La Coupe du monde dans nos vies, épisode 28. «Marc, si on la gagne, je t'épouse», l'amour dure encore 20 ans après

INTERVIEW Ils se l’étaient promis le 12 juillet 1998, et cela fait 20 ans que ça dure. On a parlé avec Marc et Catherine, deux amoureux entrés dans la légende du foot français grâce à leur drapeau…

Propos recueillis par Laure Cometti

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Catherine et Marc le 12 juillet 1998.
Catherine et Marc le 12 juillet 1998. — M. & C. Combreau

Nous sommes tous un peu la Coupe du monde. Qu’on adore ou qu’on déteste le foot, qu’on le suive régulièrement ou une fois tous les quatre ans, qu’on soit né un soir de juillet 1998 ou trente ans avant, nous avons tous une expérience singulière et collective liée à la Coupe monde. Durant tout le Mondial en Russie, 20 Minutes vous propose de l’explorer chaque jour à travers des témoignages, des interviews, des anecdotes, des jeux, des reportages ou des portraits. Parce que la Coupe du monde, c’est bien plus que juste du foot.

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Aujourd’hui épisode 28. L’interview de Marc & Catherine, les amoureux du drapeau de la finale 98, « Marc, si on la gagne je t’épouse »

Avant de commencer, remercions les équipes de France 2. C’est grâce à leur documentaire « 12 juillet 1998, le jour parfait » que Catherine et Marc se sont rappelés à notre mémoire. Face caméra, 20 ans après être entré dans la légende grâce à leur drapeau « Marc si on la gagne je t'épouse » qui avait fait le tour du pays, le couple semble heureux. « Ils sont si chou, j’ai envie d’être leur fille », nous glisse même une collègue. C’est méchant pour ses propres parents, mais c’est un peu vrai. Catherine et Marc ont l’air heureux, profondément. Parce que l’amour est inconditionnel et inconditionnellement lié au plus beau jour que la France a connu depuis la Libération.

Alors on a eu envie d’en savoir plus. Depuis le Québec, où ils passent quelques vacances en famille, Catherine et Marc ont allumé leur webcam et pris le temps de nous raconter leurs souvenirs, interrompus de temps à autre par leur petite-fille qui babille « allez les Bleus ». Après avoir lu leur histoire, vous ne pourrez plus jamais dire « c’est que du foot ».

Racontez-nous comment vous vous êtes retrouvés au Stade de France le 12 juillet 1998 ?

Marc : On avait pris en septembre 1996 nos billets pour tous les matchs à Nantes, pratiquement deux ans avant. Nous deux et un couple d’amis de Saint-Hilaire, un gars avec qui je jouais au foot étant jeune. Donc on était prioritaires pour avoir des billets pour la finale. On a su au mois de janvier 1998 qu’on avait quatre places. Y avait pas de portable, pas d’ordi, c’est par Minitel qu’on l’a appris. Pendant tous les matchs on était derrière les Bleus, en espérant d’aller le plus loin possible. Et puis ils sont arrivés jusqu’à la finale, donc direction Paris.

Catherine : On suivait les matchs et au début ça devait peut-être être mon fils qui devait aller voir la finale avec mon mari, il avait 11 ans. Et au fil des matchs je me suis dit, « mince, la France en finale je verrai ça qu’une fois dans ma vie ! ».

Marc : On a mis nos trois enfants en garde et on est parti samedi matin en voiture avec nos amis Jacky et Katia. Le vendredi soir, on s’est préparé. Bien sûr, on avait des drapeaux et Catherine a dit : « Tiens, j’ai envie de mettre quelque chose sur le drapeau ».

Catherine : Je me suis dit, « de toute façon, on va jamais gagner contre le Brésil ». Donc j’ai écrit « Marc si on la gagne je t’épouse » sur mon drapeau, un peu comme une boutade, une blague. Je me suis dit, je me mouille pas trop ! On vivait ensemble depuis 15 ans déjà, et on avait jamais parlé de se marier.  Quand on était sur les Champs-Elysées, avant le match, je portais mon drapeau en cape. C’était l’euphorie, tout le monde se parlait. L’euphorie montait d’heure en heure. Et les gens riaient en voyant mon drapeau.

Catherine et Marc le 12 juillet 1998.
Catherine et Marc le 12 juillet 1998. - M. & C. Combreau

Marc : C’était très bon enfant, on a remonté les Champs à pied puis on s’est rendu au stade en métro. Dans le stade, Catherine et moi étions assis dans la tribune basse, derrière les buts, un peu décalés dans le virage. Au 17e rang, derrière les buts où Zidane a marqué ses deux premiers buts.

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Y en a même qui nous demandaient s’ils seraient invités au mariage !

Quels souvenirs gardez-vous du match ?

