Ascension du K2 : « Un combo incroyable »… L’alpiniste Benjamin Védrines vise un record et un vol en parapente inédit
TENTATIVE DE RECORD•Après avoir échoué en 2022 dans son ascension sans oxygène du plus redoutable sommet himalayen (8.611 m), l’alpiniste haut-alpin de 32 ans va retenter l’aventure d’ici début août, avec en bonus un vol en parapente depuis le K2Jérémy Laugier
L'essentiel
- Deux ans après son record du monde lors de l’ascension du Broad Peak (8.051 m) suivi d’un échec sur le K2, Benjamin Védrines va tenter dans les prochains jours le record d’ascension de ce même K2 (8.611 m) sans bouteille d’oxygène.
- L’alpiniste haut-alpin de 32 ans espère boucler cette aventure en moins de 18 heures, avant de décoller en parapente du célèbre sommet himalayen.
- Elu meilleur alpiniste français en 2023, Benjamin Védrines vise donc un double défi inédit, qu’il a préparé depuis de longs mois, y compris aux côtés de la star de l’ultra-trail Kilian Jornet.
«La cerise sur le gâteau. » En préparant son immense défi au K2, considéré par les alpinistes comme le plus redoutable des 14 géants himalayens (8.611 m), Benjamin Védrines a les yeux qui pétillent au moment d’évoquer la conclusion de l’aventure. Celle-ci s’annonce folle, avec un décollage inédit programmé d’ici début août (en fonction des conditions météo)… en parapente ! « Je me suis mis à cette pratique il y a une dizaine d’années, et c’était une découverte dingue pour moi, confie l’alpiniste de 32 ans. Une ascension rapide et une descente en parapente, avec un côté fun, est un combo incroyable. C’est fantastique de redescendre de la montagne d’une manière aussi esthétique, c’est hyper enivrant. Rien que d’y penser pour le K2, ça me provoque beaucoup d’émotions. »
Situé à la frontière sino-pakistanaise, le mythique K2 pourrait donc être le théâtre à la fois du record du monde de l’ascension la plus rapide sans bouteille d’oxygène et d’une première mondiale digne de l’exploit de Jean-Marc Boivin depuis l’Everest en 1988. « C’était l’un des plus grands décollages de l’histoire », selon Benjamin Védrines, conscient du défi technique majeur qui l’attend. Déjà car les prévisions aérologiques sont extrêmement incertaines et que la portance y est divisée par trois avec un tel manque d’oxygène.
« Il y a de quoi décoller de là-haut mais il y a beaucoup de variables. C’est très dépendant du vent qui soufflera le jour J. Ça reste un décollage technique et je n’aurai pas trop le droit à l’erreur : il y a des versants abrupts, avec de la neige très dure et des risques d’accident. Ça va m’éviter de redescendre dans des terrains présentant des dangers mais ça n’est pas forcément l'idéal pour ne pas se faire mal. »
« A 8.300 m, mon corps s’est effondré »
Pour optimiser sa réussite dans les airs, l’alpiniste haut-alpin s’est entouré de Jean-Baptiste Chandelier, une des références mondiales du parapente. Ils ont développé ensemble « une voile sur mesure ultra light » (moins d’1 kg) pour cette aventure du K2. Encore marqué par « le plus beau vol » de sa vie en 2022 depuis le sommet voisin du Broad Peak (8.051 m), Benjamin Védrines est bien placé pour connaître la difficulté extrême de la première partie de l’expédition.
Car dans la foulée du Broad Peak, son premier 8.000 dont il avait bouclé l’ascension sans bouteille d’oxygène avec un record de vitesse (7h28), celui-ci avait voulu enchaîner avec le K2. « A 8.300 m, mon corps s’est effondré, se souvient-il. J’ai souffert d’une hypoxie sévère et j’ai dû faire demi-tour. Mais je savais que je voudrais vite retenter le K2. » Deux ans plus tard, c’est donc le moment pour lui de s’attaquer à nouveau à ce monument, mais cette fois sans avoir emmagasiné la fatigue du Broad Peak juste avant. Et avec un temps en tête : faire mieux que les 23 heures de son compatriote Benoît Chamoux en 1986. Mais au fait, comment ce record du monde sur le K2 sans bouteille d’oxygène peut-il approcher les 40 ans ?
