Tennis : Cinq bonnes raisons de s’enflammer pour Caroline Garcia avant l’US Open

ET POURQUOI PAS? Dans un paysage tennistique français plus que morose, la résurrection de Caroline Garcia permet d’entretenir les rêves les plus fous… comme une victoire à l’US Open

Nicolas Stival
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Caroline Garcia après sa victoire en finale du WTA 1.000 de Cincinnati face à la Tchèque Petra Kvitova, dimanche.
Caroline Garcia après sa victoire en finale du WTA 1.000 de Cincinnati face à la Tchèque Petra Kvitova, dimanche. — Matthew Stockman / Getty Images / AFP
  • Avec trois titres décrochés cet été, Caroline Garcia est la joueuse la plus en forme du circuit.
  • Après avoir connu les affres de la blessure et du doute, l’ancienne 4e mondiale, 17e ce lundi, paraît plus solide que jamais.
  • Dans un tennis féminin toujours aussi indéchiffrable, la Lyonnaise de 28 ans peut caresser de très hautes ambitions pour l’US Open, qui commence lundi prochain.

A ce jour, seuls deux Français ont gagné l’US Open : les Mousquetaires René Lacoste (1926, 1927) et Henri Cochet (1928), à une époque que même Michel Drucker n’a pas connue. Aucune Tricolore n’a encore signé cet exploit, alors que la dernière victoire en Grand Chelem d’une de nos représentantes remonte au succès de Marion Bartoli lors de Wimbledon 2013. Autant dire que la suite de cet article peut paraître un brin culottée, surtout si l’on se souvient que l’an passé, aucun Français(e) n’avait été capable de franchir le troisième tour à New York


Et pourtant, Caroline Garcia s’avancera à partir de lundi prochain avec une belle pancarte de « favorite-outsider » dans le dos, après son été de feu, couronné par sa victoire lors du WTA 1.000 de Cincinnati, dimanche. Voici les raisons (non contractuelles) de croire en la désormais 17e mondiale, assurée d’être tête de série à l’US Open.

Parce que c’est la meilleure joueuse du moment

Quand la Lyonnaise de 28 ans a gagné fin juin le tournoi sur gazon de Bad Homburg, en Allemagne, l’ancienne quatrième mondiale a mis fin à une disette de trois ans. Depuis, celle qui n’était que 79e au classement WTA avant sa résurrection, est tout simplement inarrêtable. Elle cumule 26 victoires sur le circuit depuis juin – plus qu’aucune autre joueuse – et a remporté les tournois de Varsovie, sur terre battue, et, surtout, donc, celui de Cincinnati sur dur.

Dans l’Ohio, « Caro » est devenue la première femme à gagner un WTA 1.000 (le niveau juste en dessous des Grand Chelem) en sortant des qualifs, après avoir pourtant connu un retour délicat sur cette surface qui est aussi celle de l’US Open (défaite contre Alizé Cornet d’entrée à Toronto).

La coupe de la finaliste est moins moche.
La coupe de la finaliste est moins moche. - Matthew Stockman / Getty Images / AFP

« Il y a une chanson qui s’appelle The girl is on fire, c’est ça ? a lâché Petra Kvitova, victime de la Française en finale. C’est la meilleure manière de la décrire. » Il se dit même qu’ Alicia Keys prépare une version spéciale de Girl on Fire (le titre exact) en cas de victoire de la Lyonnaise à New York.

Parce que la hiérarchie reste floue

On pensait qu’Iga Swiatek allait reprendre le flambeau laissé par Ashleigh Barty après la retraite surprise de l’Australienne en mars, alors que Serena Williams n’est plus depuis longtemps que l’ombre d’elle-même et que le niveau de Naomi Osaka reste un mystère. Cependant, la Polonaise aux 37 victoires d’affilée en début d’année, impressionnante lauréate de Roland-Garros, est dans le dur depuis quelques semaines.

A Cincinnati, elle a plié les gaules dès les 8es de finale face à Madison Keys. Auparavant, elle avait été battue chez elle à Varsovie, et sur terre battue s’il vous plaît, par l’inévitable Caro Garcia, qui a aussi étêté à « Cincy » trois pensionnaires du Top 10 : Sakkari (3e), Pegula (8e) et Sabalenka (7e). Si l’on se penche d’ailleurs sur le sommet de la hiérarchie, aucune fille ne donne de gros gages de fiabilité, à commencer par Kontaveit, dauphine pas particulièrement flamboyante de Swiatek.

Comme Badosa (5e), la Polonaise a râlé contre les balles utilisées à l’US Open, les jugeant « horribles » et « très difficiles à contrôler ». Ça ne sent pas la grande sérénité.

