Coupe du monde 2018: Mais pourquoi les supporters français sont-ils si peu nombreux?

FOOTBALL Face à la Belgique, il devrait y avoir plus de bleu dans les tribunes...

Nicolas Camus

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Les Bleus de Russie.
Les Bleus de Russie. — David Vincent / AP / Sipa
  • Depuis le début du Mondial, les supporters français ne sont pas très visibles
  • Les raisons sont nombreuses : distance, peu d'engouement pour les Bleus, mauvaise organisation…
  • Face à la Belgique, ça devrait aller mieux.

De notre envoyé spécial à Saint-Pétersbourg,

Noyés. Mais alors, complètement. Les supporters de l’équipe de France ont vécu un premier tour difficile lors de cette Coupe du monde, perdus dans la masse adverse, inaudibles. Peu nombreux, déjà, ils ont, en plus, été éparpillés aux quatre coins du stade, que ce soit à Kazan, Iekaterinbourg ou Moscou. C’était mieux ensuite, et la demi-finale contre la Belgique mardi sera l’occasion de livrer une vraie bataille dans les tribunes. Enfin.

Au-delà de la motivation que fait naître ce match, surtout face au voisin, les supporters auront sûrement un petit supplément d’âme après ce début de tournoi « merdique » pour eux, comme le dit Sofiène, venu en Russie​ avec des potes. Si vous les avez pas à peine vus et pas du tout entendus à travers votre télé, c’est parce qu’ils ont été disséminés un peu partout, et non pas regroupés comme ça aurait dû être le cas. « On était l’un à un poteau de corner, l’autre complètement à l’opposé. C’était dramatique !, raconte Yannick Vanhee, de la section de Dunkerque. Quand on va au stade, on aime être à côté des copains et des autres supporters, chanter et voir l’équipe de France ensemble. C’est ça le but aussi. » Là, impossible d’exister dans ces conditions.

Supporters éparpillés

« C’était n’importe quoi, ajoute Sofiène. A Iekaterinbourg, j’étais seul, on essayait de se repérer entre nous et de se regrouper de force. On se mettait à la place de Russes, forcémen,t ils n’étaient pas contents, mais on s’arrangeait pour rester, même debout. On voulait chanter, mais à 15, ça ne ressemble à rien. » Même s’ils étaient près de 3.000 ce jour-là, et 5.000 ensuite face au Danemark, les Français sont restés invisibles.

A qui la faute ? A la Fifa, surtout, en tant que responsable de la répartition des places pour tous les matchs. Et aussi à la Fédération française, censée s’assurer que ses supporters sont mis dans de bonnes conditions. « On a aussi notre part de responsabilité, sûrement, mais il s’est passé des choses qui restent incompréhensibles encore aujourd’hui, indique Florent Soulez, chargé des supporters à la FFF. En face de nous, la Fifa est faite de réseaux complexes. On leur a répété 50 fois avant la compétition qu’on voulait être regroupés, évidemment. Vu ce qu’on essaie de mettre en place ces dernières années avec les supporters, ce n’est pas pour les séparer quand vient la Coupe du monde et qu’il n’y ait pas d’ambiance. »

Différence de culture du supportérisme

La France a été la seule des 32 nations pénalisée à ce point. Certains n’hésitent pas à faire le rapprochement avec l’affaire Michel Platini. Impossible à vérifier, bien sûr. Florent Soulez ne cache pas son agacement. La colère des supporters lui est retombée directement dessus, alors qu’il ne pouvait maîtriser toutes les données. Certaines discussions ont été houleuses. Quoi qu’il en soit, des « coups de pression » ont été mis à la Fifa au terme du premier tour. Et cela va bien mieux depuis les 8es de finale.

« Ça s’est vu et entendu, estime Yannick. Même s’il y avait 25.000 Argentins au stade, on a pu exister. Il y a eu beaucoup moins de frustration sur ce match. » On aborde là le deuxième aspect du sujet, à savoir le faible nombre de fans présents en Russie pour soutenir les Bleus. La comparaison avec tous nos adversaires jusque-là a sauté aux yeux. Le Pérou et l’Argentine, pour parler des plus impressionnants contingents, ont une culture du supportérisme bien plus développée que celle de la France, c’est un fait. Mais ça n’empêche pas de se poser la question. Pourquoi, lors de cette Coupe du monde, y aura-t-il eu un peu plus de 17.000 Français à se déplacer au total, quand certains pays atteignent ce total sur un seul match ?

