Roland-Garros : Holger Rune, l'autre crack de la génération Alcaraz

TENNIS Le Danois de 19 ans, qui dispute ce mercredi son premier quart de finale en Grand Chelem, est de la même génération que le prodige espagnol

François Launay (avec Antoine Huot)
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Holger Rune lors de son succès face à Tsitsipas
Holger Rune lors de son succès face à Tsitsipas — Alfonso Jimenez//SIPA
  • Holger Rune dispute ce mercredi son premier quart de finale à Roland-Garros face au Norvégien Casper Ruud.
  • Le Danois de 19 ans fait partie de la même génération que Carlos Alcaraz.
  • Les deux joueurs incarnent la nouvelle vague qui déferle sur Roland-Garros cette année.

A Roland-Garros

La vidéo date de 2017. Publiée lundi sur Twitter, on y distingue sans trop de problèmes les bouilles juvéniles de Carlos Alcaraz et Holger Rune se parler en plein match de double lors des Petits As de Tarbes. A l’époque, les deux gamins, alors âgés de 14 ans, n’étaient pas encore les monstres sans complexe qui ont marqué les esprits dans ce Roland-Garros.

Si l’Espagnol a fini par se casser les dents mardi en quarts contre Zverev (4-6, 4-6, 6-4, 6-7), le Danois peut encore rêver du dernier carré à condition de se défaire mercredi du Norvégien Casper Ruud, 8e joueur mondial. La suite bluffante mais finalement logique d’une montée en puissance au plus haut niveau.


« A cette époque, Rune avait de meilleurs résultats car Alcaraz était trop joueur »

Cinq ans après le double des Petits As, le Croate Lovre Erceg, l’un des deux adversaires de ce match remporté 6-2, 6-4 par les deux génies, se souvient. « Jusqu’à 15 ans, on a joué beaucoup de tournois ensemble. Mais après, ils ont fait un grand bond en avant dans leurs carrières. J’ai commencé à jouer contre Alcaraz en U10. On a tout de suite vu qu’il était à part. Il était déjà très rapide et utilisait beaucoup les amorties. Mais à cette époque, Rune avait de meilleurs résultats car Alcaraz était trop joueur », assure celui qui n’a pas vu sa carrière décoller aussi vite que l’Espagnol et le Danois.

Pourtant en 2022, la tendance s’est inversée. Des deux joueurs âgés de 19 ans, si Rune a été sacré champîon du monde juniors il y a trois ans, c’est bien Alcaraz qui aura été plus précoce chez les grands. Vainqueur cette année de deux Masters 1000 (Miami, Madrid) et des tournois de Rio et Barcelone, l’Espagnol, 6e joueur mondial, a même débarqué avec la pancarte de gros outsider à Paris avant d’être éliminé mardi soir en quarts de finale.

Condamné à une amende pour propos homophobes

Contrairement à Alcaraz, Rune est arrivé plus discrètement à Roland-Garros. L’an passé, son arrivée sur le circuit avait même provoqué une grosse polémique. En juin 2021, lors d’un tournoi challenger en Italie, le gamin a fait l’objet d’une enquête de l’ATP pour propos homophobes. En demi-finales contre l’Argentin, Rune s’était énervé en plein match et avait hurlé en danois à l’encontre de son adversaire : « Tu es un joueur de merde et tu joues comme un pédé ».

Des propos qui ont évidemment provoqué un tollé et poussé le Danois à s’excuser dans la foulée dans un communiqué et sur Instagram. « Je suis vraiment désolé si j’ai offensé qui que ce soit en employant des termes inappropriés. J’espère que les gens accepteront mes excuses et, bien sûr, cela ne se reproduira plus », avait écrit Rune, finalement sanctionné d’une amende de 1.500 euros.

Depuis cet incident, le gamin, qui s’entraîne dans le Sud dans l’académie Mouratoglou, a pris un peu plus de plomb dans la tête et a commencé à monter en puissance. Vainqueur fin avril de son premier tournoi ATP à Munich, le 40e joueur mondial a pris confiance. Avant de prendre la lumière Porte d’Auteuil en tapant en huitième de finale Stefanos Tsitsipas, finaliste l’an passé. De quoi provoquer l’enthousiasme de Cédric Pioline.

« Il y a un peu moins de lumière sur lui que l’Espagnol mais il fait un parcours magnifique. Il monte très fort également, il y a quelque chose qui s’est débloqué depuis pas longtemps, lors de sa victoire à Munich. Il a beaucoup de confiance, d’envie. J’aime beaucoup son attitude, son jeu, cette audace qu’il a sur le court », détaille l’ex-double finaliste français en grand chelem.

« Il a une telle énergie, une telle volonté de performer. On parle beaucoup d’Alcaraz dans cette génération mais Rune c’est un super joueur, qui frappe très fort », ajoute Marc Barbier, coach d’un Hugo Gaston dépecé au 3e tour par le Danois (6-3, 6-3, 6-3).

Un vent de fraîcheur sur le tennis

Que ce soit Rune ou Alcaraz, les témoins interrogés tombent tous en pâmoison devant leurs jeux spectaculaires. La force de la jeunesse selon Henri Leconte. « Ils font évoluer le jeu car ils n’ont peur de rien. Ils servent bien, vont au filet et attaquent. Ils se sont aussi rendu compte que l’amortie n’était pas un coup de défense mais bien un coup d’attaque. Ils en font peut-être un peu trop parfois mais ça déstabilise tout le monde. Il y a de l’insouciance, et l’insouciance, ça fait parfois des matchs fantastiques », s’emballe l’ancien vainqueur de la Coupe Davis.

Même excitation du côté de Cédric Pioline: « C’est formidable, il y a un vent de fraîcheur qui arrive. C’est génial pour le tennis ce mélange de joueurs anciens installés avec ces jeunes qui arrivent et qui bousculent tout. » Reste à savoir si le braquage du siècle est possible dès cette année. Alcaraz devra s’y reprendre l’an prochain pour faire sauter la banque. Mais Holger Rune a encore de sacrés arguments à faire valoir d'ici à dimanche pour atteindre son rêve de gosse.