Marc : Je me rappelle très bien du match, l’entrée des joueurs, l’échauffement, les hymnes, tout le monde qui chante la Marseillaise…

Catherine : Je ne me souvenais pas du défilé Yves Saint Laurent. C’est tellement un plein d’émotions, y a tellement de choses qui arrivent… En revoyant les images aujourd’hui, ça fait comme un flash-back. Pendant le match, toi tu le vivais à fond [elle se tourne vers Marc], moi je regardais le terrain, mais aussi à droite à gauche, les supporters brésiliens. J’aimais bien regarder la tête des Brésiliens à côté de nous. J’ai des photos des moments après le premier but français, des Brésiliens qui étaient comme ça [elle mime une grimace et rit].

Après « un-zéro », voilà, « deux-zéro », on commence à y croire. Et puis moi à 2-0 je lui dis comme ça : « Marc, t’as vu ce que j’ai marqué sur le drapeau ? ». Il me répond : « oui, oui, c’est bon, là on vit le match, t’occupes pas de ton drapeau ! ». Et là, à partir de 2-0, je me suis dit « mais Catherine t’as mis quoi sur ton drapeau, mais… » [elle fait une tête stupéfaite] Et à la fin du match il me disait « on vit un moment exceptionnel alors il faut vivre ce moment ». Quand on est sorti du stade, avec nos copains, on y pensait plus. Et puis sur les Champs, les gens nous disaient « eh oh là, va falloir tenir la promesse, vous avez vu ce qu’il y a sur votre drapeau ? »

Marc : Y en a même qui nous demandaient s’ils seraient invités au mariage !

Et quand est-ce que vous avez finalement décidé de vous marier ?

Catherine : Quand on est rentrés à la maison dimanche, on a eu une surprise. Nos voisins avaient décoré notre maison. Et ils nous avaient fait faire un pain avec écrit « France Brésil 3-0, on a gagné ». Le jardin était décoré de banderoles bleu blanc rouge. Et puis ensuite, j’ai vite dit à Marc : « qu’est-ce qu’on fait ? ». Et il m’a dit : « c’est pas parce que tu l’as marqué sur le drapeau qu’on est obligés, si t’as pas envie de te marier, on se marie pas ». Mais moi quand je dis quelque chose, je le fais, je vais jusqu’au bout. Donc on a décidé de se marier. La date a été fixée au 3 octobre 1998 à la mairie. Mais j’avais envie que ça reste discret, que la famille.

Marc : Juste nos familles et nos très proches. Bien sûr, le couple d’amis qui étaient à la finale avec nous, ils étaient nos témoins.

Marc, Catherine, et leurs trois enfants le jour de leur mariage, le 3 octobre 1998.
Marc, Catherine, et leurs trois enfants le jour de leur mariage, le 3 octobre 1998. - M. & C. Combreau

Ça n’a pas été un mariage comme les autres…

Catherine : Ma mère m’a proposé de me payer ma robe de mariée. Dans ma tête je me suis dit « non, non ! ». Je lui ai dit d’accord. Mais je voulais me marier en bleu-blanc-rouge. Donc je vais voir une copine du boulot qui cousait et je lui dis « je vais te demander un service : tu veux pas me faire une robe ? Une robe de mariée, et faut que ça reste secret ». Là elle me dit : « non mais j’ai jamais fait ça ! ». Et quand je lui ai dit que je voulais une robe bleu-blanc-rouge, elle m’a dit : « t’es folle ! ». Puis elle m’a dit : « laisse-moi huit jours pour réfléchir ». Je lui réponds que c’est urgent, car c’est pour le mois d’octobre. C’est finalement elle qui a fait ma robe. Pendant ce temps, ma mère me demandait où j’en étais dans mes recherches. Je suis allée acheter une robe blanche, courte, toute simple, et je lui ai montrée. Mais je l’ai jamais mise !

Marc : Je portais un pantalon bleu, une chemise rouge et une cravate blanche.

Catherine : On a gardé la surprise jusqu’au jour J. Personne n’était au courant qu’on était tout les deux en bleu-blanc rouge, même mon bouquet était tricolore. Et sur les faire-part, on avait écrit « un pari fou, foot, foot ! » On est arrivé à la mairie avec notre grand drapeau sur la voiture. Et nos parents, nos proches en revenaient pas quand ils nous ont vus arriver. Ils disaient : « mais c’est pas vrai, jusqu’où ils vont aller » ! [ils rigolent]

Mais on était pas les seuls à avoir préparé une surprise. Ma mère avait prévenu nos amis, qui nous attendaient à la sortie de la mairie. Ils nous ont promenés dans le bourg à bord d’un tracteur avec une remorque, décorée, dans notre petit patelin de 1.500 habitants. On devait être une trentaine à la maison pour l’apéro, et finalement on était soixante. Pendant qu’on était à la mairie, cette bande de copains avait décoré la maison, ils étaient montés sur le toit pour mettre des banderoles partout, des pancartes « 1-0 », « 2-0 », « 3-0 ». Finalement, l’intimité a été pas mal bousculée ! Et autour de nous des personnes qu’on avait pas invitées nous ont dit : « dis donc, c’est un sacré mariage, c’était original il paraît que t’avais une belle robe…. Mais nous alors, on a pas été invités ? » Donc on a refait une fête, en mars 1999, avec la famille, les copains, les cousins… Cette fois on était à peu près 300 personnes. On a passé « I Will survive » pas mal de fois. Le nom des tables, c’était tout trouvé, c’était le nom des joueurs, on avait organisé un tas de jeux autour de la Coupe du monde.

