NBA : Rêve d’un premier sacre depuis 1973 et Timothée Chalamet en transe… Comment la folie Knicks s’empare de New York
Go NY, Go NY, Go•Alors que le match 2 de la finale de la Conférence Est entre les Knicks et les Pacers aura lieu dans la nuit de vendredi à samedi au Madison Square Garden, Big Apple se prend à croire au titre suprême, portée par une ferveur sans pareille en NBAJérémy Laugier
L'essentiel
- Les New York Knicks vivent une surprenante épopée durant ces play-offs NBA, alors que le game 2 de la finale de la Conférence Est les opposera aux Indiana Pacers dans la nuit de vendredi à samedi (à 2 heures).
- Au-delà du mythique Madison Square Garden, la ferveur est exceptionnelle dans Big Apple autour de la bande à Jalen Brunson, dont la franchise court après un titre… depuis 1973 !
- La passion démesurée entourant les Knicks pousse les stars du cinéma Timothée Chalamet et Spike Lee à vivre les rencontres en bord terrain en mode ultras. Les soirs de match, des dizaines de milliers de fans ont pu envahir la 7e avenue pour vibrer devant des écrans géants.
Verra-t-on des fans des New York Knicks grimper en haut des lampadaires et même des écrans géants de la 7e avenue dans la nuit de vendredi à samedi ? Tout déjantés soient-ils, ceux-ci n’avaient pas le goût à la fête, mercredi soir, après le match 1 de la finale de la Conférence Est en NBA, qu’ils retrouvaient après une traversée du désert de vingt-cinq ans. L’effondrement de la bande à Tom Thibodeau lors de ce choc contre les rivaux historiques des Indiana Pacers (121-112 à 55 secondes de la fin… et défaite 135-138 après prolongation) a entraîné une clim mémorable dans tout Manhattan.
Un rare épisode d’accalmie depuis un mois et le début de ces play-offs NBA qui font battre le cœur de la ville comme nulle part ailleurs aux Etats-Unis. Avant le début de cette série électrique, le maire de New York Eric Adams a même annoncé que les 15 joueurs de l’effectif allaient temporairement donner leur nom à des rues de Big Apple. Place donc au Jalen Brunson Boulevard et au Karl-Anthony Towns Square, avec de véritables nouveaux panneaux installés. Oui oui, simplement pour deux tours de post-season passés face à Detroit et Boston.
En quête d’un sacre NBA… depuis 1973 !
Voilà une initiative qui en dit long sur la fascinante démesure liant les Knicks à leur ville. « Ils incarnent l’esprit de New York en étant résilients, passionnés et inarrêtables, liste Eric Adams. Près de 8,5 millions de New-Yorkais - et des millions d’autres fans à travers le monde - sont fiers des Knicks et les soutiennent dans cette aventure extraordinaire. » Depuis sa Bretagne, Johanny Montiton (43 ans) est accro à la franchise depuis les années 1990, lorsque Patrick Ewing et John Starks tentaient de faire barrage (en vain) aux Bulls de Michael Jordan.
A cette époque, le clip Go NY, go NY, go, balancé à toutes les sauces sur les écrans géants du Madison Square Garden, traversait nos postes de télévision et obsédait une génération de basketteurs en herbe français. Malgré un palmarès famélique (aucun titre national depuis 1973 !) et seulement deux finales NBA (1994 et 1999) vécues depuis sa naissance, la passion de Johanny pour les Knickerbockers n’a jamais faibli.
Thimothée Chalamet vit sa meilleure vie
Si bien qu’il est désormais président de Knicks Nation France, devenue en 2016 la première association officielle d’une franchise NBA dans toute l’Europe. Réseaux sociaux, émissions en podcast et organisation de deux voyages outre-Atlantique chaque saison pour vivre le rêve US, la centaine d’adhérents de Knicks Nation France ne fait pas les choses à moitié. Et à chaque fois, le quadra rennais prend sa claque au Madison Square Garden.
« J’ai pu voir les Knicks à Philadelphie, à Los Angeles ou à Brooklyn, et ça n’est pas le même délire, c’est beaucoup plus feutré. Le Garden, c’est à part, c’est l’une des rares salles de centre-ville. On voit que les fans célèbrent, chambrent, et ils prennent parfois aussi à partie leurs propres joueurs. Ils s’engagent, ils ne viennent pas assister à un spectacle comme c’est beaucoup le cas en NBA. »
Comment pourrait-il en être autrement lorsqu’on voit que même les VIP en courtside sont dans un état d’excitation +++ ? Fringué comme le plus hardcore des fans, le réalisateur Spike Lee ne fait jamais ses 68 ans dès lors qu’il assiste à un match des Knicks. Non loin de lui, Ben Stiller n’est pas en reste, tandis que Timothée Chalamet vit sa meilleure vie dans ces play-offs en bord terrain. Il a carrément suivi les exploits de Jalen Brunson jusqu’au TD Garden de Boston, afin de tenter de digérer la relégation en Ligue 2 de l’ASSE, son autre équipe de cœur.
