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UTMB 2024 : Comment la course a-t-elle traversé cette « année charnière » marquée par plusieurs controverses ?
ULTRA-TRAIL•Le plus grand événement d’ultra-trail au monde a débuté sa 21e édition lundi, après plusieurs mois de polémiques, entre l’affaire du naming avec Dacia et le mail de Kilian Jornet, qui évoquait en janvier un possible boycott généralisé de l’épreuveJérémy Laugier
L'essentiel
- L’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) organise huit courses de lundi à dimanche autour de Chamonix (Haute-Savoie), à l’occasion de sa 21e édition.
- S’il s’agit toujours de l’événement le plus important d’ultra-trail au monde (environ 10.000 coureurs au total, dont 2.300 au départ de l’épreuve reine de 176 km vendredi), l’UTMB a été sacrément secoué ces derniers mois.
- Le directeur général d’UTMB Group Frédéric Lénart revient pour 20 Minutes sur les diverses polémiques, à commencer par le naming de l’événement avec le constructeur automobile Dacia et le mail des traileurs Kilian Jornet et Zach Miller, qui suggéraient en janvier à de nombreux coureurs élites de boycotter cet UTMB 2024.
L’Ultra-Trail du Mont-Blanc 2024 a-t-il échappé de peu à un boycott massif et sans précédent ? Si l’apaisement est depuis de longues semaines de mise concernant l’événement planétaire de l’ultra, et que de nombreuses stars de la discipline comme Jim Walmsley, Mathieu Blanchard et Tom Evans s’élanceront vendredi de Chamonix sur la distance reine (176 km et 10.000 m de dénivelé positif), l’UTMB était bel et bien en danger en janvier.
Un mail envoyé par Kilian Jornet et Zach Miller à de nombreux coureurs élites, pour leur demander s’ils envisageaient de « s’engager à participer à une autre course que l’UTMB cette année », a alors causé une sacrée déflagration dans le monde du trail-running. Ni le légendaire coureur espagnol, blessé pour l’UTMB 2023 et non tourné vers les courses d’ultra sur cette saison 2024, ni son compère américain, deuxième à Chamonix l’an passé et qui a privilégié la Hardrock 100 cet été, ne seront sur l’événement haut-savoyard vendredi.
« On a compris la nécessité d’être plus proches d’eux »
Pour autant, l’affaire a a priori été digérée de tous les côtés. « La manière de faire avec ce mail nous avait surpris, évoquait fin juin pour 20 Minutes Frédéric Lénart, directeur général d’UTMB Group. C’était compliqué pour nous à ce moment-là car on avait des choses à proposer à Kilian et à Zach mais on ne pouvait pas encore communiquer publiquement des éléments concrets. Les choses se sont clairement apaisées et on n’a pas senti un fléchissement dans la volonté des élites de venir courir sur les finales à Chamonix. On a compris la nécessité d’être plus proches d’eux et de la communauté du trail en général. »
Faut-il pour autant considérer que Kilian Jornet et Zach Miller ont fait plier l’UTMB concernant le sujet le plus crispant, à savoir le naming Dacia UTMB né avant l’édition 2023 ? « Non, on avait déjà pris en compte les sujets qui nous étaient reprochés, assure Frédéric Lénart. On travaillait sur le changement de partenariat titre dès l’automne 2023. Dacia reste un partenaire essentiel des UTMB World Series en Europe mais on avait la volonté de renforcer la visibilité de Hoka. A l’époque, on trouvait notre parti pris intéressant pour Dacia. On savait qu’on allait bouleverser certaines personnes, puis on a pris conscience que c’était probablement inapproprié en écoutant la communauté du trail. Notre souhait ainsi que celui de Dacia n’étaient pas d’arriver à cette controverse. »
« On s’est remis en cause, on a été challengés »
Partenaire depuis 2022, l’équipementier Hoka est donc devenu partenaire titre en avril à la place du constructeur automobile roumain. « Parfaitement alignés pour plus d’inclusion, plus d’équité et plus de diversité » dans le trail, la direction de l’UTMB et Hoka sont désormais liés jusqu’en 2029. Avec pour principal objectif de réhabiliter l’image de la course d’ultra-trail référence dans le monde entier, avec environ 10.000 coureurs présents au total, et 2.300 au départ des 176 km vendredi (18 heures) ?
