Ligue Europa : Quelle a été l’équipe la plus désastreuse de ce jeudi noir pour le football français ?
FIASCO•Eliminés après des 16es de finale retour catastrophiques, le FC Nantes, l’AS Monaco et le Stade Rennais symbolisent les galères répétées du football français dans cette compétition. « 20 Minutes » les départage au bout de cette affreuse soiréeJérémy Laugier
L'essentiel
- Plutôt en ballottage favorable après les matchs aller (surtout l’AS Monaco), les trois clubs français engagés en Ligue Europa se sont tous fait éliminer jeudi, dès les 16es de finale de la compétition.
- Ce jeudi noir montre encore les difficultés chroniques du football français à exister dans cette compétition qu’on pourrait imaginer à sa dimension.
- 20 Minutes tente de déterminer qui, du FC Nantes, de l’AS Monaco et du Stade Rennais, a été le plus désastreux lors de ce nouveau fiasco européen pour nos clubs.
Le football français n’a décidément pas son pareil pour nous faire vivre des jeudis désenchantés. Saison après saison, on se surprend à croire à une épopée dans cette Ligue Europa en apparence dimensionnée pour certains de nos meilleurs clubs.
Mais depuis cinq ans et la finale de l’Olympique de Marseille (0-3 contre l’Atlético de Madrid, on attend désespérément qu’une équipe se hisse jusque dans le dernier carré. Les 16es de finale retour de jeudi, après un ballottage favorable pour Nantes et surtout Monaco, risquent de hanter nos nuits pendant de longues semaines. Et surtout, comme en 2020 et en 2021, il n’y aura pas le moindre représentant tricolore au stade des huitièmes de finale.
Une véritable catastrophe lorsqu’on constate que des clubs avec beaucoup moins de moyens comme Ferencvaros (Hongrie), le Shakhtar Donetsk (Ukraine) et l’Union Saint-Gilloise (Belgique) en seront. Mais en fait, qui du FC Nantes, du Stade Rennais et de l’AS Monaco mérite le bonnet d’âne de la soirée/de la compétition ? Sans oublier que l’OM était aussi virtuellement reversé en 16es de finale de Ligue Europa, avant une gestion désastreuse du temps additionnel contre Tottenham (1-2) le 1er novembre. Et oui, en un jour des morts on ne peut plus annonciateur de la suite de la saison française.
- A qui l’adversaire le moins coriace ?
On veut bien considérer que la Juventus a pris un coup de massue terrible avec la pénalité de 15 points subie le mois dernier pour fraudes comptables. L’équipe turinoise a beau désormais errer en milieu de tableau de Serie A, elle n’en reste pas moins un géant à l’échelle de la Ligue Europa, avec dans ses rangs une tripotée d’internationaux de haut niveau. Qui peut se targuer, même en Ligue des champions, de pouvoir aligner une triplette Di Maria-Chiesa-Vlahovic ? Malgré leur nul (1-1) héroïque et parfois chanceux à l’aller, les Nantais auraient dû réaliser deux exploits majeurs pour se qualifier.
Inarrêtable en Ligue 1 en 2023, les Monégasques étaient au contraire les favoris de la double opposition avec le Bayer Leverkusen, modeste 10e actuellement en Bundesliga. Surtout après le succès arraché dans les ultimes secondes à l’aller en Allemagne, au prix d’une folle remontée (2-1 à la 73e, 2-3 au final).
Et que dire du Stade Rennais, qui affrontait un Shakhtar Donetsk malheureusement en lambeaux. Par rapport aux heures européennes glorieuses du meilleur club ukrainien, il n’y a plus dans l’effectif de pépite brésilienne, ni le prodige Mykhaïlo Mudryk transféré à Chelsea. Et surtout, en raison de la guerre, l’équipe galère à s’entraîner dans des conditions correctes, voit ses matchs de Coupes d’Europe être disputés à Varsovie (Pologne), tout en devant se contenter de rencontres amicales depuis le 23 novembre, date de son dernier match du championnat ukrainien.
Vainqueur : Le Stade Rennais haut la main, vous l’aurez compris.
- A qui le pire scénario ?
Difficile de trouver trace d’une clim aussi efficace que celle actionnée dès le coup d’envoi dans un stade de la Beaujoire qui a à peine eu le temps d’être en fusion. Les hommes d’Antoine Kombouaré attaquaient quasiment la rencontre d’une vie avec toute une ville derrière eux et plus d’atouts offensifs qu’à l’aller (Delort, Simon, plus Ganago sur le banc). Et pourtant, en 20 minutes, un doublé d’un diabolique Angel Di Maria et une sévère expulsion d’un Nicolas Pallois gladiateur ultime à l’aller (0-2, 0-3 au final), le rêve s’était déjà totalement envolé. Un cauchemar intégral.