Le prix moyen d’une place au Garden est à 1.000 dollars
A l’intérieur du Madison Square Garden, malgré un tarif moyen des places en play-offs… à 1.000 dollars, on assiste souvent à un vacarme étonnant pour une immense salle de sport américain (19.000 places), surtout lors des deux folles remontadas ayant lancé la demi-finale de conf contre les Celtics. Les fans des Knicks font aussi preuve d’humour et de dérision, comme dans leur manière de célébrer, tel un but, un simple lancer franc inscrit par leur attachant intérieur remplaçant Mitchell « airball » Robinson.
Côté ambiance de zinzin, on franchit un cap en se tournant vers le boxon plus ou moins contrôlé par les autorités à l’extérieur du Garden. A savoir sur la 7e avenue, où une immense watch party (sorte de fan zone avec trois écrans géants dans la rue) réunissait jusque-là plusieurs milliers de personnes à chaque gros match de play-offs. C’est là qu’Aymeric Parker, photographe et guide officiel de la ville, a vécu le game 6 contre les Celtics, celui qui a acté l’élimination des champions en titre.
Le running-gag « Knicks in five »
« Ça n’était peut-être pas aussi dingue que les célébrations en France pour la Coupe du monde 1998, mais un vent de folie s’est abattu sur la ville, explique ce Franco-américain de 47 ans, qui vit à New York depuis dix années. Les cinq boroughs [arrondissements de NY] sont tous portés par ce momentum des Knicks. Ce soir-là, il y avait plus de 100.000 personnes bloquant la 7e avenue en fêtant la qualification. J’ai vu un mec jouer de la trompette, un autre se jeter dans la foule après s’être accroché à un panneau… C’est une ville différente, faite de superlatifs, liée à la street et aux cols-bleus. »
Mercredi soir, la mairie ayant souhaité apaiser cette 7e avenue, c’est dans un Radio City Music Hall blindé (6.000 places) qu’Aymeric Parker a assisté à la diffusion du game 1 Knicks-Pacers, et à ce calvaire de money time pour tous les New-Yorkais. « Mais même là, juste après le match, des mecs ont gueulé « Knicks in five » [comprendre NY va taper Indiana 4-1], s'amuse-t-il. Ici, les gens sont à la fois rough [durs] et raw [bruts de décoffrage]. »
Et rien ne résume mieux ce cocktail détonant que les hilarantes vidéos compilant après chaque exploit les réactions de supporteurs, avec un usage du « fuck » (à l’encontre de Boston, de Trae Young ou encore de Joel Embiid, c’est selon) plus généreux que dans le reste de l’entertainment NBA. « Le comportement de certains fans est irréel, abonde Johanny Montiton. Ça donne des images folles, et quand on sait à quel point une vidéo devient virale aujourd’hui, on est aussi face à une surenchère. » Avec à la marge ce que cela peut entraîner de négatif.
« New York n’est pas prêt… »
Après le match 2 à Boston le 7 mai, des images rarissimes de fans des deux camps en train de se frapper autour du TD Garden ont ainsi fait le tour du Web. Celles-ci tranchaient avec le paysage du basket américain, habituellement à des années-lumière des problématiques de fights entre ultras dans le football européen. De même, un homme portant un maillot des Pacers, soutenu depuis par Ben Stiller, a été la cible de lancers de poubelles aux abords du Garden il y a une semaine.
Ces rares débordements ternissent à peine cette épopée 2025 de Knicks, que personne n’imaginait capables de taper les Celtics. C’est pourquoi même depuis mercredi soir, ces fans de longue date des Knicks, qui ont vécu tant de déconvenues, restent positifs. Ils rappellent que l’iconique « choke sign » (geste d’étranglement) effectué par Reggie Miller en direction de Spike Lee en 1994, et reproduit lors du game 1 par Tyrese Haliburton, avait débouché sur une série remportée 4-3 par la franchise de Big Apple.
Notre dossier sur les Knicks« Etre fan des Knicks, c’est avoir mangé son pain noir, avoir longtemps subi des railleries, et par conséquent célébrer à outrance chaque qualification en play-offs, résume Johanny Montiton. On se demande comment ça pourrait se finir en cas de victoire finale. New York n’est pas prête… »



















