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Judo : Shirine Boukli déterminée à « tout tuer » sur la route vers les Jeux de Paris 2024
Interview•La Gardoise a décroché sa première médaille mondiale aux Championnats du monde en mai, à DohaPropos recueillis par Quentin Ballue et William Pereira
L'essentiel
- Chaque jeudi, « 20 Minutes » reçoit un athlète qui rêve de podium aux JO 2024 dans son émission Twitch « Les croisés tu connais ».
- Quelques semaines après sa médaille d’argent aux Championnats du monde de judo, Shirine Boukli s’est livrée avec fraîcheur et spontanéité sur son actualité.
- Battue dès le premier tour aux Jeux de Tokyo, la native de Nîmes partira à la quête du titre olympique l’an prochain à Paris.
Depuis un an et demi, Shirine Boukli touche la perfection du doigt sur le plan des résultats. Vainqueur de deux Grands Slams (Tel-Aviv et Bakou), de deux Championnats d’Europe et du Masters de Jérusalem, elle a ramené l’argent des Mondiaux de Doha début mai, où seule la Japonaise Natsumi Tsunoda, désormais triple championne du monde, lui a barré la route. Une médaille qui aiguise l’appétit de l’athlète de 24 ans, numéro 1 mondiale dans la catégorie des moins de 48 kilos. Elle s’est longuement confiée dans « Les Croisés tu connais ». Au menu : sa dynamique, sa famille, mais aussi le jiu-jitsu et… les burgers.
Vous venez d’inaugurer un dojo à votre nom à Grigny. C’est dans des moments comme ça que vous mesurez tout le chemin parcouru ?
Oui, c’est dingue ! Je suis vraiment honorée d’avoir un dojo à mon nom. Quand j’ai vu la plaque avec mon nom, c’est là que j’ai réalisé. En vrai, c’est trop stylé !
Il n’y a pas très longtemps, vous avez aussi été accueillie comme une star dans une école de Draveil.
Je revenais des Championnats du monde, les jeunes m’ont attendu en me faisant une haie, ils avaient des drapeaux de la France, musique à fond, ils étaient comme des ouf ! J’ai le souvenir d’un petit : je le checke, il se retourne et il gueule comme si j’étais Selena Gomez ! C’est quand on vit ce genre d’émotions qu’on se rend compte qu’on sert d’exemple à plein de monde.
Le judo, c’est vraiment ancré dans votre famille ?
J’ai commencé dans le Gard, dans le village d’Aramon, au sein du club ouvert par mon oncle. Mon père faisait du judo avec lui depuis tout petit. Avec mes frères, on adorait ça. Le dojo était juste en face de l’école, on y retrouvait aussi nos cousins. J’aimais bien me bastonner. On n’avait pas le droit de se battre à la maison mais sur le tatami, oui, donc on en profitait !
Vous avez pratiqué beaucoup de sports différents dans votre jeunesse : équitation, tennis, natation, etc.
Ce que j’ai le plus kiffé, c’est vraiment la natation et le judo. J’ai concilié les deux, jusqu’à ce que ma mère me dise de faire un choix parce que ça faisait beaucoup d’aller-retour. Aujourd’hui par contre, tu me mets dans un bassin, il n’y a plus rien (rires). J’ai touché à tout, j’ai même fait du JJB (jiu-jitsu brésilien), du grappling, du combat libre, de la gym… C’est cool car tous les sports sont complémentaires, je pense que ça m’a permis de développer plein choses que d’autres judokates n’ont pas.
Vous continuez de faire du JJB d’ailleurs. Qu’est-ce que ça vous apporte ?
C’est complémentaire avec le judo parce qu’au JJB, on bosse beaucoup au sol. On gagne en faisant une clef de bras, un étranglement, etc. Au judo, l’adversaire peut se bloquer au sol. Au JJB, si tu bloques, tu es pénalisé, donc je rencontre des adversaires qui veulent tout le temps travailler. Maintenant, je commence à me rendre compte de certaines choses, à trouver des ouvertures que je ne trouvais pas avant. C’est hyper intéressant, on découvre une certaine mobilité, une fluidité, et on sait défendre, ce qui est très important.
