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Comment l’EcoTrail Paris « éveille les consciences » des coureurs

Trail : Comment l’EcoTrail Paris « éveille les consciences » des coureurs

ECORESPONSABILITELa 17e édition de l’EcoTrail Paris va réunir ce samedi (à partir de 9 heures) 14.500 coureurs, dont 85 % de Franciliens. Un choix assumé par l’organisation de l’épreuve, très sensible à son bilan carbone
L’EcoTrail, la course la plus écolo du moment ? On fait le point
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • L’EcoTrail Paris va vivre ce samedi (à partir de 9 heures) sa 17e édition, avec 14.500 coureurs attendus en région parisienne.
  • L’épreuve assume depuis son lancement « une vraie conscience écologique », symbolisée par son choix délibéré d’accueillir 85 % de Franciliens sur ses sept épreuves.
  • « On ne veut pas faire de l’écologie punitive mais on essaie d’éveiller les consciences », explique l’organisation.

«Ici c’est Paris. » Créé en 2008 avec « une vraie conscience écologique », l’EcoTrail Paris affiche complet pour sa 17e édition ce samedi, avec 14.500 inscrits sur ses sept courses (départs à partir de 9 heures). Le challenge d’associer la capitale au trail, sport alors essentiellement pratiqué en montagne, était pourtant osé. « Pour les montagnards, ce n’était ni du trail ni de l’écologie, rappelle Alexandre Boucheix, traileur élite bien connu sous le pseudo de "Casquette verte". Les organisateurs se sont fait tailler mais ils ont toujours assumé leur nom et ce qu’ils sont, avec ce côté circuit fermé. »

« Circuit fermé » car 85 % des coureurs inscrits sur les sept épreuves du jour vivent en Ile-de-France, ce qui fait clairement partie de l’ADN de l’EcoTrail. L’épreuve tient ainsi à limiter au maximum son bilan carbone, qui était de 435 teqCO2 en 2023, dont 91 % proviennent des transports.

« On cible vraiment toute notre communication sur les Franciliens, explique Alexandre Lucas, responsable de la com' et des inscriptions de l’épreuve. Il y a un vivier de coureurs et un bassin de population ici qui peut nous permettre de remplir notre événement, et donc de produire peu d’émissions de CO2. Si une personne débarque de l’autre bout du monde, on a conscience qu’elle nous plombe notre bilan carbone. Le rêve absolu, ce serait d’avoir 100 % de Franciliens sur l’événement. »

L'EcoTrail Paris emprunte moins de 10% de tracé sur le bitume en région parisienne.
L'EcoTrail Paris emprunte moins de 10% de tracé sur le bitume en région parisienne. - Eric Montgobert

« On ne veut pas faire de l’écologie punitive »

Sauf que l’organisation ne privilégie pas une inscription d’un Francilien à celle d’un coureur hors région parisienne voire hors France, pour « des contraintes techniques de plateforme d’inscription », mais pas que.

« Tout le monde peut prendre son dossard car on n’a pas envie d’entrer dans des histoires de quotas, indique Alexandre Lucas. On ne veut pas faire de l’écologie punitive ni faire dans l’entre-soi. On veut amener la personne qui vient de loin à réfléchir autrement sur comment elle va venir, et si c’est vraiment nécessaire pour elle de participer à un événement situé à 3 heures d’avion. On essaie d’éveiller les consciences plutôt que de sanctionner. Le tout en mettant des outils à disposition des gens qui viennent de loin. » »

Titre de transport offert à tous les participants pour rejoindre les différentes zones de départ, plateforme de covoiturage en direct sur son site Internet et parcs à vélos renforcés près des départs et arrivées des épreuves, l’organisation de l’EcoTrail multiplie les initiatives écoresponsables, fidèle à son image de « pionnière » sur le sujet.

« La sobriété n’a pas attendu l’EcoTrail, mais contrairement à beaucoup d’autres événements de trail running, cette course a compris qu’il était essentiel d’en parler, et pas seulement d’agir, estime Alexandre Boucheix. Depuis très longtemps, c’est son axe de communication principal, et c’est un top message de mettre davantage en avant ce côté écoresponsable que l’arrivée du 80 km au premier étage de la Tour Eiffel. »

« Personne ne connaît l’EcoTrail à l’étranger »

Car un plan de com' à l’international sur les réseaux sociaux ficelé autour de ce final de rêve attirerait vite à coup sûr bien plus que les 250 coureurs de l’étranger présents ce samedi, surtout en provenance de Belgique, d’Allemagne, des Pays-Bas et de Suisse (soit moins de 2 % du total des participants).

« Dès que des courses ont autant de moyens économiques que l’EcoTrail, elles se vantent en général de pouvoir présenter 45 nationalités différentes sur la ligne de départ pour montrer la dimension internationale de leur événement. Là, je me rends vraiment compte au fil des ans que personne dans le monde du trail running ne connaît l’EcoTrail à l’étranger », constate « Casquette Verte », qui va participer pour la septième fois à l’épreuve reine du 80 km depuis Saint-Quentin-en-Yvelines ce samedi (11h30).

