Coupe du monde 2018: Est-ce qu'on ne commencerait pas à s'inquiéter pour Antoine Griezmann?

FOOTBALL L'attaquant vedette des Bleus est à la peine depuis le début de la compétition...

Nicolas Camus

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Antoine Griezmann n'a pas pesé sur le jeu de l'équipe de France lors du premier tour de la Coupe du monde.
Antoine Griezmann n'a pas pesé sur le jeu de l'équipe de France lors du premier tour de la Coupe du monde. — Mladen ANTONOV / AFP / Montage

De notre envoyé spécial à Istra,

On a quand même attendu la fin du premier tour, histoire d’être sûr. Mais la rencontre face au Danemark n’a fait que renforcer l’impression qu’Antoine Griezmann ne ressemble pas au joueur que l’on connaît. Il va peut-être claquer un doublé contre l’Argentine samedi et nous clouer le bec, mais en attendant, difficile de cacher l’inquiétude qui accompagne ses pas depuis son arrivée en Russie. Personne ne lui demandait de survoler ce premier tour, mais le voir à ce point en manque de jus et de justesse technique n’est pas habituel.

Il y a comme quelque chose qui cloche, mais on ne sait pas quoi. Ce n’est pas chose évidente de lire en lui. Le joueur semble d’humeur toujours égale, détaché de ce qui peut se dire, tout le temps. C’est pareil quand ça va bien ou quand ça va mal. Il fallait voir son flegme dans la zone mixte du Luzhniki, mardi, après la bouillie collective face aux Danois. Il en a tellement l’habitude avec l’Atlético qu’il comprend à peine qu’on puisse s’en émouvoir. Et son cas personnel, alors ? Là encore, no stress.

« Je me suis senti bien en première mi-temps, j’ai essayé de descendre de temps en temps, de prendre la profondeur, et après en seconde j’ai essayé d’être plus près de la surface donc j’ai touché moins de ballons mais voilà, c’est le jeu que je veux faire, j’espère hausser encore mon niveau en huitièmes. » Et hop, on remballe.

Ses coéquipiers ont une foi inébranlable en leur partenaire

N’empêche qu’il est un vrai sujet depuis le début de la compétition. Les questions à son propos se multiplient lors des points presse. Les réponses sont immuables. « Antoine va bien », « Antoine est tranquille », « Antoine est concentré », « Antoine va monter en puissance ». Ses coéquipiers ont une foi inébranlable en leur partenaire. Paul Pogba a dit tout haut ce que tous pensaient tout bas, jeudi dernier, quand les journalistes lui ont demandé s’il fallait s’inquiéter.

Vous avez faux. Grizou il est en forme, il est bien, il se bat pour l’équipe. Vous avez oublié l’Euro. La Coupe du monde n’est pas finie, il y a encore des matchs, on est qualifiés pour les 8e, pensez à ça. Et ne touchez pas à mon Grizou. »

Non, Paul, on n’a pas oublié l’Euro, et les cinq buts inscrits par le numéro 7 des Bleus à partir des matchs couperets. Mais c’est justement parce que tout le monde l’a encore en tête qu’il y a débat. Griezmann en est sorti avec le statut de leader technique de cette équipe, il a deux années de plus et des responsabilités encore plus grandes. Ce sont les règles du jeu.

Avoir été trimballé par Deschamps à différents postes n’a pas aidé

« Antoine est à l’image de l’équipe, on a des moments où c’est compliqué », le dédouane Mandanda. Le fait d’avoir été trimballé par Deschamps à différents postes en préparation et face à l’Australie n’a pas aidé non plus. « Il est peut-être un peu moins bien physiquement », avance de son côté Giroud, avec qui la relation n’a pas du tout fonctionné face au Danemark. Officiellement, le battage fait autour de son annonce de prolongation à l’Atlético n’a pas eu d’influence.

Son ancien conseiller Eric Olhats était plus nuancé, dans L’Equipe, il y a quelques jours. « On ne peut pas nier que la communication autour de son transfert a été mal reçue. Elle l’a perturbé, expliquait-il. Quand on n’est pas bien dans la tête, ça agit un peu sur le corps. Mais la compétition va avancer, et les problèmes hors sportif vont se consumer. Pour avoir parlé avec lui, il ne se sent pas fatigué. Il a été un peu touché par tout ce qui a été dit, mais il va bien. »

« Il ne faut jamais mettre en doute l’un des meilleurs joueurs du monde »

Ce sont maintenant les huitièmes de finale qui arrivent, et donc le « Griezmann time » qu’on nous a vendu. « Je sais qu’il fera cette différence à un moment pour nous permettre de passer », croit Mandanda. On laissera le mot de la fin - et de l’espoir - à celui au sein du groupe qui le connaît le mieux, Lucas Hernandez : « Il ne faut jamais mettre en doute l’un des meilleurs joueurs du monde. J’espère qu’il fera taire en 8e tous ceux qui parlent de lui. »

On l’espère aussi, pour le bien de l'équipe de France. Si ce n’est pas le cas, il sera peut-être temps de se demander si Nabil Fekir, en jambes lors de ses entrées en jeu et impressionnant lors des derniers entraînements, ne pourrait pas dépanner un peu plus qu’un quart d’heure.