Eur 2012: «Je ne pourrai jamais faire l'unanimité», assure Ludovic Obraniak
FOOTBALL•Le milieu de terrain bordelais, né en France, attaque l'Euro avec sa sélection d'adoption vendredi...Propos receuillis par Romain Baheux
Né en France mais international polonais, Ludovic Obraniak débute la compétition ce vendredi contre la Grèce (18 h). De par son choix, le milieu de terrain bordelais ne s’est pas fait que des amis dans le milieu du football du pays hôte.
Dans une carrière, qu’est-ce que cela représente de jouer l’Euro?
Jouer l’Euro, c’est une sorte d’aboutissement. C’est ma première compétition internationale, c’est quelque chose de rare dans une carrière. Il n’y avait pas que cet objectif quand j’ai entamé les démarches de naturalisation mais c’est vrai que ça a contribué à confirmer ma décision. Après, je ne suis pas venu en sélection polonaise à six mois de l’Euro. Ca fait plus de deux années que j’y joue, j’ai une vingtaine de sélections maintenant. Je ne suis pas juste venu goûter aux saveurs de l’Euro puis repartir derrière. Je m’inscris dans la durée avec l’équipe nationale.
Qu’est-ce qui a motivé vos démarches de naturalisation?
Quoiqu’on puisse en dire, mon grand-père a vécu là-bas. Je voulais représenter ma famille (son grand-père est polonais), remettre mes racines au goût du jour. Je n’ai pas pu bénéficier de la culture polonaise dans ma famille puisque mon grand-père ne l’a pas transmise à mon père. Cette idée n’est pas venue de moi, ça été lancé par un journaliste. Il me connaissait bien, il a émis l’idée dans l’un de ses articles que j’avais la possibilité de porter le maillot polonais. L’idée a fait son chemin, j’ai vite compris que ça allait être compliqué. Je n’avais pas tous les papiers, ça a pris du temps, j’ai même pensé à abandonner. Je ne suis pas du tout administratif, ça me gavait et ça me demandait une énergie folle.
Comment se sont déroulés vos débuts?
Pour ma première sélection (août 2009), je mets un doublé contre la Grèce. Pour moi, c’était loin d’être gagné, je n’étais pas le choix du coach à l’époque. On lui avait imposé quelqu’un, il m’a pris pour un match amical contre la Grèce. Au début, je me suis dit « qu’est ce que tu fous là ? ». J’ai pris sur moi. Je rentre à la pause, je marque deux fois. A partir de là, ça m’a donné une certaine crédibilité. Venir prendre la place d’un Polonais, je savais que ça serait compliqué.
Comment a été perçu votre choix en Pologne?
Les joueurs «étrangers» ne sont pas super bien vus. Depuis moi, il y a eu quatre-cinq naturalisés. Ca a fait grincer des dents certaines personnes. C’est comme partout. J’essaie de donner le maximum à chaque fois que je suis là-bas. Je me sens Polonais à part entière. Ne parlant pas correctement la langue, le meilleur moyen de m’exprimer reste le terrain. Je suis rapidement jugé. J’ai connu un coup de moins bien, j’ai été vite remis en question, ça fait partie du jeu. Je dois plus prouver.
Vous êtes proches de Damien Perquis (autre Français naturalisé)?
Avec Damien, on ne fait pas chambre commune, on essaie de ne pas trop être ensemble pour ne pas susciter de mauvaises réactions. On essaie de ne pas manger ensemble. On évite de parler français. Je parle le polonais mais j’ai beaucoup de mal à le comprendre. Quand je me fais interviewer là-bas, c’est difficile quand tu ne comprends pas la question. Quand on me pose des questions en français, je réponds en polonais. Avec le coach, tu ne comprends pas tout mais tu repères des mots clés dans ses causeries. Je comprends les grands axes. J’ai appris l’hymne, la culture de ce pays. C’est un pays qui a beaucoup souffert, les gens sont un peu froids, ils ne se laissent pas aborder comme cela.
Etes-vous totalement intégré désormais?
Pour certains, je suis passé pour un opportuniste. Au début, tu es parano, t’as l’impression que les autres parlent sur toi. Certains joueurs ou certaines personnes de l’entourage de l’équipe nationale pensent que je suis opportuniste. Je suis en paix avec moi-même, je sais pourquoi je suis là. Je reçois beaucoup de courriers, notamment des gens du Nord de la France d’origine polonaise. Je ne pourrai jamais faire l’unanimité par rapport à ma situation, il y aura toujours des gens qui penseront « la France aux Français, la Pologne aux Polonais », ça fait partie de la vie. J’essaie de m’intégrer au-mieux, c’est fantastique de représenter un pays, c’est différent que de représenter une ville. Ca me dérangeait au début, ça ne me dérange plus aujourd’hui. J’ai appris le refrain de l’hymne national pour montrer mon attachement.
Que représente cet Euro pour la Pologne?
C’est un gros défi pour ce pays. Personne ne pensait que l’on était capable de suivre au niveau des infrastructures. Ils ont bossé comme des forcenés pour être dans les temps, il y a de superbes installations. On peut demander au staff des Bleus, ils auraient préféré être en Pologne qu’en Ukraine. C’est un pays qui en veut, qui atteint les objectifs qu’il se fixe. Cet Euro va permettre d’avoir une ouverture sur l’Europe. On s’imagine la Pologne comme un pays froid, j’espère que cela va aider à changer les mentalités.
Que pensez-vous de vos adversaires en poule (Grèce, République tchèque, Russie)?
C’est la poule la plus ouverte du tournoi. On ne tombe pas sur une tête de série comme l’Espagne. On est à domicile, c’est maintenant ou jamais. On serait très déçus si on n’arrivait pas à sortir de cette poule. Il faudra profiter de l’avantage que l’on a de jouer à domicile. Le premier match contre la Grèce sera déterminant. On a besoin d’engranger de la confiance, il faudra se mettre dans les meilleures conditions pour la suite de la compétition.
Comment décririez-vous votre équipe?
On a des grosses individualités mais on a parfois l’impression de jouer au coup par coup. Chacun fait son truc mais collectivement, on pêche un peu. On a un jeu porté vers l’attaque, on a de quoi faire offensivement dans notre équipe.



















