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Le tennis à 3 heures du matin à Bercy, est-ce bien raisonnable ?

Tournoi de Paris-Bercy : Le tennis à 3 heures du matin, est-ce bien raisonnable ?

TENNISEpuisé par un 16e de finale terminé au milieu de la nuit, Corentin Moutet n’a pas pesé lourd face à Tsitsipas, victime de la nouvelle mode de lancer les matchs de plus en plus tard
Julien Laloye

J.L.

L'essentiel

  • Mercredi soir, le dernier match du tournoi de Bercy s'est terminé à trois heures du matin, impactant la récupération des joueurs concernés.
  • Corentin Moutet, de retour sur le court après une nuit blanche, en a subi les conséquences face à Stefanos Tsitsipas.

De notre envoyé spécial à Bercy,


Fin de soirée presque décevante jeudi à l’Accor Arena de Bercy. Il était à peine 23 heures que ce brave Carreno-Busta garait déjà le camping-car, rossé par le très américain Tommy Paul (casquette à l’envers, dégaine de skateur californien, coup droit exagéré à la Jim Courier). Heureusement que la RATP ne fait circuler ses métros qu’entre 11 heures et 13 heures ces temps-ci, sans quoi on serait presque rentrés tôt. Rien à voir avec la veille, quand les plus acharnés avaient porté Corentin Moutet jusqu’à 3h03 du matin, précisément. Comme dirait Ségolène, il serait temps de penser à mettre du tennis en prime-time et pas au milieu de la nuit, même chez les hommes.


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Nuit blanche pour Moutet

On rigole, mais demandez son planning à Coco Moutet, qui a disposé d’à peine 16 heures de repos avant de rentrer sur le court jeudi soir, à 19h30. « Je me suis endormi 5h30, enfin je ne dormais même pas, je ne faisais que penser au match, j’avais pris du café pour me tenir éveillé donc je n’arrivais pas à dormir, c’était plutôt micro-sieste par micro-sieste. J’ai essayé de faire comme d’habitude, avoir mon échauffement tennis, physique, respecter les repas… Je n’ai pas pu manger après mon match hier, tout était fermé. C’était vraiment compliqué, c’est une des premières fois que ça m’arrive, donc voilà, c’est sûr qu’au réveil, je n’étais pas frais. Pas vraiment de courbatures, c’était plus une fatigue de fond ».

Trois fois rien, pour être honnête. Quelques micro-secondes de retard sur les démarrages, des déplacements un poil plus lourds, des chips défensifs qui arrivent un coup plus tôt, et une défaite honorable mais logique contre un joueur du calibre de Tsitsipas, qui avait pu reposer les chevaux dès la mi-journée, mercredi (6-3, 7-6). Notez que le Français, lâché par la Fédé qui vient de lui sucrer son entraîneur, aurait pu mettre une ou deux cartouches à l’organisation, au moins pour le plaisir. Mais il se passe la même chose à Bercy qu’ailleurs : on joue de plus en plus tard, et tant pis pour l’équité sportive ou l’intérêt des spectateurs, qui ont une vie le lendemain, en général.



Des spectateurs livrés à eux-mêmes à Roland

Ainsi, à Roland-Garros, les touristes ont pu découvrir le charme d’être lâchés dans la nature à 2 heures du mat’, sans un métro à l’horizon. 20 minutes, comme de nombreux médias, s’était fait l’écho de taxis plus rares qu’un joueur tricolore en deuxième semaine, quand ils ne proposaient pas des courses à des prix prohibitifs pour quelques kilomètres. On se demande d’ailleurs si les braves spectateurs du tournoi d’Acapulco n’avaient pas été plus chanceux, en février dernier, quand Zverev avait levé les bras à 4h54 du matin, record battu, en attendant pire. A cette heure-ci, la vie reprend et les transports publics avec, finalement.

« « En tant qu’organisateur on sait que ça peut arriver. On ne connaît jamais la durée des matchs, s’il y a un abandon ça fait un trou, si un match dure une heure il y a de l’avance, tente de justifier Marc Gicquel, directeur sportif du tournoi de Rennes. C’est quand même rarissime qu’il y ait autant de matchs de suite qui durent trois heures dans un tournoi sur indoor. Après, la télé a ses demandes. Elle veut un match phare en soirée, les derniers français en lice, ça fait beaucoup de paramètres à imbriquer ». »

On serait tentés de répondre que les diffuseurs ont bon dos. C’est le circuit lui-même qui semble s’être lancé dans une course à l’échalote de celui qui arrivera à proposer 24 heures de tennis d’affilée ou pas loin, même si certaines mesures ont été introduites pour éviter les matchs infinis en Grand Chelem. A,titre d'exemple, personne ne demandait à Roland-Garros autre chose qu’un toit et à la rigueur des projos pour pouvoir terminer les matchs de la fin d’après-midi, et voilà qu’on se retrouve avec des sessions de nuit à l’américaine qui proposent des journées interminables.

A quand 24h de tennis d’affilée ?

Ce qui représentait une particularité discutable de l’US Open, où la moitié des spectateurs se tire à la moitié du match pour rentrer avant l’aube, est devenu la norme, sans qu’on voie vraiment qui y gagne, à part l’organisateur et sa double billetterie. 154.000 billets vendus pour l’édition 2022, 3.000 de plus qu’en 2019, l’année record à Bercy, se réjouissait Cédric Pioline, nouveau boss du tournoi de Bercy, avant les premiers coups de raquette.

Ceux qui ont accompagné Coco Moutet jusqu’à une heure indécente, étaient-ils toujours ravis d’avoir partagé un moment privilégié avec le tennis, quand il a fallu trouver un moyen de retourner à la maison, dans le froid parisien d’une nuit d’automne ? On a failli demander à Morgan Parra, aperçu au hasard de la foule. Le temps qu’on revienne s’installer, l’ancien demi de mêlée du XV de France avait disparu. En voilà au moins un pour qui ça n’a pas piqué au réveil.