Fiscalité: Quand les footballeurs millionnaires taclent la taxe Hollande

FOOTBALL Taxer les hauts revenus à 75% ne plaît pas à tout le monde dans le football français...

R.S.

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Le Lyonnais Bafétimbi Gomis (en blanc) face au Parisien Mamadou Sakho, lors d'un match de L1, le 25 févreier 2012 à Lyon.
Le Lyonnais Bafétimbi Gomis (en blanc) face au Parisien Mamadou Sakho, lors d'un match de L1, le 25 févreier 2012 à Lyon. — R.Pratta/REUTERS

On demande rarement leur avis aux footballeurs sur les réformes fiscales. Sauf quand cela les touche indirectement. La proposition de François Hollande de taxer à 75% les hauts revenus (plus d’un million d’euros par an), pourrait avoir quelques conséquences sur le football français, si le candidat PS est élu…

Combien de footballeurs sont concernés? Entre 120 et 150 selon Frédéric Thiriez le président de la Ligue, soit un petit quart des effectifs de Ligue 1. Au total, quatre ou cinq vestiaires seraient réellement touchés. Le premier visé est celui du PSG où 19 joueurs émargent à plus de 100.000 euros mensuels. A Marseille, ils sont 16. Lyon, Lille et même Toulouse ou Saint-Etienne sont également concernés. En France, le salaire moyen d’un joueur est estimé à 45.000 euros, mais l’ajout de primes peut très vite mettre un peu de beurre dans les épinards. Et accroître le nombre de joueurs visés par les 75% imposables.

Quel impact sur le niveau du championnat? Pour certains présidents de clubs, l’introduction d’une telle mesure conduirait à la mort lente de la Ligue 1 et du football français. Cette taxe rebuterait les footballeurs étrangers, prêts à consentir un effort financier pour jouer en France. Elle pousserait aussi à un exode massif des meilleurs joueurs en place, selon Didier Deschamps, interrogé jeudi sur la question. Christophe Jallet ou Michael Ciani ont aussi émis des réserves sur la question. Mais tous ne partagent pas cet avis. Selon Philippe Piat, le président de l'Union nationale des footballeurs pros (UNFP), il n’est pas dit que «les joueurs concernés trouvent mieux à l'étranger. L'herbe n'est pas forcément plus verte ailleurs. Il y a globalement peu de différences entre les cinq grands championnats en termes de fiscalité». Vikash Dhorasoo, ancien footballeur international, à l’abri de la taxe Hollande, ne craint pas non plus que les clubs aient plus de mal à recruter des pointures étrangères. Son argument est imparable: les (très) grands joueurs ne veulent déjà pas venir.

Quel impact sur la structure des clubs? Michel Seydoux, interrogé jeudi dans Le Parisien, reverrait tout le management de son club avec une telle taxation. Le président lillois évoque un cercle vicieux qui aurait des conséquences catastrophiques pour le Losc, un club qui emploie 200 salariés: «Vous allez avoir un championnat qui va être tiré vers le bas. Vous allez retrouver moins de spectateurs dans les stades, pas de sponsors. Si je n’ai plus de spectateurs, je n’arriverais même plus à payer la location de mon nouveau stade.»

Certains défendent-ils la réforme? Même s’ils s’inquiètent de l’état de leurs finances, certains footballeurs ne tiennent pas un discours fondamentalement opposé à la taxe Hollande. Christophe Jallet ou Michael Ciani, envoyés au front lors des conférences de presse ont reconnu que la mesure n’était pas populaire auprès des joueurs qui en ont «beaucoup parlé cette semaine.» Mais à Lyon par exemple, Rémi Garde et Bafé Gomis ont joué la carte de la solidarité, affirmant qu’il est nécessaire de contribuer à l’effort national. «Cela peut poser des problèmes au football français mais François Hollande ne doit pas penser qu’au football», analyse Gomis, conscient qu’il y a sûrement d’autres priorités en temps de crise.