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La baston Rune-Alcaraz, déjà l’image du tennis de demain ?

Tournoi de Paris-Bercy : La baston Rune-Alcaraz, déjà l’image du tennis de demain ?

tennisLe quart de finale entre Carlos Alcaraz et Holger Rune, symboles à 19 ans de la nouvelle génération montante, a tourné en faveur du Danois ce vendredi à Paris
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Holger Rune a battu Carlos Alcaraz ce vendredi en quart de finale du Rolex Paris Masters.
  • L’affrontement entre les deux joueurs de 19 ans, symboles de la génération en train d’arriver au sommet du tennis mondial, était très attendu.
  • S’il a tourné plus court que prévu en raison de l’abandon d’Alcaraz lors du tie-break du 2e set, il n’est sans doute que le premier d’une longue série.

De notre envoyé spécial à Bercy,

L’affrontement, âpre, méritait une autre fin. Mais les abdominaux de Carlos Alcaraz, qui commençaient à siffler depuis quelques jeux, ont poussé leur propriétaire à dire stop au début du tie-break du deuxième set, ce vendredi face à Holger Rune en quart de finale du Masters 1000 de Paris-Bercy. Dommage, car on avait alors la sensation que cette rencontre entre les deux caïds de 19 ans allait encore monter en pression, tant les jeux précédents avaient été disputés… et que Rune semblait de plus en plus proche de laisser exploser la cafetière. Le Danois, ébouriffant lors du premier set remporté 6-2, s’agitait toujours plus entre les points à mesure qu’il voyait le numéro 1 mondial revenir dangereusement dans ses standards pour, peut-être, l’embarquer dans une troisième manche indécise.

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Frustrant, donc, pour les quelque 14.000 spectateurs de l’Accor Hôtel Arena et les suiveurs. Mais instructif aussi, puisque l’espace d’une bonne heure et demie, on a quand même pu se faire une idée de ce à quoi ressemblerait le tennis de demain. Les deux surdoués, nés en 2003 à une semaine d’intervalle, sont bien partis pour ringardiser une génération qui n’a même pas eu le temps d’arriver au sommet. La fameuse « next gen » représentée par Medvedev, Zverev, Tsitispas et Berrettini (25-26 ans), mise en scène par l’ATP pour rappeler au public qu’il y aurait une vie derrière l’éternel Big 3, est en train de perdre la bataille de la succession - même si le Russe a réussi à gratter un titre du Grand Chelem.

Fin octobre, Holger Rune et Lorenzo Musetti, tout juste un an de plus que ses deux compères et présent lui aussi en quart à Paris, se sont imposés à Stockholm et Naples en battant respectivement Tsitsipas et Berrettini en finale. Une coïncidence, peut-être. Ou alors un vrai signe. Rune, 103e mondial en début de saison, a déboulé comme un avion dans le top 20. Et que dire de Carlos Alcaraz, avec ses deux Masters 1000 remportés et surtout sa victoire à l’US Open qui a fait de lui le plus jeune numéro 1 de l’histoire.

« Il veut que ce soit lui le patron »

Le point commun des deux comètes, une tête dure comme de l’acier, qui ne laisse transpirer aucune inhibition. Ils ont grandi avec l’idée de torpiller tous ceux qui se mettraient sur le chemin, et ils l’assument. « Ce qui est beau chez Alcaraz, c’est qu’il a déjà l’air en place dans sa tête. C’est normal pour lui de gagner, nous confiait un Yannick Noah admiratif au détour d’une interview avant le dernier Roland-Garros. On a vu arriver en quelques mois le nouveau champion des prochaines années. » Moins exposé pour le moment, Rune a les armes pour l’accompagner au sommet.

Patrick Mouratoglou, qu’on a vu très actif dans le box du Danois vendredi, vient d’intégrer son staff pour l’aider à franchir les dernières marches. Interrogé par Tennis Majors le mois dernier, il s’est dit bluffé par la maturité de son nouveau poulain. « Il a l’ambition d’être numéro 1 et il ne dit pas ça en l’air, a-t-il remarqué. C’est un joueur qui crée ses propres opportunités, il fait en sorte que les choses dépendent de lui. Il ne laisse pas l’adversaire être le patron sur le court, parce qu’il veut que ce soit lui le patron. »


Un caractère bien trempé qu’il lui faudra toutefois apprendre à canaliser. Agité, presque volcanique, Rune s’est déjà fait sa petite réputation sur le circuit. Stan Wawrinka ne s’est pas privé de lui faire la leçon au terme du bouillant tie-break qui avait scellé leur premier tour (4-6, 7-5, 7-6), en lui conseillant « d’arrêter de faire le bébé sur le court ». Son comportement avait également été pointé du doigt par Casper Ruud à Roland. Ce à quoi le gamin de Gentofte avait répondu dans un journal local : « Regardez Roger Federer, jeune, il était peut-être 40 fois pire que moi, et il est l’un des joueurs les plus aimés du circuit, donc je pense que j’ai tout le temps d’améliorer mon image. »

« C’est excitant »

La différence de personnalité avec un Carlos Alcaraz nettement plus placide fera peut-être le sel de leur rivalité en devenir. En tout cas, sur le grand circuit. Car en réalité, cela fait déjà des années que ça dure, depuis leur premier affrontement à l’âge de 11 ans. « Je l’ai battu, il m’a battu, c’est très bien que deux jeunes comme nous émergent tôt et continuent comme ça. C’est excitant, on se tire vers le haut », observait Rune dans L’Equipe ce vendredi.

En attendant de retrouver l’Espagnol la saison prochaine, il va se coltiner samedi en demi-finale Felix Auger-Aliassime, que l’on peut associer à cette « baby gen » avec ses 22 ans. Attention, tout ce petit monde est encore loin d’être installé. De l’autre côté du tableau, papy Djoko, qui a boulotté Musetti en une heure en début de soirée (6-0, 6-3), est toujours solide au poste.