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BOXETony Yoka a-t-il encore un avenir dans la boxe ?

« J’entends que tout le monde veut l’enterrer », Tony Yoka a-t-il encore un avenir dans la boxe ?

BOXELe champion olympique de Rio a perdu son troisième combat consécutif chez les lourds, une contre-performance dont il aura du mal à se remettre
Tony Yoka s'est incliné aux points face au Belge Ryad Merhy, le 9 décembre 2023 à Roland-Garros.
Tony Yoka s'est incliné aux points face au Belge Ryad Merhy, le 9 décembre 2023 à Roland-Garros.  - Miguel Medina / AFP
Julien Laloye

Julien Laloye

L'essentiel

  • Tony Yoka, champion olympique de boxe, vient de subir sa troisième défaite consécutive face à un boxeur belge.
  • « En tant que champion olympique, tu n’as pas le droit de faire le minimum quand tu es critiqué et que tout le monde veut ta tête », déplore Brahim Asloum, ancien champion olympique.
  • « L’être humain a une capacité que l’on ne connaît pas », veut encore croire Asloum, estimant que seul Yoka sait s’il est capable de se relancer.

Une scène pour raconter la fin d’une illusion. Tony Yoka, un micro casque autour des oreilles mais le regard dans le vide, pendant que Fabrice Tiozzo, l’un des plus gros palmarès de la boxe française, tente de lui débriefer son combat perdu face à Ryad Mehry sans trop le brusquer : « On dirait que t’es toujours sur la retenue. Fais attention à ceci, fais attention à cela, mets ton jab machin… C’est très dur de juger aujourd’hui ton combat par rounds, je suis pas juge. Mais si on fait un truc général, il a touché vachement plus fort. Tes directs du gauche ils sont beaux ils sont forts, mais est-ce qu’on gagne un combat avec des directs du gauche ? Tu comprends ce que je veux dire ? ».

La conquête loin derrière

Pas vraiment. Autant hébété qu’abattu, l’homme de Rio est perdu. Même la magie du Central de Roland-Garros, théâtre de sa dernière victoire en 2021, n’agit plus. Peut-être fait-il déjà les comptes ? Trois défaites d’affilée, une place dans le ventre mou du gratin mondial (28e), aucune chance de devenir champion du monde des lourds à moyen terme, pour être gentil, et le contrat plaqué or de Canal (8 millions pour 15 combats) bientôt à échéance. On en viendrait presque à regretter le temps béni des moqueries bon enfant, quand le monde de la boxe et celui qui s’y intéresse vaguement se payait le slogan marketing autour du bonhomme – « la conquête »- parsemée de batailles gagnées d’avance contre des videurs de boîte de nuit.

Les revers précédents avaient déjà échaudé le chaland, mais au moins avaient-ils été facturés par deux routiers du circuit, Martin Bakolé et Carlos Takam. Mais que dire de ce combat sans âme contre un cogneur belge tout ce qu’il y a de plus banal ? Brahim Asloum, qui n’a pas lésiné sur les encouragements tout au long de la soirée, avait du mal à digérer : « J’ai été le voir dans le vestiaire, je lui ai juste dit un truc : ''Ecoute, si tu as perdu, c’est de ta faute. Contre Bakolé ou Carlos (Takam), tu as subi, tu as pris une fessée. L’apprentissage est différent. Mais là, tu ne peux t’en prendre qu’à toi. Tu perds de deux points. Si tu gagnes deux rounds, il y a match nul et déjà, on ne parle plus de la même chose ''. Et si tu en fais un petit peu plus, tu gagnes le combat. En tant que champion olympique, tu n’as pas le droit de faire le minimum quand tu es critiqué et que tout le monde veut ta tête ».

Un avenir en pointillé

À se demander si Yoka sait encore pourquoi il boxe, alors qu’on l’a vu incapable de profiter de son allonge contre un adversaire censé lui permettre de se relancer à peu de frais. Il avait pourtant promis « qu’on allait voir ce qu’on allait voir » dès les premiers rounds, conforté par un changement de coach que tous les observateurs appelaient de leurs vœux. Exit Virgil Hunter, welcome Don Charles. Mais on n’a rien vu de son fameux « jab » du gauche et de son sens du déplacement, les deux qualités qui pouvaient en faire un champion chez les pros, un jour.

« Même ça, il le fait moins bien qu’avant, déplore Asloum. Parce qu’il a commencé à douter. C’est comme au foot, un avant-centre en pleine confiance marque des buts d’anthologie. On ne peut pas dire qu’il ne travaille pas. Il travaille. Mais il a perdu un peu de cette confiance en lui. C’est dur oui. Mais tu es un privilégié, à toi d’être plus dur. Pour être champion, tu n’as pas le choix ». »

Yoka en est-il un ? Evidemment, on parle d’un champion olympique. S’est-il vu trop beau et nous avec, dans une catégorie qui ne pardonne pas ? Sûrement. Cette nouvelle défaite, par quelque bout qu’on la prenne, semble sonner la fin du bal. Le Français n’a jamais semblé aussi loin d’une chance mondiale, et à 30 balais, les belles années à vivre chez les lourds se comptent sur les doigts d’une main.

« Est-ce qu’il est capable de se faire mal ? »

Asloum ne s’y résigne pas : « Je sais ce qui se dit autour de lui, on parle d’arrogance… En fait, il paye tout ça et donc on n’a pas envie de lui faire de cadeau. J’entends que tout le monde veut l’enterrer. Mais ce qu’on ne peut pas mesurer, c’est ce qu’il a dans la tête, ce qu’il a dans le ventre. Il a un discours (de son nouvel entraîneur) face à lui plus dur, plus violent, plus réel sans doute. Il n’y a que lui qui sait. Est-ce qu’il est capable de repartir ? Est-ce qu’il est capable de se faire mal ? Quant à tous les gens qui émettent des avis sur lui, ce ne sont que des hypothèses. L’être humain a une capacité que l’on ne connaît pas ». A Yoka de révéler les siennes de toute urgence.

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