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« Donner des émotions positives »… Les sportifs ukrainiens en mission

Guerre en Ukraine : « Donner des émotions positives »… Les volleyeurs et basketteurs ukrainiens sont en mission

SPORTAlors que la sélection ukrainienne de volley dispute actuellement les Mondiaux en Pologne, les basketteurs préparent l’Euro. Comme ils peuvent
Nicolas Stival

Nicolas Stival

L'essentiel

  • Alors que la guerre frappe toujours leur pays depuis l’invasion russe de février, les volleyeurs ukrainiens disputent les Mondiaux, pendant que leurs compatriotes basketteurs préparent leur entrée dans l’Euro, vendredi.
  • Au-delà des objectifs sportifs, volleyeurs et basketteurs veulent offrir du bonheur à leur pays meurtri.
  • Les sportifs qui évoluaient au pays jusqu’au début du conflit ont été contraints à l’exil, à l’image du basketteur Viatcheslav Bobrov, qui a terminé la saison à Nanterre.

Ce lundi soir, l’Ukraine joue une grande partie de son avenir dans le championnat du monde de volley contre la Tunisie à Katowice ( Pologne), après sa défaite initiale face au cador serbe (0-3). « On a un objectif sportif : sortir des poules », annonçait le sélectionneur (letton) Ugis Krastins, avant le début de la compétition. « Dans notre situation difficile, on veut aussi apporter de bonnes émotions au peuple et à l’armée d’Ukraine. »

Cruelle ironie de l’Histoire : la sélection doit sa première participation à des Mondiaux depuis 1998 à l’éviction de la Russie, sanctionnée pour avoir envahi le pays voisin. « Ce n’est pas comme cela que je voulais aller aux championnats du monde », souffle le capitaine Oleg Plotnitsky. « C’est très symbolique, mais nous avons été repêchés grâce à notre classement mondial, que nous avons bâti depuis cinq ans, précise Krastins. Nous avons travaillé pour cela. »

La sélection ukrainienne lors de son premier match du championnat du monde de volley contre la Serbie, le 27 août 2022 à Katowice, en Pologne.
La sélection ukrainienne lors de son premier match du championnat du monde de volley contre la Serbie, le 27 août 2022 à Katowice, en Pologne. - Lukasz Kalinowski / Shutterstock / Sipa

Pendant que les volleyeurs se trouvent déjà dans le vif du sujet, les basketteurs finissent de préparer leur Euro, qui commencera par un duel face à la Grande-Bretagne, vendredi à Milan. Sans surprise, le discours est similaire. « Nous souhaitons passer le premier tour et après on verra, rapporte l’ailier fort Viatcheslav Bobrov (29 ans). On ne jouera pas que pour nous, mais pour tous les Ukrainiens, afin de leur donner des émotions positives. »

La Lettonie, soutien indéfectible de l’Ukraine

Sa sélection reste sur trois défaites dans les éliminatoires de la Coupe du monde, les deux dernières face à l’Italie « à domicile » (89-97) puis en Islande (91-88), mercredi et samedi derniers. Les guillemets renvoient à la guerre qui ravage le pays, qui contraint ses basketteurs à installer leur camp de base et recevoir leurs adversaires à Riga, en Lettonie, chez leur entraîneur Ainars Bagatskis. C’est d’ailleurs dans ce même Etat balte que les volleyeurs dirigés par Ugis Krastins, lui aussi Letton, avaient commencé leur préparation aux Mondiaux, le 11 juillet. Un pays dont le Parlement n’a pas hésité le mois dernier à qualifier la Russie d'« Etat soutenant le terrorisme ».

Si Bagatskis a intégré début août ses deux joueurs de NBA, Alex Len (Sacramento Kings) et Sviatoslav Mykhailiuk (Toronto Raptors), il doit composer avec des joueurs au niveau de forme disparate, éprouvés par des derniers mois forcément très compliqués. « Avant la guerre, presque tout le monde jouait en Ukraine, reprend Bobrov. Aujourd’hui, il y a des joueurs en France, en Finlande, en République tchèque, en Espagne, en Turquie, en Lettonie… » Lui-même a fini la saison dernière à Nanterre à la suite d’un transfert express, précipité par les événements.

