NBA : « Victor était déter' »… Comment la finale du Mondial U19 en 2021 a créé la rivalité entre Wembanyama et Holmgren
Embrouille lettone ?•Victor Wembanyama et Chet Holmgren, qui vont se retrouver dans la nuit de jeudi à vendredi (2h30) pour le match 6 de la série de play-offs NBA entre les Spurs et OKC, entretiennent une animosité née d’une finale mondiale France-USA U19 en juillet 2021Jérémy Laugier
L'essentiel
- Décevant lors du match 5 des finales de la conférence Ouest, Victor Wembanyama sait qu’il aura un rôle majeur à tenir, dans la nuit de jeudi à vendredi (à 2h30), pour éviter aux Spurs de prendre la porte contre Oklahoma City (2-3).
- Dans le camp du Thunder, tenant du titre en NBA, se trouve un certain Chet Holmgren, avec qui le pivot français entretient une animosité depuis son arrivée dans la Ligue en 2023.
- 20 Minutes se penche sur la finale de la Coupe du monde U19 du 11 juillet 2021, remportée en Lettonie par Team USA (83-81), et considérée comme le match fondateur de la rivalité entre les deux jeunes intérieurs.
Quand Victor Wembanyama est dans un mauvais soir, comme lors du match 5 des finales de la conférence Ouest à Oklahoma City (127-114), plus grand monde n’est étonné de le voir s’agacer face à Chet Holmgren. Une petite poussette par ci en rejoignant son banc, quelques amabilités par là après un dunk de l’intérieur du Thunder, « Wemby » n’apprécie clairement pas celui que la planète basket présente comme l’un de ses principaux rivaux depuis son arrivée en NBA en 2023.
Il faut en fait remonter au 11 juillet 2021 pour trouver trace de l’acte fondateur de l’animosité entre deux joueurs à la morphologie comparable (2,24 m et 107 kg pour le Français, 2,16 m et 94 kg pour le numéro 7 d’OKC). Ce jour-là marque leur première opposition officielle, à l’occasion de la finale de la Coupe du monde U19 à Riga (Lettonie). Une compétition que Victor Wembanyama rejoignait dans la foulée d’un bac obtenu avec mention (et avec une année d’avance), et après avoir rencontré Tony Parker la veille du départ, à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, afin de signer son contrat à l’Asvel.
Quand le sélectionneur pique « Wemby » avant la finale
« Je savais que ça serait un test pour Victor d’affronter Chet Holmgren, se souvient Frédéric Crapez, son sélectionneur chez les U19. Comme j’aime bien challenger mes joueurs, j’ai dit à Victor : "Apparemment en face, il risque d’être numéro 1 ou 2 de la prochaine Draft. Tu laisses faire ça ou tu as quelque chose à lui montrer ?". »
Ailier fort dans cette sélection, Clément Frisch avait noté « une forte hype autour de Chet Holmgren ». « Victor avait donc à cœur d’en faire un peu plus sur ce match-là pour essayer de l’éteindre, indique celui qui évolue à présent avec l’équipe espagnole de Baskonia Vitoria. Mais on voyait souvent Victor un peu détaché de tout ça, c’était déjà le genre de gars plus concentré sur lui que sur ce qui peut se dire autour. »
« On a eu droit à un match dans le match »
Meneur de jeu des U19 tricolores en 2021, Jayson Tchicamboud poursuit : « On connaissait déjà tous Chet Holmgren, on voyait passer ses highlights sur les réseaux. Depuis le début du tournoi, on chambrait Victor en lui disant que cette finale contre les Etats-Unis et Holmgren serait son match. Ça n’a pas empêché Victor de tout jouer à fond avant, avec des contres à tout-va. Mais une fois en finale, on a vu à quel point Victor était "déter". On a eu droit au match dans le match qu’on attendait entre eux, et Victor l’a dominé. »
Wembanyama a beau n’avoir encore que 17 ans, contre 19 ans pour Chet Holmgren et la plupart des joueurs majeurs de la compétition, notre futur « Alien » va survoler les débats. Les Bleuets s’inclinent sur le fil (81-83) mais sa ligne de stats est monstrueuse pour un ado surclassé : 22 points à 6/14 aux tirs, 8 rebonds et surtout 8 contres en 27 minutes, loin des 10 points (3/8), 5 passes décisives, 2 rebonds et 0 contre d’Holmgren en 23 minutes.
Le trophée de MVP du tournoi d’Holmgren contesté
Le sentiment d’injustice est double pour « Wemby ». Il était quasiment en pleurs après avoir pris sa 5e faute, à 2'42'' du terme de cette finale et il a assisté à la remise du titre de MVP de la Coupe du monde pour Holmgren. Le tout malgré des stats guère brillantes (11,9 points, 6,1 rebonds et 1,3 contre), soit bien moins que le joueur formé à Nanterre du côté des vaincus (14 points, 7,4 rebonds et 2,1 contres).
