AS Monaco : « En Ligue 1, le joueur brésilien souffre un peu au début », confie Caio Henrique
INTERVIEW DU LUNDI•Caio Henrique est un des joueurs les plus réguliers de l’AS Monaco. Pour « 20 Minutes », il revient sur la bonne période monégasque et analyse le football françaisPropos recueillis par William Pereira
L'essentiel
- Chaque lundi, 20 Minutes donne la parole à un acteur ou une actrice du sport qui fait l’actu du moment. Aujourd'hui, le Monégasque Caio Henrique donne son analyse du football français.
- Le latéral brésilien fait partie des joueurs-clés de l'effectif de l'ASM.
- Sa 2e année en Ligue 1 est un franc succès, signe que son adaptation au football français est terminée.
Revoilà Monaco. Alors qu’on pensait le club du rocher un peu paumé après son élimination en Ligue Europa, le voilà qui se remet à rêver de qualification en Ligue des champions. Avec un calendrier favorable, les hommes de Philippe Clément ont encore une chance d’accrocher le podium en Ligue 1 et, mieux encore, la 2e place. Parmi les hommes forts de l’effectif monégasque, on retrouve Caio Henrique. Avec 31 titularisations, deux buts et sept passes dé, le Brésilien prouve que son adaptation au foot français est terminée. Pour 20 Minutes, il revient sur la forme de son équipe et de la Ligue des talents.
Quelle est votre analyse de cette bonne période de l’AS Monaco ? Le moment-clé, c’est la victoire contre le PSG ?
Oui. Avant le match contre le PSG c’était très compliqué. Les résultats ne suivaient pas jusqu’à cette élimination décevante en Ligue Europa. Le match contre Paris nous a redonné la confiance dont nous avions besoin. Après ce match, on a réussi à enchaîner et marquer des points importants. On est sur une séquence de six matchs sans défaite [huit, en réalité] et on va essayer de continuer comme ça.
Il s’est passé quelque chose après l’élimination en Ligue Europa ?
On a perdu un peu de confiance. C’était une compétition importante pour nous. On attendait beaucoup de nous en Ligue Europa, mais on a réussi à réagir rapidement. C’était important car à ce moment-là, on n’était plus trop dans la lutte pour l’accès aux compétitions européennes.
Qu’est-ce qui vous plaît dans ce que produit l’ASM en ce moment d’un point de vue du jeu ?
On a réussi à faire ce que le jeu demande, à s’adapter aux différentes situations. Il y a des matchs où on sait qu’on ne va pas avoir beaucoup le ballon et donc on défend plus bas, en essayant d’exploiter au maximum les opportunités de contre-attaque. On a été très intelligents sur cet aspect. Et puis, on a la chance d’avoir des joueurs en confiance et très libres de jouer sur leurs qualités.
Il y a aussi beaucoup de vitesse dans le jeu de transition, on l’a beaucoup vu contre Saint-Etienne notamment…
(Il coupe) Tout à fait, c’est ce que le coach nous demande. Il nous dit toujours de récupérer la balle au plus vite quand on la perd. Et quand on la récupère, il faut vite aller de l’avant pour profiter du moment où l’adversaire est déséquilibré par la perte de balle. Généralement, les adversaires sont sortis de leur camp et leurs lignes sont ouvertes dans ces moments. Et c’est là qu’on essaye de les piquer. En deux, trois touches de balle, on peut remonter le terrain, et c’est ce qu’on a bien su faire ces derniers matchs. En plus de ça, on est très réalistes devant les buts.
Justement en parlant de votre coach Philippe Clément, comment vous fait-il travailler ? Quelles sont ses méthodes ?
Les entraînements sont plutôt bons avec beaucoup d’intensité. Mais il nous donne aussi beaucoup de liberté dans notre manière de jouer. Il nous demande de prendre des risques et maintenant, c’est vraiment quelque chose qu’on a acquis.
A titre personnel, qu’est-ce qu’il attend de vous ?
Il me demande en phase défensive de presser l’adversaire, et sur la partie offensive, il veut que je prenne des risques. Il insiste sur le fait qu’on a les qualités pour oser et qu’à certains moments je dois prendre plus de risques. On se sent à l’aise.
C’est un conseil qui fait sens. Comme vous êtes milieu de formation, on sent que vous aimez parfois prendre part au jeu et parfois temporiser et jouer en meneur excentré, alors qu’il faut certaines fois déborder et centrer. C’est sur ce genre d’aspect que vous travaillez ?
Globalement, le fait d’avoir longtemps été milieu de terrain m’aide quand même beaucoup sur le côté. Aujourd’hui, être latéral demande des caractéristiques de milieu comme avoir un bon jeu long. J’ai fait plusieurs passes décisives grâce à cet aspect de mon jeu que j’ai développé à l’époque où j’étais milieu de terrain. Et puis, vu que j’ai toujours joué à gauche, même quand j’étais milieu, ça me facilite la tâche. Donc c’est surtout un aspect qui m’aide dans mon poste sur le côté de la défense.
Quelle est la différence entre jouer défenseur latéral au Brésil et en Ligue 1 ?