Les deux autres équipes françaises ont pu y croire bien davantage. Cueilli à froid (0-1, 13e), l'AS Monaco a virtuellement été qualifiée à nouveau… pendant deux minutes grâce à l’égalisation de Ben Yedder (1-1, 19e), avant le deuxième but allemand (1-2, 21e). Mais franchement, lorsqu’Embolo a inscrit un but hypra clutch (2-3, 84e) et synonyme de prolongation, on n’a pas pu s’empêcher de penser que le momentum était monégasque. Mais Nübel nous a sorti une série de tirs au but à la Lloris, et Matazo a fracassé la transversale allemande (2-3, 3-5 t.a.b.).
L’épilogue a été le même au bout de la nuit pour le Stade Rennais, avec cet arrière-goût de « OK, le football français est incapable de remporter la moindre série de tirs au but, c’est ça le truc ? ». Mandanda aurait pu profiter des tentatives non cadrées de Bondar et Sikan, qui ont miraculeusement remis les Bretons dans le coup (de 1-3 à 3-3). Mais non, Doku, Meling et Ugochokwu ont tous trois échoué au bout de la nuit (2-1, 4-5 t.a.b). Avant cela, les hommes de Bruno Genesio avaient en pratique fait le plus dur en renversant la défaite (2-1) de l’aller grâce à Toko Ekambi (1-0, 52e) et Salah (2-0, 106e). Mais le but contre son camp du jeune défenseur Jeanuël Belocian (18 ans), en larmes et « dévasté » (dixit son coach), à une minute de la fin de la prolongation, a empêché la qualif (2-1, 119e).
Vainqueur : Avouez que les supporteurs rennais sont ceux qui ont le moins bien dormi après ce csc. On n’oublie pas le scénario de Nantes-Juve, qui a totalement empêché la Beaujoire de vibrer, mais la détresse de Belocian quasiment au buzzer, plus la dramaturgie d’une série de tirs au but relancée, mais qui ne tourne jamais du bon côté (ou presque) pour les équipes tricolores, ça reste au-dessus.
- A qui la pire réaction d’après-match ?
Comme souvent dans leur campagne européenne au-delà de leurs ambitions, Antoine Kombouaré et les Nantais ont bien analysé leur rencontre. « On n’a pas été à la hauteur de l’événement, il n’y a rien à dire, a soufflé l’entraîneur des Canaris. On a tous raté notre match. Il n’y a pas de frustration, pas de déception, parce que la Juve nous a été supérieure. » Froid et réaliste, RAS.
Côté ASM, qui avait le plus gros avantage par rapport au match aller et qui pouvait nourrir des rêves d’épopée, on s’attendait à un coup de gueule de Philippe Clement. Ça a été tout le contraire : « Je suis déçu, comme tous ceux qui aiment Monaco. Mais je suis plus fier que déçu. Depuis quatre mois, il y a eu des moments fantastiques, j’ai déjà été très fier d’eux ». OK, donc la plus grosse fierté de la saison du coach monégasque est d’avoir été sorti par le 10e du championnat allemand après l’avoir emporté à l’extérieur. Ah et petit bonus à la sauce Deschamps : « Une séance de tirs au but, c’est le casino ». Le jeudi soir, il pourra désormais s’entraîner sereinement avec ses joueurs au véritable casino de Monte-Carlo.
Les supporteurs lyonnais n’ont pas pu s’empêcher d’esquisser un sourire dans la nuit, en découvrant la réaction de Bruno Genesio, après avoir eu droit là aussi à un prévisible « Les tirs au but, c’est une loterie, donc je ne veux même pas en parler ». « J’ai dit à mes jeunes que j’ai été fier d’eux, a ainsi glissé l’ancien coach de l’OL. Des matchs comme ça vont nous faire grandir. On a fait plein de bonnes choses dans cette compétition, mais pour exister dans ces compétitions, il faut aussi un peu d’expérience. On ne peut pas non plus envisager d’avoir des ambitions très élevées avec des très jeunes joueurs. »
La sempiternelle excuse de la jeunesse côté Genesio, alors qu’un habituel taulier défensif comme Arthur Theate (22 ans) a passé la rencontre sur le banc comme Joe Rodon (25 ans). De même, Flavien Tait (30 ans) n’est entré en jeu qu’en fin de rencontre, lorsque l’international croate Lovro Majer (25 ans) avait déjà fait les frais du coaching d’un Genesio dans le dur, pour être remplacé à la 71e minute par Lesley Ugochukwu (18 ans), malheureux dans la séance de tirs au but. Il y a des jours comme ça où tout ne va pas pour le mieux, il y a des jours où tout part en c…, tout coule.
Vainqueur final : Si Philippe Clement empoche la palme de la pire réaction avec l’AS Monaco, le Stade Rennais de Bruno Genesio mérite de boucler en tête ce Top of the flops de Ligue Europa.


