Parce qu’elle a du style

Depuis toujours, Caroline Garcia choisit la solution offensive. Mais ce style à haut risque nécessite un physique et une confiance en béton, pour qu’un parpaing finisse dans le court (ou à la rigueur sur la ligne) plutôt que dehors. Or, cela n'a longtemps plus été le cas pour la Française, embêtée par diverses blessures. « Je me sens beaucoup mieux physiquement, en meilleure santé », a lâché le tube de l’été après son succès sur Kvitova, dimanche.

« Tout est plus clair dans ma tête », a-t-elle ajouté, alors qu’elle reconnaît avoir parfois eu du mal à ignorer les critiques qui ont accompagné des résultats en berne. « Nous avons clairement défini la façon dont je dois jouer et la direction que je dois prendre. Quand j’entre sur le court, je sais quel style de jeu je dois pratiquer. »

Avec sa préparatrice physique Laura Legoupil et son entraîneur Bertrand Perret, après son succès en finale du WTA 1000 de Cincinnati, dimanche.
Avec sa préparatrice physique Laura Legoupil et son entraîneur Bertrand Perret, après son succès en finale du WTA 1000 de Cincinnati, dimanche. - Dylan Buell / AFP

Depuis la fin de l’année dernière, la Lyonnaise, longtemps dirigée par son père, est entraînée par Bertrand Perret, qui avait officié auparavant notamment auprès de Paul-Henri Mathieu et de la Tunisienne Ons Jabeur. Elle est aussi accompagnée par sa préparatrice physique Laura Legoupil. Très affûtée, « Boum Boum » Caro tape toujours aussi fort, notamment au service. En 2022, elle a déjà frappé 286 aces. Un record, encore une fois.

Parce qu’elle a de l’expérience

« J’ai connu des marées hautes et des marées basses comme vous, comme vous, comme vous. » On ne sait pas si Caroline Garcia aime Patrick Bruel mais ces quelques paroles de l’entêtant Place des Grands Hommes lui vont parfaitement. Dès son plus jeune âge, elle a dû porter de lourdes attentes, encore accentuées par le fameux tweet d’ Andy Murray, qui lui prédisait en 2011 (elle avait 17 ans) la place de n° 1 mondiale, après ce que l’on appelait encore une « défaite encourageante » contre Maria Sharapova à Roland-Garros.

On a cru son heure arrivée en 2017, lorsqu’elle a remporté tour à tour les WTA 1.000 de Wuhan et Pékin, avant d’atteindre les demi-finales du Masters à Singapour. Et puis patatras… Mais Garcia peut tout de même afficher un palmarès et une expérience que pas mal de collègues lui envient, avec ses 29 succès sur le circuit en simple, la Fed Cup 2019 et ses deux Roland-Garros en double avec Kiki Mladenovic, le dernier au printemps dernier. « La route n’a pas été droite », « raffarine » la Lyonnaise, qui fêtera (déjà) ses 29 ans le 16 octobre. Il est temps de prendre le bon virage en Grand Chelem, où elle n’a jamais fait mieux qu’un quart de finale, à Roland-Garros, en 2017.

Parce que tout est possible à New York

Certes, Garcia n’a jamais pu se hisser plus haut qu’au troisième tour à l’US Open en 11 participations en simple. Oui, elle a baissé pavillon dès le deuxième match l’an passé face à la Kazakhe Elena Rybakina, qui a, depuis, remporté Wimbledon. Et alors ? Le circuit féminin connaît depuis plusieurs années l’ère des possibles.

Un langage corporel de gagnante.
Un langage corporel de gagnante. - Aaron Doster / AP / Sipa

L’an dernier, après le sacre inattendu de la Tchèque Barbora Krejcikova à Roland, la quasi-inconnue anglaise Emma Raducanu était sortie des qualifs pour gagner tous ses matchs en deux sets, y compris la finale contre la Canadienne Leylah Fernandez, autre invitée surprise. Un exploit encore jamais vu en Grand Chelem, reproduit donc la semaine dernière par Garcia, en WTA 1.000.

Le style flamboyant de la Française a tout pour conquérir le chaud public new-yorkais. Et si, malgré toute la solide argumentation déployée dans cet article, la magie n’opère pas ? Et bien, ce ne sera pas si grave après tout. « Je vais perdre des matchs, c’est évident, mais je pourrai m’en remettre si je me suis donnée à 100 %, si mon attitude était bonne », prophétisait « Caro » après son succès à Cincinnati. Mais bon, si l’inévitable défaite à venir pouvait encore attendre quelques semaines.