« Sur un Mondial, il y a deux enjeux, décrypte Florent Soulez. D’abord, l’intérêt pour l’équipe. Est-ce que les gens l’aiment, est-ce qu’ils sentent qu’il y aura potentiellement des résultats ? Et ensuite, l’intérêt du pays. Pour le Brésil, il y avait un attrait touristique et culturel évident. La Russie motivait moins de gens. Beaucoup nous ont dit qu’ils avaient peur, pour différentes raisons. Ça a bloqué certaines personnes. Mais ça, ça ne bloque pas les Argentins, ou les Sud-Américains en général. Ils n’ont pas ce genre de considérations. Eux suivent leur équipe, point. Nous, on a un autre type de supporters. »

« Les Français ont tendance à attendre de voir les résultats avant de se décider à bouger, ajoute Yannick Vanhee. Ça me désole toujours. Dès le premier tour, chaque équipe avait ses supporters. Nous, on monte en puissance, comme notre équipe en fait. » La question du nombre se pose depuis longtemps en France. L’ambiance au Stade de France a longtemps été un sujet de remarques, plus ou moins gentilles, de la part de la presse, des adversaires, des joueurs eux-mêmes. La fédération a pris le dossier à bras-le-corps depuis 2013. C’était une des promesses de campagne de Noël Le Graët au moment de sa réélection, à la fin de l’année précédente.

Equilibré face aux Belges ?

De grands progrès ont été réalisés depuis, sous l’impulsion des Irrésistibles Français, sur qui la FFF s’est appuyée - on en avait parlé pendant l’Euro. La Fédé pourrait-elle faire plus pour aider les supporters à se déplacer, comme le font les Mexicains ou les Suédois, par exemple ? « C’est une question que l’on se pose, reconnaît Florent Soulez. Je ne sais pas à quel point la Fédération doit accompagner encore plus les supporters. Ce n’est en tout cas pas son rôle de tout payer pour en faire venir. En revanche, aller un peu plus loin dans la politique qu’on a mis en place ces dernières années, pourquoi pas. » Pour l’instant, il n’existe qu’une agence de voyages agréée FFF (« Couleur voyages »), que beaucoup jugent trop chère.

Les IF sur la Place Rouge, à Moscou, avant la rencontre face au Danemark le 26 juin.
Les IF sur la Place Rouge, à Moscou, avant la rencontre face au Danemark le 26 juin. - N.CAMUS

Le responsable fédéral observe beaucoup ce qui se fait ailleurs. Et discute, avec les Belges, les Allemands, les Suédois. « Certaines nations louent un hôtel en entier. Le problème est qu’il y a un risque financier. Si je vais voir mon président pour mettre ça en place, qu’on ne le remplit pas et qu’on perd de l’argent, je ne sais pas s’il me suivra ensuite. Les Suédois louent un camping ? Certains chez nous adoreraient, mais je ne suis pas sûr que ça corresponde à notre typologie de supporters. Chacun met en place une politique qui lui semble juste. On cherche encore la nôtre. En tout cas, cette Coupe du monde va beaucoup nous servir pour la suite, pour nous améliorer. »

En attendant, le match face aux Belges s’annonce bien plus équilibré que ce qu’on a vu depuis le début de la compétition. Pas encore de chiffre officiel à annoncer, mais plusieurs milliers de Français seront là. La Fifa a remis des billets à disposition, que la FFF a proposés en priorité à ceux qui sont en Russie. Beaucoup de demandes sont arrivées de la France, également. Le rapport entre les tricolores et leurs adversaires ne sera pas de 1 à 7 ou 8, cette fois. « On va mettre le feu, ça va être un truc de fou ! », promet Yannick. Pour une demi-finale de Coupe du monde, on espère bien. 

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