« Ça a été une année charnière pour nous : on s’est remis en cause, on a été challengés, et ça nous a permis de revenir à l’essence du projet axé sur le sport et sur l’empreinte durable des événements sur leur territoire, reconnaît Frédéric Lénart. C’était important d’entendre la voix de la communauté du trail. Nos deux années de fort développement, nécessaires pour la mise en place du circuit UTMB World Series, ont pu soulever des questions, avec les quelques controverses qu’on a eues. »
Outre le partenariat titre Dacia UTMB 2023, le boss du groupe UTMB fait référence au premier Ultra Trail Whistler (Canada), le 28 septembre, dont la création a fait suite à une course existante gérée par Gary Robbins, et soutenue par une grande partie des coureurs. « On n’était pas animés de mauvaises intentions quand on a lancé cet événement, défend Frédéric Lénart. On a probablement fait des erreurs au niveau de la communication. Les choses se sont apaisées, y compris avec Gary. Ça nous a amenés à nous poser des questions pour rester en lien avec la communauté. »
Des « prize moneys » plus que doublés à Chamonix
Mais à quel prix, puisque celui des dossards de l’UTMB Mont-Blanc, de 85 euros (MCC, 40 km) à 355 euros (UTMB, 176 km), devient chaque année un peu plus un dossier de crispation quant au business de ce circuit, qui compte désormais 43 courses dans le monde entier, avec le mastodonte Ironman en partenaire ?
« Le dossard augmente de 10 % chaque année, mais il faut voir que rien que le budget des navettes sur l’UTMB représente près de 15 fois celui du Trail Nivolet-Revard que j’organise, explique le coureur élite savoyard Ugo Ferrari, qui participera vendredi à son sixième UTMB de rang. Les gens n’imaginent pas à quel point il n’y a pas de comparaison possible entre l’ampleur de cet événement en France, avec une société de 70 salariés derrière, et tout ce qui se fait par ailleurs dans le trail-running. »
Pour répondre à cette vive critique, l’UTMB a en parallèle « plus que doublé les prize moneys » sur ses trois principales distances de sa finale autour du Mont-Blanc et sur ses courses « Majors » du circuit. Le 10e arrivé à Chamonix samedi touchera ainsi 1.500 euros, et jusqu’à 20.000 euros pour le successeur de Jim Walmsley (de 1.000 à 13.000 euros pour le top 10 de l’OCC et de la CCC). Tout pareil sur le tableau féminin quant à ces prize moneys qui n’avaient fait leur apparition qu’en 2018 sur l’UTMB Mont-Blanc, avant d’être étendus sur les « Majors » du circuit en 2022.
100.000 euros dédiés à plus de contrôles antidopage
« On voulait à travers cette augmentation reconnaître le rôle de ces athlètes de haut niveau dans le développement de ce sport, précise Frédéric Lénart. C’était une préoccupation de notre partenaire Hoka depuis 2022. On parle beaucoup de la professionnalisation de ce sport. C’est important que les athlètes puissent en vivre même si ça viendra aussi beaucoup des marques. »
« Quand on voit que les plus grandes courses de triathlon vont au-delà de 100.000 dollars de prize money pour le vainqueur, ce n’est pas cher payé, estime Aurélien Dunand-Pallaz, deuxième de l’UTMB en 2021. On ne compte heureusement pas que sur ces primes, mais avant tout sur les sponsors. On voit que les choses avancent dans le bon sens pour notre sport. L’UTMB joue clairement le jeu, même si ça ne va pas aussi vite qu’on aimerait. »
De même, sujet tout aussi sensible aux yeux des athlètes ces dernières années, les contrôles antidopage vont s’intensifier, avec un budget de 100.000 euros dédié par l’UTMB à cette problématique sur la saison 2024 des World Series, entre tests aléatoires et désormais garantis sur les finales à Chamonix. Le tout avec « une dimension éducationnelle pour sensibiliser aux dangers du dopage ».
Pour les sponsors, être à l’UTMB est « indispensable »
Une chose est certaine : si « beaucoup d’athlètes ont une double activité pour préparer leur avenir, comme ingénieurs, médecins et kinés » (dixit Frédéric Lénart), ils n’imaginent pas leur calendrier d’athlètes sans la messe de l’utra autour du Mont-Blanc. « Vis-à-vis de nos sponsors, il est indispensable de participer à l’UTMB au moins une fois tous les deux ans, et ça, Kilian Jornet et Zach Miller le savent très bien, indique Aurélien Dunand-Pallaz. D’ailleurs, il n’y a pas beaucoup de Français qui ont pu envisager un instant de renoncer à l’UTMB 2024 à mon avis. »
Notre dossier sur l'UTMBParmi les favoris après son titre sur la Hardrock 2023, celui-ci poursuit : « Dans le même temps, c’est en plus très dur d’avoir un dossard sur les deux autres courses majeures de l’été, la Western States et la Hardrock 100 aux Etats-Unis. Le fait que le système créé force les gens à n’être que sur le circuit UTMB, ça peut être critiquable. Mais on a beau dire ce qu’on veut, on l’aime bien cette fête du trail. » Et 21 ans après sa première édition, celle-ci va encore tenir en haleine toute la planète trail jusqu’à dimanche.



















