France - Etats-Unis : « On les a laissées faire »… Comment les Bleues ont-elles pu imploser en finale, de +14 à -18 ?
Crash à Berlin•Ultra-dominante jusqu’à la finale de la Coupe du monde féminine de basket, l’équipe de France a maîtrisé l’ogre américain durant la première mi-temps, avant de s’effondrer (79-97) et de renoncer à la médaille d’orJérémy Laugier
L'essentiel
- L’équipe de France féminine de basket s’est lourdement inclinée en finale de la Coupe du monde contre les Etats-Unis (79-97), dimanche à Berlin.
- En pleine confiance grâce à leur 5/5 de succès larges jusque-là dans ce Mondial 2026, les Bleues ont pourtant dominé la première mi-temps, en infligeant même à Team USA un 16-0 en six minutes.
- Puis les coéquipières de Gabby Williams, qui visaient clairement la médaille d’or, se sont effondrées au retour des vestiaires, au point de passer de 14 points d’avance à une correction de 18 points au final. Et ce avec un score très éloigné du 66-67 de la finale olympique entre les deux mêmes nations.
«Pour l’instant, on ne se rend même pas compte qu’on a fait une bonne Coupe du monde. On n’était pas venues pour ça, on voulait absolument la médaille d’or », ressassait Valériane Ayayi, sonnée, juste après une première finale mondiale lourdement perdue dimanche contre les Etats-Unis (79-97). On vous déconseille de féliciter une joueuse tricolore pour ce parcours historique pour le basket français (hommes et femmes compris), avec cette médaille d’argent ramenée de Berlin.
Car lorsque vous survolez à ce point une compétition (+40,6 points d’écart moyen en poules, +29 en quart de finale et +22 en demie), que vous êtes bien mieux armées que sur des JO de Paris 2024 où vous ne vous êtes inclinées que d’un point en finale devant une Team USA plus expérimentée, en imposant une défense de fer (66-67), et que vous vous envolez même dès le deuxième quart-temps de cette revanche en finale (+14, 13e), vous ne pouvez que vous imaginer avec l’or enfin autour du cou.
Une première mi-temps mal conclue
Alors, comment un tel crash a-t-il pu avoir lieu pour le groupe de Jean-Aimé Toupane, surtout après l’incroyable 16-0 claqué en six minutes (de 15-17 à 31-17), ouvert et conclu par des bombinettes lointaines de Marine Johannès et de Gabby Williams, symboles de la confiance et du talent hors normes de cette équipe de France (8/14 à trois points à la pause) ? « En fin de deuxième quart-temps, on les a laissées faire ce qu’elles voulaient : de la contre-attaque et des rebonds offensifs, observe l’intérieure Valériane Ayayi. On sait que c’est de ça qu’elles se nourrissent et ça leur permet de revenir. »
Un trois points de Jackie Young peu contesté, seulement 10 secondes après la banderille de Gabby Williams (31-20, 13e), un shoot plein de maîtrise de la MVP du tournoi Breanna Stewart (31-22, 14e), une passe aveugle ahurissante de Chelsea Gray pour un nouveau trois points de Jackie Young au buzzer des 24 secondes (33-25, 14e), et une contre-attaque conclue par Breanna Stewart, sans le moindre repli français après une brique rapide de Marine Johannès de loin (33-27, 15e), se sont enchaînés.
Marine Johannès retombe dans ses travers
Le momentum bleu s’est effrité avec cette séquence de deux minutes. La dureté défensive du Mondial 2026/de la finale de Paris 2024 n’était plus là, et le premier trois points de la soirée pour Caitlin Clark en fin de première mi-temps a sonné comme un tournant (45-43, 20e). Et que dire de l’entame du troisième quart-temps, marquée par un effroyable 2-11 subi en 3'30'', pour un 12-30 sur toute la période ?
« On n’est pas sorties du vestiaire de la bonne manière, regrettait Dominique Malonga sur beIN SPORTS. Elles nous ont frappées en premier et on n’a pas su répondre. Elles ont gagné le défi physique et elles nous ont dominées. » A partir de là, les Bleues n’ont pas fait semblant de s’effondrer, d’une Marine Johannès retombée dans ses travers des grands rendez-vous internationaux (5 points à 1/6, 5 balles perdues et une faute antisportive qui a coûté cher) à la patronne Gabby Williams, subitement en échec (16 points à la pause, 20 au final avec un 1/7 en deuxième mi-temps).
Le « rouleau compresseur » américain a fait mal
« Les Américaines ont parfaitement ciblé Gabby Williams, décryptait pour L’Equipe l’ancienne emblématique meneuse de l’équipe de France Yannick Souvré. Jusque-là, dans la compétition, les filles n’avaient pas été confrontées à un tel niveau d’adversité. On se rapproche de plus en plus de Team USA, même si sur ce match-là, dès que le rouleau compresseur américain s’est mis en marche, on n’a plus vu le jour. »
Car les Bleues ont pris de plein fouet l’ouragan US incarné par Breanna Stewart (22 points-10 rebonds) et Jackie Young (18 points). Et c’est bien là le principal regret : avoir été devant au score quasiment toute la première mi-temps (soit davantage qu’à Bercy deux ans plus tôt), tout en explosant derrière sans pouvoir freiner l’adversité. Héroïque sur la finale de 2024, Valériane Ayayi était remontée à ce propos.
« Les Américaines ont monté l’intensité là où nous, on ne l’a pas fait. Elles ont été présentes sur les rebonds et pas nous [25 prises à 38], alors qu’on avait mis un focus dessus. Il faut encore qu’on grandisse. En deuxième mi-temps, il n’y a pas eu photo, on n’a pas su répondre, on n’a pas suivi le plan. C’était un match différent des Jeux. À l’époque, on imposait notre jeu. »
« On va revenir », assure Jean-Aimé Toupane
Laisser l’attaque américaine ainsi se développer, au point de la voir inscrire 80 points sur les trois derniers quart-temps, lui garantissait d’enchaîner un 72e succès de rang sur les grands tournois internationaux. Invaincue depuis 2006, cette équipe reste très au-dessus, même si l’Italie en poules (52-55), puis même l’Espagne en demie (58-58 à la 30e, 66-76 au final) lui ont longtemps tenu tête.
Notre dossier sur l'équipe de France de basket« On est à la porte, on est rentrés pour voir ce que c’est. On a vu que notre place est derrière et on va revenir », a tenté d’imager le sélectionneur français Jean-Aimé Toupane. Espérons que les Bleues seront bien invitées à en découdre à nouveau aux JO de Los Angeles 2028.



















