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Holger Rune a complètement bluffé son monde à Bercy (et Djoko le premier)

Tournoi de Paris-Bercy : « Maturité et pugnacité »... Holger Rune a complètement bluffé son monde (et Djoko le premier)

tennisA seulement 19 ans, le joueur danois est parvenu à renverser Novak Djokovic dans une finale bien mal embarquée
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Holger Rune a remporté dimanche le Rolex Paris Masters en battant en finale Novak Djokovic.
  • Une sacrée performance pour le Danois de 19 ans, qui disputait là sa première finale à ce niveau, qui plus est face à l’un des meilleurs joueurs de l’histoire.
  • Membre de la génération 2003 comme Carlos Alcaraz, Rune, désormais 10e mondial, s’annonce comme l’une des sensations de prochaine saison.

Encore un à qui il ne faut pas parler d’âge. A 19 ans – puisqu’il faut bien poser le décor quand même –, Holger Rune vient de vivre la semaine de sa vie à Bercy. Après avoir sauvé trois balles de match au premier tour contre Stan Wawrinka puis sorti quatre membres du top 10 lors des suivants (Hurkacz, Rublev, Alcaraz, Auger-Aliassime), le Danois a renversé Novak Djokovic ce dimanche pour s’offrir le premier Masters 1000 de sa carrière. A son premier essai. « C’est une sensation incroyable, un rêve qui se réalise. C’est dur d’exprimer ce que je ressens », lâchait-il une heure après avoir soulevé le trophée, le sourire vissé sur sa petite bouille d’ange.


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Ne pas se fier aux apparences, évidemment. Holger Rune est du genre vorace, comme ces petits animaux auxquels on tend la main pour rigoler et qui finissent par vous bouffer les doigts. Même le Serbe, pourtant pas le perdreau de l’année avec ses 21 titres du Grand Chelem en 20 ans de circuit, s’est laissé abuser. « J’ai été bluffé par sa pugnacité, a salué Djoko. Il est toujours resté impassible pendant tout le match. Pour quelqu’un d’aussi jeune, de montrer cette maturité dans un match comme celui-ci, c’est impressionnant. Il a été brave, il l’a mérité. »

Toujours dans la prise de risques

Il n’est pas le seul à avoir été épaté. A 0-40 dans le premier jeu du deuxième set, après avoir cédé le premier en 30 minutes, on ne donnait pas cher de sa peau. A 3-1 contre lui dans la dernière manche après avoir offert le break sur un plateau à son adversaire sur une double faute, on avait carrément commencé à graver le nom de Djokovic sur le trophée. « J’ai essayé de rester dans l’instant présent, a simplement expliqué l’intéressé. Il fallait que j’accepte de perdre des jeux face à un joueur comme lui, un des meilleurs du monde. »

Surtout, il a continué à prendre des risques, tentant plus d’une fois (et ratant plus d’une fois) des deuxièmes balles de service à 200 km/h. Sa façon à lui de rester dans le match, de sauver six balles de débreak à 5-4 dans la dernière manche, pour aller cueillir le titre sur un ultime passing dans les pieds de Djokovic. Désarmant.

Djoko se reconnaît un peu dans ce petit teigneux

Voilà donc Holger Rune, 103e mondial en début de saison, s’installer dans le top 10 à partir de lundi. Titré à Stockholm et finaliste à Bâle avant de débouler à Bercy, il reste sur trois semaines exceptionnelles qui n’augurent que du bon pour la saison prochaine. Patrick Mouratoglou, présent dans le staff du Danois auprès du coach Lars Christensen depuis quelques mois (mais qui connaît le loustic depuis tout jeune), estime que son poulain a trouvé deux choses indispensables pendant cette séquence :

« Déjà, il réussit mieux à gérer ses émotions, c’est ça qui lui permet de gagner cette semaine. Il a des capacités mentales hors-norme, mais il n’avait pas la gestion émotionnelle pour aller les chercher. Maintenant, il peut. Ça se voit à sa manière de trouver des solutions, de sortir trois grosses premières quand il est mené 0-40. Ce ne sont pas des choses qu’on voit tous les jours. Deuxième chose, son jeu est plus structuré. C’est dur d’être stable dans un match, dans une saison, quand on n’a pas une vision claire de son jeu. Avant, il était dans les extrêmes, hauts ou bas, et ça durait longtemps. C’est plus ordonné aujourd’hui, ça lui permet de franchir ces étapes. » »

En attendant de savoir s’il jouera le Masters de fin de saison à Turin (il est premier remplaçant), Rune peut déjà se tourner vers la suite. Elle a tout pour être flamboyante, avec son pote de la génération 2003, Carlos Alcaraz. « Les deux ont des similitudes, cette énergie sur le court, cette motivation, cette volonté de bien faire, énumère Djoko, qui avoue se reconnaître un peu dans le teigneux Holger Rune. Ce sont des joueurs déjà très complets pour leur âge, et surtout très présents mentalement. »

Mouratoglou, lui, pointe les prochaines étapes à franchir. « Il est 10e mondial, c’est super, mais ce n’est pas son ambition. L’important, ce n’est pas le niveau de jeu sur un tournoi, mais le niveau de jeu moyen. Il est plus haut qu’il y a quelques mois, mais on doit le monter encore, dit l’ancien coach de Venus Williams. Sa marge de progression est encore énorme. » Après le succès d’Alcaraz à l’US Open, Juan Carlos Ferrero avait estimé que son poulain était à 60 % de son potentiel. « Lui est à 50 % », a répondu en se marrant Mouratoglou à un confrère qui le lançait sur la comparaison. Sûrement pas la dernière fois qu’on joue à ce petit jeu avec ces deux-là.