors des 20 premiers kilomètres, contre 51,7 km/h lors des 20 derniers), Adrien Petit avait prévenu le téléspectateur, en s’adressant directement à un caméraman sur une moto du service public : « Mettez juste un fond d’hélicoptère et les gens seront peinards pour la sieste » s’était marré le Bison d’Arras.
Un air de Gap-Privas 2020, en pire
Un très long roupillon plus tard, Jasper Philipsen savourait sa deuxième victoire en deux jours et son maillot vert chipé à Victor Lafay. Ce qui n’empêchait pas le Belge d’Alpecin-Deceuninck de reconnaître qu’il avait gagné « sans doute l’étape du Tour de France la plus ennuyeuse depuis un long moment ».
En 2020, les 183 kilomètres entre Gap et Privas avaient également endormi tous les suiveurs. Mais au moins le sprint, remporté par Wout van Aert, avait été propre. Et un épisode inattendu avait finalement relégué le scénario de l’étape au second plan, puisque Julian Alaphilippe avait perdu la tête du général à cause d’une pénalité de 20 secondes de pénalité pour un ravitaillement non autorisé, au profit d’Adam Yates.
« Personne ne voulait partir en échappée »… sauf deux coureurs
Comme l’Histoire aime les clins d’œil, l’Anglais, jumeau de Simon, est également le maillot jaune de ce Tour 2023, après quatre étapes. Et en trois phrases sur France 2, le coéquipier de Tadej Pogacar chez UAE a résumé le pastis gascon de ce mardi. « Aujourd’hui, c’était assez simple jusqu’au final. Personne ne voulait partir en échappée, les sprinteurs étaient très contents de rester dans le peloton. La fin, avec les chutes, c’était un peu difficile. »
Alors si Adam, il y a bien eu une échappée, partie juste après le sprint intermédiaire de Notre-Dame-des-Cyclistes, à 88 km de l’arrivée. Mais en une soixantaine de bornes, les Français Anthony Delaplace et Benoît Cosnefroy n’ont jamais compté plus d’une minute et 30 secondes d’avance sur le peloton. Comme Petit un peu plus tôt, Cosnefroy s’est d’ailleurs adressé à une moto de France Télé, au cours de ce raid de Normands sans espoir. « Si tu veux qu’on fasse l’analyse d’après-course maintenant, on peut la faire, ça m’évitera la zone presse, a souri le Cherbourgeois d’AG2R-Citröen. Pourquoi on a fait ça ? Je ne sais pas. »
Merci les gars quand même pour cette petite fantaisie entre amis au cœur d’une journée qui en manquait cruellement. A froid, le combatif du jour revenait sur cette épopée pleine de panache au pays des mousquetaires. « On s’est lancés dans une échappée à deux qui n’avait pas plus d’intérêt que ça mais c’était un bon moment avec "Antho" ». Son pote d’Arkéa-Samsic, originaire de la Manche, le relayait : « Je pense que les échappées font partie de l’histoire du Tour. Même dans des étapes, disons, inintéressantes, comme aujourd’hui. »
Le souci, c’est que ces sorties de peloton semblent s’écrire au passé, dans une épreuve aux enjeux financiers énormes où les baroudeurs, aussi magnifiques que bredouilles la plupart du temps, sont de plus en plus délaissés au profit des sprinteurs, ces snipers sans pitié.
Van der Poel en colère
Encore faut-il que ledit sprint se passe dans de bonnes conditions, pas comme ce mardi, sur un circuit Paul-Armagnac pourtant bien large. « C’était super dangereux, d’après moi plus dangereux qu’hier [lundi, à Bayonne] », a pesté Mathieu van der Poel, que la victoire de son collègue Philipsen n’a pas empêché de manifester son courroux.
« On savait d’entrée que le final ici serait mouvementé. S’il y avait eu autant de virages pour une arrivée au sprint en ville, il y aurait eu des critiques. Là, comme c’est sur un circuit, tout est permis. » Outre Jakobsen, le Français Alex Zingle, l’Espagnol Luis Leon Sanchez, le Norvégien Torstein Traeen, le Slovène Luka Mezgec et l’Italien Jacopo Guarnieri, notamment, sont tombés dans le final. Ces deux derniers ont été évacués à l'hôpital, avec une probable fracture de la clavicule. Ils seront bien les seuls, dans quelques jours, à se souvenir de cette triste étape.


















