Euro 2016: Le public de l'équipe de France est-il si mauvais que ça?

FOOTBALL Entre un soutien aléatoire pendant les matchs et les petites moqueries à destination des Irlandais dimanche dernier, le public français ne fait pas toujours tout pour se faire aimer...

Nicolas Camus (avec Julien Laloye)

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Les supporters de l'équipe de France lors du 8e de finale contre l'Irlande, le 26 juin 2016 au Parc OL.
Les supporters de l'équipe de France lors du 8e de finale contre l'Irlande, le 26 juin 2016 au Parc OL. — Digital South/SilverHub/SIPA

Hormis les habituelles réflexions sur le fait qu’il y aurait pu avoir un peu plus d’ambiance, l’attitude du public français lors des matchs des Bleus ne nous avait pas interpellés plus que ça lors de la phase de poule de l’Euro. Et puis est arrivé ce 8e de finale face à l’Irlande. Et là, le malaise. Silencieux après l’ouverture du score précoce des Irlandais, ce qui peut à la rigueur se comprendre, le public s’est réveillé en même temps que Griezmann plantait avant de terminer en roue libre par des « olé » quand les Bleus faisaient tourner le ballon et des « et ils sont où les Irlandais ? ». Sympa pour les supporters adverses, fabuleux depuis le début de la compétition, et pour une équipe qui nous avait bien fait peur et qui terminait rincée, en infériorité numérique, avec trois jours de récupération en moins par rapport à la France dans les pattes.

On est un peu dur ? Peut-être. Les gens qui étaient présents dans les tribunes du Parc OL, dimanche, ont un avis plus nuancé. Fabien Bonnel, un des deux capos des Irrésistibles Français, estime même qu’il y a eu match avec les Irlandais. Pour lui, il ne faut pas sur-interpréter les chants de « chambrage » qui sont montés des tribunes en fin de match.

« Je ne crois pas que les Irlandais nous aient mis la claque annoncée. Si on les a entendus deux ou trois fois pendant le match, c’est le maximum, alors que les Albanais ou les Suisses avaient fait plus de bruit. D’ailleurs, je crois que c’est comme ça qu’il faut interpréter les chants quand on est passé devant. C’était un peu en réaction à tout ce qui s’était dit avant sur les supporters irlandais et le fait qu’ils allaient gagner le match des tribunes. « Et ils sont où les Irlandais », je n’aime pas, mais les gens avaient « morflé » avant dans les médias. Ça n’empêche pas qu’on respectait les Irlandais et leurs supporters. Les « olé » ne me choquent pas plus que ça, c’est une manière d’encourager les joueurs à garder la balle alors qu’il ne reste plus beaucoup de temps à jouer ».

On peut être d’accord ou pas avec ça, on retiendra en tout cas deux choses de l’attitude du public français dans cet Euro :

1- Il semble impliqué et chante de plus en plus

Ceci est le résultat d’un dialogue instauré depuis quelques années entre la FFF et les différentes associations de supporters. Le but était qu’il y ait plus d’ambiance lors des matchs de l’équipe de France, notamment au Stade de France. Pendant cet Euro, les joueurs ont souvent souligné le rôle qu’il a joué, même s’ils sont encore timides pour les remerciements au coup de sifflet final (mais ceci est un autre débat).

2- Il y a toujours ce côté « soutien sous condition ».

« La difficulté en France est l’appropriation de la sélection. Il faut que ça gagne ou que ça joue bien pour qu’il y ait un vrai engouement, explique Nicolas Hourcade, sociologue spécialiste des supporters. La sélection est importante pour la population, mais il n’y a pas, pour l’instant, beaucoup de supportérisme actif. »

Selon le chercheur, qui était également à Lyon dimanche, la mutation (au profit du premier point) est en cours. « On voit des progrès, avec un noyau d’Irrésistibles Français qui lance des chants et de plus en plus de gens qui suivent, estime-t-il. On est en ce moment dans une période d’entre-deux, c’est-à-dire entre l’ancien public qu’on décriait, qu’on stigmatisait, et le nouveau que la FFF et les assos veulent développer. »

Voilà, c'est ça qu'on veut voir.
Voilà, c'est ça qu'on veut voir. - Laurent Cipriani/AP/SIPA

Que faut-il penser de ce public, alors ? « On peut donc voir le verre à moitié plein ou à moitié vide, reprend le sociologue. Plein, c’est cette ferveur qui monte, les nombreux maillots, les supporters qui font des efforts tout le match et un public qui commence à suivre. Vide, ce sont les chants qui ne prennent de l’ampleur que quand ça gagne et certains slogans beaufs. »

C’est là qu’on se souvient des cinq commandements édictés par Patrice Evra aux supporters, dont des représentants étaient venus à Clairefontaine avant le début de la compétition. Il s’était senti obligé de demander ceci :

  • Ne pas lancer des olas pendant le match et surtout à 0-0
  • Arrêter de chanter « Et 1, et 2, et 3-0 »
  • Scander le nom des joueurs après une belle action
  • Lancer plus de chants quand les Bleus sont menés
  • Mettre la pression sur les adversaires


Le défenseur des Bleus n’aurait pas eu à le faire avec un public anglo-saxon, direz-vous. « Quand on voit les Irlandais et les Gallois, ma bonne dame… ». C’est vrai, mais il faut comparer ce qui est comparable. « Le foot de club est moins développé là-bas, il y a donc une grosse mobilisation pour la sélection, reprend Nicolas Hourcade. Ils en profitent aussi pour voyager en Europe, pour faire la fête. Le foot est un élément d’un package global. »

En France, le message passe, petit à petit. « Ce n’est pas non plus l’extase totale mais ça colle avec ce qu’on voit sur le terrain, où l’équipe de France ne fournit pas des prestations exceptionnelles. Le spectateur lambda, pour s’amuser, il a besoin de réagir à ce qui se passe sur la pelouse, et l’équipe de France a gagné tous ses matchs à l’arraché, sans véritablement dominer, justifie Fabien Bonnel. C’est vrai que les gens pourraient chanter plus fort quand on est en difficulté, mais on n’a pas le pire public de l’Euro. »

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Dimanche, les Français vont se frotter aux supporters islandais. Des gens qui n’ont pas hésité à annuler des vacances ou des vols retours pour aider leur équipe à poursuivre leur extraordinaire aventure. « Ils ont été impressionnants l’autre jour contre l’Angleterre, et ils vont être nombreux au Stade de France, ça va être dur de rivaliser, prévient le capo. Ça dépendra beaucoup du match de la France. » Antoine, Dimitri, on compte donc sur vous pour vivre un vrai grand moment de foot.