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Comment l’Azerbaïdjan devient une place forte du basket 3x3

JO 2024 : « Une vraie nation concurrente », comment diable l’Azerbaïdjan est-il devenu une place forte du basket 3x3 ?

Pays émergentL’équipe féminine de 3x3 compte bien mettre l’Azerbaïdjan sur la carte des pays qui compte dans le basket mondial
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Pour la première fois dans son histoire, l’Azerbaïdjan envoie une équipe de sports collectifs aux Jeux olympiques, cet été à Paris.
  • L’équipe féminine de basket 3x3, emmenée par trois « Américaines », est l’une des grandes surprises.
  • Dans le pays du Caucase, le basket commence à prendre de plus en plus d’importance, avec la création d’une équipe masculine de 5x5 professionnelle ou un tournoi de 3x3.

Notre cousin Augustin, qui a un tropisme démesuré pour les anciennes républiques socialistes soviétiques, n’a cessé de le rabâcher et de noyer son compte Instagram de photos toutes plus belles les unes que les autres : l’Azerbaïdjan, c’est olmaq üçün yer (the place to be). Des paysages superbes en montagne, les gravures dans le Parc national de Gobustan, la vieille ville de Bakou et son accès à la mer Caspienne… Bref, le nouveau paradis sur terre pour lui.

Mais le petit coquin nous avait caché que l’Azerbaidjan était devenu une nation qui compte dans le basket mondial. Oui, oui, vous avez bien lu. Le pays du Caucase est même présent à Paris pour disputer le tournoi olympique. Alors, pas avec les Lebron James, Victor Wembanyama ou Marine Johannès, mais du côté du 3x3, où les joueuses azerbaïdjanaises seront bien place de la Concorde pour mener la vie dure à Laëtitia Guapo et ses copines.

From zero to heros

Il y a quelques semaines, en quart de finale du tournoi de Clermont, les Bleues avaient galéré. 21-20, un petit point d’écart et une qualification arrachée pour les demi-finales. « Personne n’aurait pu le prédire, et encore moins il y a quelques années », lance Marie Mané, joueuse de l’équipe de France de 3x3, non sélectionnée pour les JO. Si, au début des années 2000, le basket azerbaïdjanais masculin (5x5) s’était bien développé, avec le Lituanien Rimas Kurtinaitis à sa tête, il a ensuite sombré, pour mieux revenir il y a deux trois ans, avec l’organisation d’un championnat et un club, Sabah BK, présent en coupe d’Europe.

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Chez les féminines, l’éclosion tarde. Et c’est via le 3x3 que le pays s’est fait une place au soleil. « On a commencé à jouer 3x3 parce que l’Azerbaïdjan n’avait pas beaucoup de joueuses qui jouaient en 5x5. On a gagné les Jeux islamiques en 2017 et le basket a commencé à grandir ici », nous raconte la solide Marcedes Walker-Oladipo. Le patronyme ne sonne pas trop azerbaïdjanais, mais la solide joueuse de 37 ans sera bien à Paris sous les couleurs de la Terre de feu.

Trois Américaines naturalisées

Arrivée à Bakou en 2014, l’Américaine, qui a fait un bref passage en WNBA, a été naturalisée azerbaïdjanaise l’année suivante afin de disputer l’Euro 3x3. Depuis, elle n’a plus quitté la sélection. Un peu plus connue, Tiffany Hayes continue, elle, de jouer aux Etats-Unis, avec les Las Vegas Aces, mais est, depuis 2014, citoyenne azerbaïdjanaise et disputera les JO. « A Paris, il y aura aussi Alexandra Mollenhauer (Américaine), qui vit ici depuis qu’elle a 4 ans et a appris le basket sur nos terres et Dina Ulyanova, transfuge du 5x5 », nous explique Ali Ceferov, journaliste pour la chaîne CBC Sport.

Ajoutez un coach serbe et vous avez une équipe nationale avec une seule « vraie » locale. Concurrence déloyale ? « Tant mieux pour ce genre de pays qu’il puisse pouvoir accéder aux Jeux olympiques, c’est une vraie nation concurrente pour ces JO, estime la Française Hortense Limouzin, qui bataillera pour une médaille. Il ne faut pas dire qu’ils jouent avec la règle. C’est la règle, ils ont le droit. Je pense en plus que l’Azerbaïdjan propose un vrai bon jeu et les filles s’inscrivent dans un réel projet. »

Il répondait au nom de Qabala

Une équipe professionnelle privée a ainsi vu le jour, dans laquelle évolue Marcedes Walker-Oladipo, Alexandra Mollenhauer et Dina Ulyanova, et une étape du Fiba 3x3 Women’s Series se dispute même à Qabala, au centre du pays. Derrière tout ça se pose évidemment la question des moyens mis à disposition.

« Depuis deux trois ans, il y a eu des changements à la Fédération [qui n’a pas répondu à nos sollicitations], avec une augmentation des revenus, nous répond Ali Ceferov avec des pudeurs de gazelle. Mais on est nouveau dans ce marché, et je pense qu’on ne peut pas parler des salaires, même si je peux vous dire que les joueuses sont payées par la Fédé. »

Plus que l’argent, Marcedes Walker-Oladipo met en avant le rêve qu’elle réalise avec ses copines : « Cela fait longtemps qu’on joue ensemble, et ça reste une surprise de participer à des JO. Quand on a eu notre qualification, on était juste choquées, on ne pouvait pas croire qu’on l’avait vraiment fait. Et je pense que ça va permettre au basket de se développer encore plus. Au pays, ils font beaucoup d’académies, où ils enseignent aux enfants comment jouer au basketball. Ils vont devenir bons. »

Et cela va permettre, peut-être, à l’Azerbaïdjan, d’avoir une nouvelle politique en matière d'aménagements urbains. « Généralement, les sports les plus populaires sont la lutte, le judo, la boxe et le foot. On s’intéresse un peu au basket, mais on n’est pas du genre à avoir des paniers dans les rues. » Imaginez une médaille olympique à Paris et Bakou va devenir juste un énorme playground. #SaccageBakou.