US Open : Aura-t-on droit à quinze ans de règne de Carlos Alcaraz, nouveau plus jeune n°1 mondial de l’histoire ?

TENNIS Le prodige espagnol de 19 ans est devenu numéro un mondial dimanche soir, après avoir remporté Flushing Meadows contre Casper Ruud

Jérémy Laugier
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Carlos Alcaraz embrasse pour la première fois un trophée du Grand Chelem. Est-ce une image à laquelle il faudra s'habituer ?
Carlos Alcaraz embrasse pour la première fois un trophée du Grand Chelem. Est-ce une image à laquelle il faudra s'habituer ? — Larry Marano / SIPA
  • Carlos Alcaraz a remporté dimanche soir son premier titre en Grand Chelem, en battant en finale de l’US Open Casper Ruud (6-4, 2-6, 7-6 (7/1), 6-3).
  • Le prodige espagnol de 19 ans devient du même coup le plus jeune numéro un mondial de l’histoire.
  • Est-ce le début d’un très long règne pour celui qui a notamment montré un mental à toute épreuve durant quinze jours à New York, avec pas moins de 23h40 passées sur le court.

Sera-t-on subjugué, en septembre 2037, de voir Carlos Alcaraz soulever le 30e Grand Chelem de sa carrière à Flushing Meadows ? Cet instant tennis fiction semble presque incontournable ce lundi matin, tant son premier sacre majeur glané la nuit dernière à l’US Open contre Casper Ruud chamboule tous les passionnés de balle jaune. Car Carlos Alcaraz est du même coup devenu à 19 ans, 4 mois et 6 jours, le plus jeune numéro un mondial de l’histoire, en surclassant un record remontant à 2001, celui de l’Australien Lleyton Hewitt (20 ans, 8 mois et 26 jours). 

L’identité du prédécesseur pour ce record de précocité pose forcément une question : le jeune Espagnol sera-t-il une comète capable de rafler deux Grand Chelems en un an puis de rentrer dans le rang ? Ou tient-on le maître de l’ATP en puissance pour les 15 prochaines années, parfait alliage des trois monstres Federer-Nadal-Djokovic ? 20 Minutes se penche sur trois éléments pour tenter de se projeter sur l’après « Big 3 », qui n’a jamais été aussi proche qu’après cet US Open.

Un physique et un mental (déjà) à toute épreuve ?

De ses premiers pas remarqués en 2021 (déjà un quart à l’US Open) à son premier Masters 1000 remporté à Miami en avril dernier, puis à ses succès majeurs en mai à Madrid contre Rafael Nadal et Novak Djokovic, on a toujours été impressionné par le physique et le mental du gaillard. « Quand il est arrivé dans notre académie, il avait 15 ans, il était fin comme un spaghetti, rappelle son entraîneur Juan Carlos Ferrero. Nous avions remarqué qu’il avait des bras et des jambes très rapides, mais il n’avait pas de muscles, ni dans le dos, ni dans les jambes. » Ce constat a bien changé, et on ne va pas au bout de son rêve par hasard quand on doit batailler pendant quasiment une journée cumulée sur les courts (23h40 de temps de jeu sur cet US Open, là aussi un record en Grand Chelem). Son adversaire en finale Casper Ruud décrypte bien le phénomène.

J’ai essayé de profiter de sa fatigue accumulée [cinq sets contre Cilic, Sinner et Tiafoe]. Mais il est jeune, il récupère vite et il avait même l’air plus frais que jamais. Sa mobilité est une de ses nombreuses armes. Il est très rapide. Il peut atteindre des balles comme personne. Ce sport est devenu si exigeant physiquement. Je pense que Novak Djokovic et Rafa Nadal ont mis la barre haute sur cet aspect, et Carlos est une sorte de mélange des deux. »

Un sacré compliment auquel il faut ajouter un mental d’acier dans les moments clé, ce qui augure un avenir radieux. Illustration en finale, à un set partout, lors du tournant d’un choc sur le point de basculer en faveur du Norvégien, quand ce dernier menait 6-5. Malgré l’enjeu étouffant d’une première finale en carrière, Carlos Alcaraz a trouvé les moyens de sauver deux balles de set, d’haranguer la foule dans la foulée, et de se promener dans le tie-break (7-1) derrière. Et ce alors qu’il avait jusque-là perdu ses quatre jeux décisifs disputés à New York. Ne parlez pas d’âge au prodige ibérique.