« Le pire, c’est que côté USA, c’est bien plus Kenneth Lofton qui les emmène au titre qu’Holmgren, précise Jayson Tchicamboud. Ça a touché Victor de ne pas avoir ce titre de MVP du tournoi, mais surtout d’avoir perdu cette finale contre Chet. Dans sa mentalité, Victor aurait préféré mettre 2 points sur la finale mais l’emporter. Ça l’a piqué et leur rivalité a commencé après ce match-là. »
Pour Frédéric Crapez, cette distinction individuelle de MVP est presque anecdotique : « Victor a étalé aux yeux du monde entier ce qu’il savait faire sur ce match-là. Les gens le découvraient, ça a été la première marche de son ascension, et il était en mode "vous allez voir la suite" ». Celle-ci va être colossale, d’un first pick à la Draft NBA 2023 (Holmgren sera numéro 2 en 2022 derrière Paolo Banchero) à son titre de rookie de l’année 2024… devant Chet Holmgren, celui-ci ayant zappé la saison 2022-2023 sur blessure.
« Chet ne lutte pas dans la même catégorie que Victor »
Si l’Américain de 24 ans, champion NBA en 2025 dans l’ombre du MVP Shai Gilgeous-Alexander, mène actuellement 3-2 dans les finales de la conférence Ouest (match 6 à 2h30 dans la nuit de jeudi à vendredi), il vit un véritable calvaire contre « Wemby », avec 12,2 points de moyenne, à des années-lumière des 28,2 points du leader des Spurs sur cette série.
« Chet est un joueur All-Star, mais ce que fait Victor est tellement unique qu’il n’a pas de rival. Pour moi, la comparaison n’a pas lieu d’être », tranche Clément Frisch. Son ancien sélectionneur tricolore Frédéric Crapez va encore plus loin.
« Victor est un joueur exceptionnel. Il avait ébloui la planète basket sur ce Mondial U19. A l’époque, je n’avais pas voulu être trop dithyrambique, je ne voulais surtout pas lui porter malheur en vue de sa Draft NBA. Mais Victor, c’est du niveau des Michael Jordan et des LeBron James, un joueur qui va dominer les 10-15 prochaines années du basket mondial s’il ne lui arrive rien sur le plan physique. Il n’y a pas du tout photo entre Chet Holmgren et lui. Ça n’est pas Holmgren seul qui va pouvoir le contrarier, il ne lutte pas dans la même catégorie que Victor. C’est comme en judo, Teddy Riner ne va pas affronter un 80 kg... Rien que sur notre finale, l’autre est à 9 d’évaluation, contre 30 pour Victor. »
« Les médias américains ont poussé le truc »
Mais au fait, y avait-il eu des mauvais gestes entre eux, ce 11 juillet 2021, pour expliquer qu’encore aujourd’hui, Victor Wembanyama ferme à ce point son visage lorsqu’il affronte OKC et surtout Chet Holmgren, ou même qu’il célèbre ostensiblement des lancers francs manqués par l’intérieur du Thunder ? « Non, on n’avait pas senti d’animosité particulière entre eux », assure Clément Frisch.
« Ce sont les médias américains qui ont poussé le truc car la rivalité n’a ni queue ni tête, note Jayson Tchicamboud, qui évolue à présent à Levallois (N1). En 2021, Victor avait 2 ans de moins que Chet et on voyait qu’il avait un plus gros potentiel, ça s’est confirmé. » Un constat validé par toute la planète basket, même si la rivalité Thunder-Spurs a de beaux jours devant elle, vu l’intensité de leur actuel premier affrontement en play-offs.
« C’est devenu un peu personnel entre eux »
« Autant j’ai l’impression que ce sont surtout les médias qui créent cette rivalité Victor-Chet, autant maintenant, je vois que c’est devenu un peu personnel entre eux, sourit Clément Frisch. A chaque fois qu’il joue contre lui, on sent un surplus de motivation chez Victor, et on sent qu’il ne l’aime pas. Mais ça n’était pas encore le cas à l’époque. »
Notre dossier sur Victor WembanyamaNon, en juillet 2021, ce si frêle « Wemby » de 17 ans digérait tant bien que mal la défaite la plus douloureuse de sa jeune carrière. Juste après cette finale contre l’armada américaine, Jayson Tchicamboud se souvient avoir rejoint ses proches dans un restaurant de Riga. Là, cinq scouts NBA échangeaient avec ses parents… mais aussi avec ceux de « Wemby ». L’histoire était en marche pour de bon.



