Il s’est rendu en Norvège pour côtoyer Kilian Jornet
« Enormément d’alpinistes comme Kilian Jornet et Marc Batard se sont attaqués à l’Everest avec la même approche, comme il s’agit du plus haut sommet de la planète (8.849 m), explique Benjamin Védrines, qui vise entre 15 et 18 heures d’ascension depuis le camp de base situé à 5.300 m d’altitude. Le K2 a toujours été un peu dans l’ombre de l’Everest pour les tentatives de records de vitesse. » Pour inscrire son nom dans les livres d’histoire de l’alpinisme, le natif de Die (Drôme) a multiplié les rencontres ces derniers mois avec des athlètes qu’il « admire ».
Outre Jean-Baptiste Chandelier, il s’est ainsi intéressé au « lâcher-prise » cher à l’apnéiste Guillaume Néry, qu’il a rencontré en mai à Nice. « Il m’a fait plonger à 13 m et il m’a aidé à respirer avec un degré de relaxation intense, évoque Benjamin Védrines. Je venais chercher une manière d’être dans le relâchement face à la situation critique qui m’attend, celle de l’hypoxie. J’aimerais être le plus relâché possible pour pouvoir réduire ma consommation d’oxygène et prendre les meilleures décisions. »
De même, il a passé cinq jours en Norvège en avril pour partager des sessions d’alpi aux côtés du légendaire ultra-traileur espagnol Kilian Jornet. « Il y a très peu de personnes qui vont sur des 8.000 à la journée sans oxygène, confie celui qui a remporté le titre de meilleur alpiniste en 2023. Il y a Vadim Druelle, Denis Urubko et Kilian. Dans ce domaine, c’est le plus expérimenté, et c’est surtout le seul à aller aussi loin dans la recherche de données. C’est carrément un savant, il fait des études sur son corps, tout seul de son côté. »
« Je recherche cette difficulté à respirer »
Kilian Jornet le lui rend bien en qualifiant le Français de « grande source d’inspiration » ayant signé « des étapes révolutionnaires dans l’histoire de l’alpinisme ». En plus d’une préparation physique avec Léo Viret, entraîneur de l’équipe de France de ski alpinisme, Benjamin Védrines fait appel depuis décembres 2023 au préparateur mental Fabien Dupuis, « afin d’être un peu moins angoissé en vue du K2 ». Avec en toile de fond un rapport complexe aux difficultés respiratoires, après son abandon dans cette même ascension en 2022.
« Je recherche cette difficulté à respirer, liée à l’hypoxie. C’est même l’un de mes plus grands leviers de motivation pour aller en Himalaya, sinon j’irais plus bas. Ça impose beaucoup d’humilité et de sagesse, car on se sent complètement dans l’incapacité d’accélérer comme on pourrait le faire dans les Alpes. »
« Extrêmement ému » de retrouver ce K2 qui le « nargue un peu », depuis le début de son acclimatation il y a un mois, l’alpiniste a pu monter à trois reprises jusqu’à 7.300 m. Il redoute « les vents tempétueux » de la face ouest, qui soufflent jusqu’à 80 km/h au sommet depuis plusieurs jours.
NOTRE DOSSIER SUR L'ALPINISMEPour immortaliser son défi à venir, Benjamin Védrines a rejoint le Pakistan avec deux vidéastes, dont la référence pour de telles expéditions Seb Montaz. Thibaut Marot se charge de son côté d’un drone sur mesure supposé rejoindre lui aussi le sommet du K2 en partant du camp de base. Il s’agirait d’une première mondiale. Une de plus, pour cette aventure hors du commun en très haute altitude.


