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Le 24 février, le natif de Donetsk, alors joueur de Dnipro, se trouvait à Cordoue avec ses coéquipiers de l’équipe nationale pour y affronter le soir même l’Espagne. Lorsqu’un coup de fil l’a alerté à 5 heures du matin. « Ma femme m’a appelé pour me dire que la guerre commençait. Elle a préparé quelques valises et a pris la route pendant 12 heures sans s’arrêter avec notre fils de 7 mois, jusqu’en Moldavie. »

Direction ensuite Bucarest puis Paris, où son mari l’a rejoint. « Laurent Foirest [assistant de Vincent Collet sur le banc des Bleus et coach des Béliers de Kemper en Pro B] , que j’avais connu quand je jouais à Quimper, m’a envoyé un texto pour me demander si j’étais disponible. Il m’a dit qu’il était en contact avec Philippe Da Silva (entraîneur assistant de Nanterre 92) et que le club voulait me faire signer. » Le 28 février, la transaction était officialisée.

Soutien logistique

Pour tous les sportifs évoluant en Ukraine, la saison a pris fin avec l’invasion russe, et les sélectionneurs nationaux ont dû composer avec ce fait. « Près de la moitié de mes 16 joueurs évoluaient au pays, glisse Ugis Krastins, l’entraîneur des volleyeurs. Mais au-delà de ça, beaucoup sont de Kharkiv [la deuxième ville du pays, près de la frontière russe], , où il y a des bombardements tous les jours. C’est compliqué pour eux, surtout les jours où ces bombardements sont encore plus intenses. Quelquefois, ils sont très touchés moralement. »

Le capitaine Oleg Plotnitsky (25 ans) n’est plus revenu dans son pays depuis septembre 2021. « Tu t’inquiètes toujours, même quand les bombardements ne touchent pas ta ville, explique le réceptionneur-attaquant de Pérouse, en Italie. C’est important d’aider les gens qui défendent le pays, de garder le contact. A Pérouse, il y a eu beaucoup d’initiatives lancées. J’essaie d’envoyer de la nourriture, du matériel pour bébés. »

Le championnat ukrainien de volley doit reprendre

Sous l’égide d’un assistant du sélectionneur originaire lui aussi de Kharkiv, des camions avec des générateurs électriques ont été envoyés au pays. Du côté de Nanterre, le basketteur Viatcheslav Bobrov a également participé à ce type d’initiatives, avec des compatriotes installés en France. « On a envoyé beaucoup de matériel à Kharkiv, de la nourriture pour les enfants, des couches, des habits… »

Parfois contraints à un exil brutal, toujours inquiets pour leurs proches restés au pays, volleyeurs comme basketteurs ukrainiens ont préparé leur compétition respective aussi bien que peut le faire une sélection dont le pays est frappé par les bombes. Tous louent la solidarité qu’ils ont rencontrée au fil de leurs pérégrinations des dernières semaines. Mais le destin des deux sports va bientôt diverger.

A l’image du championnat de football le 24 août, celui de volley doit reprendre, indique le sélectionneur Ugis Krastins. « Une ligue professionnelle entre huit équipes sera organisée sur un seul site, à Tchernivtsi, une ville relativement en sécurité près de la frontière roumaine », explique-t-il.

Des clubs de basket en exil

Du côté de la grosse balle orange, Viatcheslav Bobrov va aussi retrouver une équipe ukrainienne après l’Euro : le BK Boudivelnyk Kiev. Sauf que la formation, engagée dans les éliminatoires de la Ligue des champions, n’évoluera pas la saison prochaine dans la capitale de son pays. « Il y a des discussions avec la fédération italienne, indique l’éphémère joueur de Nanterre. Boudivelnyk avait la volonté d’évoluer en Pro A en France, mais des clubs n’étaient pas d’accord et on nous proposait de commencer par la Pro B. Or, le club voulait jouer au plus haut niveau. Un autre club ukrainien, Promethey, devrait être basé à Riga, en Lettonie. »

L’avenir de Bobrov et des Ukrainiens en général ressemble encore à un point d’interrogation. Ce qui n’empêche pas les certitudes, comme lorsqu’on interroge le basketteur sur la décision de la Fédération française de ne plus sélectionner d’éléments évoluant en Russie ou en Biélorussie. « C’est une décision juste de ne pas laisser des joueurs défendre les couleurs de terroristes qui tuent des gens normaux en Ukraine. »