On nous parle encore de notre mariage, vingt ans après ! Heureusement qu’on est encore ensemble parce qu’autrement on en parlerait plus !

Marc et Catherine à leur mariage.
Marc et Catherine à leur mariage. - M. et C. Combreau

Vous portiez les mêmes tenues tricolores qu’en octobre 98 ?

Catherine : Ah oui, les gens voulaient voir la fameuse robe !

Marc : Y avait même mon copain, Jacky, qui avait écrit à Thierry Roland pour l’inviter. Il est pas venu, mais pendant un match des Bleus, quelques jours après le mariage, il nous a fait un petit coucou à la télé en nous citant.

Catherine : Avec les 20 ans de 1998, on nous en a beaucoup reparlé. On reçoit des messages, vingt ans après ! Heureusement qu’on est encore ensemble parce qu’autrement on en parlerait plus ! [elle rit] Les enfants sont contents, même s’ils nous chambrent un peu.

Vous étiez ensemble depuis 15 ans avant de vous marier. Quelle place le foot occupait dans votre couple, dans votre vie, avant 98 ?

Marc : Je joue au foot depuis l’âge de 11 ans, et je joue toujours. Le foot, ça a toujours été ma passion.

Catherine : Quand on a commencé à sortir ensemble, tous les dimanches j’allais le voir jouer. Là on s’est fait des amis, on était avec les poussettes, les landaus. Notre gars, il a été un peu bercé dans le foot aussi [leur fils aîné a aujourd’hui 31 ans].

Le foot, ça nous rapproche forcément, ça fait une affinité commune, ça rappelle des souvenirs.

Et aujourd’hui, vous partagez encore cette passion ?

Marc : En 2016, on est allés voir presque tous les matchs de l’équipe de France pendant l’Euro.

Catherine : Quand l’équipe de France joue, je regarde tous les matchs. Un peu moins la Coupe d’Europe. Ça rapproche forcément, ça fait une affinité commune, ça rappelle des souvenirs. Cette année, tu voulais y aller [au Mondial], mais c’était soit la Russie, soit le Québec avec les enfants ! [elle rit]

Marc, Catherine, et leurs trois enfants le jour de leur mariage, le 3 octobre 1998.
Marc, Catherine, et leurs trois enfants le jour de leur mariage, le 3 octobre 1998. - M. & C. Combreau

La Coupe du monde, ça représente quoi dans votre vie ?

Catherine : Des bons souvenirs, la fête, la joie, le partage. C’est pas forcément que par rapport à nous, tout l’entourage : quand vous voyez des gens qui sont bien. Encore plus maintenant, je pense, avec tout ce qui s’est passé, les attentats… Ces moments où tous les gens sont bien ensemble, disent « allez les bleus ! », où on a l’impression qu’on oublie tout ce qui se passe. Donc je retiens aussi ça maintenant, des moments de joie, de partage, parce que c’est vraiment des moments où les gens sont ensemble et ils partagent des bonnes choses ensemble.

Marc : Pour moi, c’est un peu plus accentué sur le foot, parce que j’ai toujours pratiqué, mais Catherine a bien résumé ce que je pense aussi. [Elle rit]

Est-ce que les 12 juillet sont des jours spéciaux pour vous ?

Marc : On y pense toujours. Mais on fête pas nos anniversaires de mariage, on n’a pas fêté les 10 ans, et on ne va pas faire quelque chose de spécial pour les 20 ans, car nos enfants sont à l’étranger. On va fêter ça entre nous, tout simplement.

La benjamine arrive en agitant un drapeau. On lui demande ce qu’elle pense de ce mariage déclenché par une victoire des Bleus quand elle avait 4 ans. « Ça paraît un peu fou, c’est très original, quand je raconte ça à mes amis, ils trouvent ça très drôle. Je trouve ça bien. Se marier, c’était pas forcément ce qu’il voulait au début, mais ils l’ont fait, à leur manière !… Mes seuls souvenirs du mariage, c’est que j’avais peur car au mariage ils avaient mis un drapeau bleu blanc sur le pare-brise et j’avais peur que papa ne voie rien pour conduire ! Je me souviens aussi de ma belle robe. « Elle a servi de « déguisement après », intervient sa mère. Puis c’est l’heure de se dire au revoir, car France-Uruguay va bientôt commencer.

>> Demain, un épisode à écouter : Anti-foot, où êtes-vous ?