Alexandre Boucheix, alias « Casquette Verte », boucle ici le format 80 km de l'EcoTrail Paris au premier étage de la Tour Eiffel.
Alexandre Boucheix, alias « Casquette Verte », boucle ici le format 80 km de l'EcoTrail Paris au premier étage de la Tour Eiffel. - Anouk Flesch

L’EcoTrail, qui accueille 140 élites cette année, prend donc le contre-pied de cette tendance, ce qui convient parfaitement à David Grobelny. A 28 ans, cet éducateur spécialisé montpelliérain se définit comme un écoaventurier. S’il habite très loin de l’Ile de France, il est ravi d’enchaîner en une semaine le marathon de Barcelone et son premier EcoTrail, sur le format 45 km. Le tout en mobilité douce, en mixant train, car et vélo.

La fin des bananes et du fameux tee-shirt finisher

« De par la connexion avec la nature, un traileur a en général davantage de gestes écoresponsables qu’un marathonien, explique David Grobelny, également président de l’association Ploggathon. Sur l’EcoTrail, les Ecocups sont obligatoires et il y a seulement deux ravitaillements en 45 km, contre une dizaine par exemple sur le marathon de Barcelone. Ça nous pousse à être en semi-autonomie et à chambouler nos habitudes de consommation. »

Il sera ainsi impossible de trouver des bananes dans un ravito de l’EcoTrail, puisque l’organisation tient à ne proposer que des produits locaux, et/ou bios, et/ou de saison, tout en végétalisant l’ensemble des repas. De même, le tee-shirt finisher longtemps inhérent aux courses à pied n’y est plus d’actualité depuis 2021. Une médaille en bois (made in France) vient combler notre quête de souvenir, tout comme « la possibilité d’apporter le tee-shirt de son choix pour le faire floquer sur place avec l’inscription EcoTrail 2024 ».

« Des mentalités à faire changer »

« Après une phase de réflexion durant le Covid-19, on a estimé qu’il n’était pas cohérent d’être un événement pionnier sur les pratiques écoresponsables mais de continuer à fournir un tee-shirt finisher venant de l’autre bout du monde, résume Alexandre Lucas. La première année, ça a été un peu compliqué à faire entendre aux coureurs, et certains ne l’acceptent toujours pas. Ce sont des mentalités à faire changer. »

Celles-ci évoluent peu à peu, alors que l’EcoTrail Paris, dont la formule 80 km est complète depuis trois mois, connaît toujours un franc succès populaire. Mais pas question pour l’orga de franchir le cap des 14.500 coureurs, maintenu pour « éviter de causer des dégâts dans les forêts autour de Paris » et pour « le confort de course de tous ». Mais au fait, 17 ans après, l’EcoTrail Paris a-t-il gagné pour de bon sa légitimité comme « course de trail » ? « Casquette Verte » évoque davantage une « course de sentiers » qu’un véritable trail, au vu de la configuration du format phare (1.300 m de dénivelé positif « seulement » en 80 km).

14.500 coureurs vont participer ce samedi au 17e EcoTrail de Paris, via sept épreuves différentes.
14.500 coureurs vont participer ce samedi au 17e EcoTrail de Paris, via sept épreuves différentes. - JBJL / EcoTrail Paris

« Il ne faut pas se flageller »

Ce Parisien de 32 ans sponsorisé par Salomon est conscient de la complexité du bilan carbone pour les élites du trail, alors que Xavier Thévenard avait annoncé en 2020 ne plus vouloir prendre l’avion par « conviction écologique ». Alexandre Boucheix « assume » pour sa part ses quelques longs voyages chaque saison pour disputer des courses loin de France, comme son premier Ultra-Trail Mt. Fuji (Japon) le mois prochain.

« Il ne faut pas se flageller et s’interdire de voyager. On croise dans les aéroports des sportifs de haut niveau et même des semi-amateurs, alors pourquoi les traileurs devraient-ils être les seuls athlètes à assumer une exemplarité sur le sujet ? » »

« D’ailleurs, les différents circuits de trail [UTMB, Golden Trail Series, WTM] incitent à participer à des courses un peu partout dans le monde pour bien y figurer, précise-t-il. Mais c’est à la fois rare et appréciable de pouvoir rentrer chez soi en métro après un ultra. » Pour réellement signer un ultra-trail grâce à l’EcoTrail Paris, l’athlète aux 10.000 km courus par an (oui oui) s’était même créé l’an passé son défi off, via un trajet bonus Tour Eiffel – Saint-Quentin-en-Yvelines le vendredi en solo, puis la course « normale » le jour suivant, soit 160 km quasiment enchaînés.