France - Australie : Malgré l’issue cruelle, les Bleues heureuses des « bases construites » à un an des JO de Paris 2024
FOOTBALL•L’Equipe de France féminine quitte la Coupe du monde 2023 sur une défaite rageante aux tirs au but face au pays hôte, mais a offert certaines satisfactions au long de la compétitionWilliam Pereira
L'essentiel
- L’équipe de France féminine est éliminée de la Coupe du monde 2023 après sa défaite aux tirs au but contre l’Australie (0-0, 6-7 aux t.a.b)
- Les joueuses sont déçues, notamment Kenza Dali, qui a raté deux tirs au but
- Mais le groupe ainsi qu’Hervé Renard sont satisfaits du travail fourni en marge de ce Mondial. Tout le monde espère qu’il portera ses fruits dans un an, à l’occasion des JO de Paris 2024
Corriger des erreurs passées ne garantit pas d’issue heureuse. Plutôt que de subir la séance de tirs au but en laissant au destin la possibilité de lui rouler sur les Bleues, comme cela avait pu être le cas de l’équipe de France masculine en finale de Coupe du monde, Hervé Renard avait préparé son coup. La sortie de Pauline Peyraud-Magnin pour Solène Durand en fin de prolongation contre l’Australie en témoigne. Le coup de maître emprunté à Louis Van Gaal n’aura pas suffi à envoyer la France en demies du Mondial 2023.
Pourtant, des éléments relevant du divin ont fait croire à la bonne étoile tricolore en fin de séance. D’abord, la première balle de match australienne envoyée sur le poteau par la gardienne, Mackenzie Arnold, preuve qu’on ne s’improvise pas Ricardo en claquant des doigts. Ensuite, l’arrêt refusé à la même Arnold pour une position avancée sur la première tentative ratée de Kenza Dali. Puis l’arrêt, main opposée de Durand sur une autre balle de match australienne. « Elle est incroyable, a applaudi le sélectionneur en conférence de presse. Elle a arrêté deux penalties, même trois. Si on gagne ce soir, on est les rois du monde. »
« Plus facile d’être sans son canapé avec une bière »
Mais les opportunités ne vivent que pour celles qui les saisissent. Dali – qui ne voulait pas tirer eu égard à son passé commun avec la gardienne adverse du côté de West Ham - a frappé et raté deux fois du même côté. « Mon penalty est très mal tiré, dira-t-elle après la défaite. […] Je me suis dit, “elle va penser que je vais changer [de côté].” Du coup, je n’ai pas changé, j’aurais dû. Il est mal exécuté. C’est comme ça. Je suis la première déçue. Je prends la responsabilité. » Elle pourrait en laisser à Vicki Becho, aussi partie à la faute. Mais du haut de ses 19 ans, il est difficile d’accabler la Lyonnaise. Wendie Renard, en capitaine, a tenu à la protéger des critiques.
« « Je l’ai dit à Vicki : j’ai loupé des penalties, elle en loupera encore. Le plus important, c’est de prendre ses responsabilités. C’est plus facile d’être dans son canapé, avec une bière et des pop-corns ou même en tribunes en disant ‘tu aurais dû faire’. C’est ce qui permet de grandir. » »
Grâce Geyoro, en larmes après la rencontre, n’en veut à personne malgré son tir au but réussi. « Aller tirer devant 50.000 personnes, il fallait y aller, que ça soit les plus jeunes ou les plus expérimentées. »
Seules contre une nation… et l’arbitrage maison
L’idée de onze guerrières livrées à elles-mêmes face à tout un peuple hostile est particulièrement présente dans le discours post-défaite d’Hervé Renard et ses joueuses. Pas pour s’en plaindre mais pour tirer de la fierté d’une performance majeure, celle d’un match maîtrisé tactiquement et techniquement, sauf éventuellement pendant la prolongation. « Les filles ont été exceptionnelles, on a eu un quart de finale tout sauf facile contre une nation entière. Elles ont fait un match féerique », s’enorgueillit Hervé Renard, dont on n’oublie pas le tacle subtil à l’arbitrage « maison » de María Belen Carvajal Peña. « Le paramètre c’est juste qu’il y a une main dans la surface pas sifflée, on ne va pas pleurer mais il faut le dire quand même. » Il aurait aussi pu citer la chute de Selma Bacha dans la surface australienne ou le tirage de maillot très limité sur Diani en tout début de match par une adversaire placée en dernière défenseuse. Il en devient quasi légitime d’exiger le même favoritisme pour les Bleues dans un an aux JO de Paris 2024.
Passée l’heure des larmes, que restera-t-il de ce Mondial austral ? Une compétition dont les Françaises ressortent invaincues dans le temps réglementaire ne peut pas être si mauvaise. La transition expresse Diacre-Renard semble en tout cas avoir été réussie. Pour le reste, tout est question de point de vue, verre vide, verre plein. Le nouveau sélectionneur s’excuse de n’avoir pas fait mieux que sa prédécesseure en 2019 (« la responsabilité me revient »), mais montre les crocs à quiconque ose s’en prendre à des joueuses dont il vantera jusqu’au bout les efforts. « Ce serait de la mauvaise foi de dire que l’équipe de France n’a pas été à la hauteur, je ne vous permets pas de dire ça. Les filles ont été exceptionnelles. Je les félicite, ce n’est pas pour faire bien mais je les félicite pour tout le travail qu’elles ont fait. On a passé 53 jours ensemble, tout le monde a rempli sa tâche d’une manière fantastique. »
Eugénie Le Sommer, revenue du diable Vauvert, a autant de mal à cacher son dégoût instantané que son optimisme regardant vers les horizons futurs, les JO 2024 en tête. « C’est toujours difficile après une défaite de basculer tout de suite sur le positif mais malgré tout il faut retenir ce qu’on a construit, dit l’attaquante. Il faut retenir ce que le staff a construit, ce que nous, les joueuses, on a fait parce qu’il y a un vrai groupe. On a vécu une très belle aventure toutes ensemble. Et j’espère que c’est de bonnes bases qui ont été construites pour l’avenir. » La suite des travaux ne devra pas trop tarder, l’échéance Paris 2024 arrive vite. Mais si Hervé Renard a bien apporté une garantie, c’est celle d’être capable de travailler dans l’urgence pour un rendu honnête.



