Quelle est la marge de progression d’Alcaraz ?

La déclaration dimanche soir de Juan Carlos Ferrero a dû faire froid dans le dos à tout le circuit professionnel. « Je pense qu’il est à 60 % de son potentiel, a ainsi confié le vainqueur de Roland-Garros en 2003. Il peut encore améliorer beaucoup de choses. Une fois qu’on est numéro un, ce n’est pas fini. Il faut continuer de travailler, de jouer à très haut niveau et de gagner. Il le sait, je le sais et je serai toujours tout près de lui pour le lui rappeler. » Au vu de la qualité de sa quinzaine new-yorkaise, le garçon n’affiche pas des masses de défauts dans son jeu, à la fois spectaculaire et pragmatique, même s'il lui arrive encore de dégoupiller en plein match dans des situations où le public pousse fort contre lui, comme face à Gaston l'an passé à Bercy ou contre Paul à Cincinnati cet été.

Lorsque ses coups de patte sur amorties sont en berne, comme en finale dimanche, le nouveau boss du tennis mondial n’a par exemple pas hésité à zapper cette facette de son jeu pour remporter le quatrième set avec autorité. Sur le sujet de ses progrès encore à effectuer, Carlos Alcaraz s’est fendu à chaud d’une réponse bien sobre et réfléchie : « J’ai une grande marge de progression du point de vue du mental, du tennis, du physique, de tout ». On n’a pas l’impression d’avoir affaire à un jeune homme ayant obtenu une double consécration, n’est-ce pas ?

Trop jeune pour durer ?

Rassurez-vous, le gamin d’El Palmar, près de Murcie, garde une sacrée touche de fraîcheur, comme en témoigne sa première réaction dimanche. « C’est dingue, je n’aurais jamais imaginé y parvenir à 19 ans, sourit l’intéressé. Tout est arrivé si vite, j’en rêve depuis que je suis enfant, depuis que j’ai commencé le tennis. C’est incroyable de laisser une trace dans l’histoire, mon nom. » Mais ce titre ultime pas encore réellement savouré, Carlos Alcaraz a donc vite basculé en conférence de presse sur la voie à suivre pour perdurer sur le toit du tennis mondial.

Ce qu’a réussi le Big 3 [Federer, Nadal, Djokovic], à savoir se maintenir à ce niveau pendant 20 ans, est encore plus difficile. Je ne veux pas me comparer à eux, je les admire. Mon premier titre en Grand Chelem et la place de numéro un sont arrivés très vite, mais je ne dois pas stagner ou rester dans ma zone de confort. Je dois progresser, continuer et continuer de travailler dur. Je veux rester au top de nombreuses semaines, j’espère de nombreuses années. »

Il va trouver pléthore de talents sur sa route pour contrecarrer cette ambition, malgré la fin de règne quasi actée du trio légendaire composé de Rafael Nadal (36 ans et recordman actuel avec 22 Grand Chelems), Novak Djokovic (35 ans) et Roger Federer (41 ans). Mais la nouvelle vague, agrémentée de sa pincée de jeunes-vieux redoutables dans leurs bonnes périodes, a sacrément belle allure, quand on voit notamment les performances sur cet US Open de Casper Ruud (23 ans), Jannick Sinner (21 ans), Frances Tiafoe (24 ans), Nick Kyrgios (27 ans) ou encore Karen Khachanov (26 ans). « Ce que Carlos a déjà accompli est impressionnant, et c’est parfois dur de croire qu’il n’est qu’un adolescent, souligne un Casper Ruud admiratif. Mais c’est le cas, il est un de ces rares talents qui apparaissent de temps en temps dans le sport. »


Il y a d’ailleurs comme un air de passation de pouvoir inévitable (et 100 % espagnol) dans le tweet de Rafael Nadal pour « Carlitos » : « Félicitations pour ton premier titre du Grand Chelem et pour ta place de numéro un, qui est l’aboutissement de ta première grande saison. Je suis persuadé qu’il y en aura beaucoup d’autres ». Les changements sur le trône royal étaient décidément le thème de la semaine.