Vous avez vraiment émergé sur la scène internationale en 2020 avec un titre de championne d’Europe et une victoire à Dusseldorf. Mais en 2021, vous avez pris « une tarte », dixit Larbi Benboudaoud, aux Jeux.
Je pense que je n’aurais pas été sélectionnée si les JO avaient eu lieu en 2020. Le décalage d’un an m’a permis de performer, d’être championne d’Europe pour la première fois. J’ai fait le taf, c’était une très belle année. En 2021, je fais septième pour mes premiers Championnats du monde seniors et derrière, je perds au premier tour aux Jeux olympiques. Je n’étais peut-être pas prête comparée à d’autres qui préparaient ça depuis cinq ans. Tous les jours, j’en prenais plein les yeux, j’étais un peu spectatrice de l’événement.
C’est une bonne chose d’avoir découvert cet environnement avant les Jeux de Paris ?
Bien sûr, maintenant, je sais à quoi m’attendre. C’est grâce à ce qui s’est passé à Tokyo que je suis cette personne aujourd’hui. J’ai su rebondir. C’est très dur quand tu perds et que tu vois tout le monde dans l’euphorie. Derrière, on te fait ressentir que quand tu n’es pas médaillé au Jeux, tu n’es personne. Cela me motive pour me dire : « Ce qui s’est passé là, ça ne se reproduira plus jamais. C’est la dernière fois qu’on me voit comme ça, je vais tout tuer. » Ça m’a servi parce qu’aujourd’hui, ça va très bien. Je suis sur la bonne voie. J’ai fait une finale mondiale et je suis sûre que ce ne sera pas la dernière.
Vous vous projetez déjà sur Paris 2024 ?
Oui, on y pense tout le temps. L’objectif, c’est les Jeux. Le reste, c’est de la prépa. Evidemment, les Championnats du monde, c’est important, mais tout ce que je fais aujourd’hui, c’est pour les Jeux. Plus on se rapproche, moins il va falloir faire d’erreurs. Il faut une sélection, il y a de la concurrence donc même quand on a une médaille aux monde, il faut vite passer à autre chose.
D’où vient votre surnom, « mini-corps » ?
J’ai toujours été dans les toutes petites catégories. Là, je suis en 48 kilos, avant j’étais en -44, -40, -36. Quand je suis entrée à l’Insep, j’étais minuscule, toute fine, je faisais à peine 48 kilos. J’ai pris du muscle donc je suis un peu au-dessus maintenant, mais on m’a toujours appelée mini-corps. On m’a même fait une ceinture où c’est écrit (rires).
Comment vous gérez votre poids justement ?
Il faut être au poids lors de la pesée, la veille de la compétition. Je pèse autour de 51 kilos donc je fais des régimes pour perdre entre 3 et 3,5 kilos, deux semaines avant. Je suis suivie par une nutritionniste. En règle générale, je me « prive » seulement quand j’ai des compétitions. Par exemple, si je n’ai pas une grosse activité, ça ne sert à rien de manger beaucoup de féculents donc je vais prioriser des légumes, toujours avec des protéines.
Vous vous faites plaisir sur quoi à la sortie d’une compétition ?
Les burgers, c’est vraiment pas mal ! Après, le soir de la compét, c’est compliqué de manger parce que dans la journée, on grignote des barres, on boit des boissons d’effort, des prot’… On est full ! Le soir, on n’a pas trop de place dans le ventre ! Burger-frites, ça passe bien quand même. Quand tu as bossé et que tu finis ta journée devant la télé avec ton burger et ton petit coca, c’est trop bien !
En 2022, vous avez intégré une école de commerce à Lyon. Vous pouvez nous parler de ce cursus ?
Il est adapté pour les sportifs. On est en distanciel, on a le replay des cours et on s’organise comme on veut. On a du marketing, de la communication digitale, un peu de finance, de droit, etc. Avec mes sponsors, j’ai pu me rendre dans certaines entreprises, discuter de leur métier avec des managers, des directeurs de communication, et ça m’a beaucoup plu. Le cursus quie je suis est assez complet et derrière, ça me donne beaucoup de choix. Je suis contente, ça fait du bien de faire autre chose que du judo. C’est important de s’ouvrir à d’autres choses et à d’autres gens, de s’aérer l’esprit.



