Principalement l’intensité. En Ligue 1, les attaquants sont très rapides et forts physiquement. Au Brésil, ce sont des joueurs plus techniques, physiquement moins denses. En Ligue 1, il faut être constamment attentif parce que nos adversaires recherchent toujours l’espace vide dans notre dos. Donc on doit être en permanence dans l’observation et la réaction.
On y réfléchit à deux fois avant de trop monter quand on est latéral en L1 ?
Exactement. En France tu dois savoir choisir le bon moment pour monter. Les attaquants sont très rapides, si tu montes tout le temps, ils vont te punir dans les espaces parce qu’ils savent très bien les exploiter. Donc si tu es négligent, tu peux facilement coûter un but à ton équipe.
Beaucoup de Brésiliens ont réussi en Ligue 1 mais d’autres ont aussi eu du mal. Quel est le niveau de compatibilité entre le joueur brésilien et le football français d’après vous ?
Le joueur brésilien doit chercher à comprendre le jeu le plus vite possible pour pouvoir s’adapter. C’est un championnat complètement à part. Par exemple si vous prenez le championnat espagnol, c’est plus technique, l’Italie, plus défensif. Ici, c’est plus physique, principalement quand tu vas jouer contre une équipe qui défend 90 minutes et ne va chercher que la contre-attaque avec des attaquants rapides.
« Tu n’as pas beaucoup de temps pour réfléchir et contrôler la balle. Le joueur brésilien souffre un peu avec ça au début. Au Brésil, tu as beaucoup d’espace, tu peux contrôler et avoir deux ou trois secondes pour faire ta passe. Ici, non. Tu n’as pas d’espace et donc tu dois prendre ta décision plus rapidement. »
La première touche est un peu intimidante dans le football français. Vous savez tout de suite qu’il y a un joueur derrière vous prêt à vous bouffer.
C’est tout à fait ça. Et puis ici les arbitres sifflent moins de fautes sur certains contacts. Donc il faut veiller à se sortir des zones difficiles très rapidement. Coup d’œil, contrôle, passe, parce qu’il y a toujours quelqu’un pour essayer de te voler la balle. Beaucoup d’équipes basent leur jeu sur ça en plus : te piquer rapidement le ballon, partir en contre et essayer de marquer. Ce pragmatisme, c’est une autre différence avec le foot brésilien.
Difficile de parler de football brésilien sans parler de Neymar. Vous avez été formé à Santos même si vous étiez plus jeune. Comment vous l’avez connu à l’époque ?
On le connaissait via le futsal, parce qu’il était déjà super connu dans la région grâce à ça même si on avait quatre ou cinq ans d’écart. Ensuite, il est monté avec l’équipe principale de Santos et on restait toujours au stade pour regarder les matchs. J’ai pas mal suivi ses débuts à l’époque. Pour les Brésiliens, c’est cool de jouer contre lui parce que c’est notre référence, c’est le meilleur joueur brésilien en activité.
Vous lui aviez déjà parlé du temps de Santos avant de jouer contre lui en L1 ?
Non, pas du tout, comme on a quatre ou cinq ans d’écart, on n’a pas eu l’occasion de se connaître avant. Mais j’ai enfin pu échanger un peu avec lui sur les derniers matchs qu’on a fait contre Paris, il m’a donné son maillot. Ça fait un bon souvenir.
Il y a une solidarité entre joueurs formés à Santos ?
Je ne sais même pas s’il sait que j’ai commencé à Santos aussi (rires) ! Mais il y a une vraie solidarité entre Brésiliens en L1. Ney est une référence pour nous, donc c’est sympa de jouer contre lui tout comme c’est sympa de jouer contre les autres grands joueurs du Paris Saint-Germain.
Justement puisque vous parlez des autres joueurs du PSG, en tant que défenseur, c’est comment de se farcir Mbappé ?
Roh… C’est difficile ! Mais tous, en fait. Les trois, quatre devant sont rapides et intelligents. C’est compliqué, si t’es pas attentif sur des matchs comme ça, c’est la punition. Tu n’as pas le droit à l’erreur, parce que sinon le ballon termine dans les pieds d’un de ces joueurs qui peuvent te plier le match en une action.
Question RH. Quelles sont vos ambitions pour le futur ?
Je suis tranquille ici à Monaco. C’est un grand club en France qui m’a ouvert ses portes à un moment où j’avais besoin de temps de jeu. Une ville avec un bon climat en plus (sourire), et une atmosphère très bonne pour la famille. La question du froid ne se pose pas ici par rapport à d’autres endroits en France. Ça aide à travailler. Mes ambitions sont d’aider Monaco à retrouver l’Europe. Et c’est sûr que si je fais les choses bien à Monaco, j’aurai une opportunité avec la Seleçao.
Vous pensez être observé par le staff du Brésil ici, à Monaco et en L1 ?
Bien sûr. Beaucoup de joueurs évoluant en L1 ont eu des opportunités en sélection. Paqueta, Gerson, Bruno Guimarães quand il était à Lyon. Donc si je fais bien mon travail ici, peut-être que j’aurai moi aussi une opportunité un jour.


















