Paris-Roubaix : « C’est tellement dur que tu ne sais pas si tu as envie d’y participer », assure Marianne Vos

CYCLISME La championne néerlandaise Marianne Vos sera l’une des grandes favorites de Paris-Roubaix, qui aura lieu samedi

Marianne Vos lors d'un entraînement avec la Jumbo-Visma.
Marianne Vos lors d'un entraînement avec la Jumbo-Visma. — Jean Bijl / Team Jumbo Visma
  • Chaque lundi, 20 Minutes donne la parole à un acteur ou une actrice du sport qui fait l’actu. Cette semaine, place à la cycliste néerlandaise Marianne Vos.
  • Triple championne du monde et championne olympique, la Néerlandaise est parmi les favorites de Paris-Roubaix, qui se tient samedi.
  • Ce sera seulement la deuxième édition de l’Enfer du Nord pour les féminines.

Marianne Vos a les cervicales solides. Il le faut pour supporter le poids de toutes les médailles gagnées durant sa carrière, une centaine, au bas mot, dont les titres sur route de championne olympique (2012) et de championne du monde (2006, 2012, 2013). Il le faut aussi face à la dureté des pavés de Paris-Roubaix qui attendent la Néerlandaise de 34 ans et tout le peloton, samedi, pour la deuxième édition féminine de l’Enfer du Nord. Entretien avec celle qui a toutes les qualités de Wout Van Aert, Primoz Roglic, Rohan Dennis et Christophe Laporte, qui sont dans la même équipe qu’elle, réunies.

L’année dernière, avant Paris-Roubaix, beaucoup de coureuses avaient évoqué la peur d’affronter ces pavés pour la première fois. Qu’en était-il pour vous ?

C’était de l’excitation et de la peur en même temps, peut-être que le mot peur est un peu exagéré. Mais tu sais au départ que ça va être une course difficile, dure. Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de coureuses qui ont envie de se faire les pavés tous les jours. Durant la course, tu restes concentrée secteurs pavés après secteurs pavés, tu sais ce que tu as à faire, tu t’es préparée pour. Tu sais que ça va être dur, mais c’est ce qui fait que cette course est si spéciale.

En entrant dans le vélodrome, tu ressens quand même un gros soulagement et tu es contente d’être là, surtout que moi, l’année dernière je me suis battue pour la gagne [elle a fini deuxième]. C’est l’une des plus grandes courses de l’histoire du cyclisme. Et c’était génial d’en faire partie pour la première fois la saison dernière.

Est-ce la course la plus dure du calendrier ?

C’est compliqué à dire. Les pavés sont vraiment compliqués, tu peux te rendre la course plus facile, mais après ce sont les coureuses qui font la course. Paris-Roubaix reste une de mes courses favorites, mais c’est tellement dur que tu ne sais pas vraiment si tu as envie d’y participer. Quand tout se passe bien, que tu as de la chance, pas de problèmes mécaniques, tu peux vraiment passer une bonne journée. Mais toutes les courses sont dures, même celles sans relief. Chacune à ses propres caractéristiques.

Comment se passe l’entraînement pour ce type de course, qui n’a lieu qu’une fois dans l’année ?

L’avantage, c’est que le dernier Roubaix a eu lieu il n’y a pas si longtemps [le 3 octobre], donc tout est encore frais dans notre tête. L’année dernière, on ne savait vraiment pas à quoi s’attendre, hormis ce qu’on voyait à la télévision. Là, on va partir quelques jours avant avec l’équipe pour faire de bonnes reconnaissances et repérer les secteurs pavés. Surtout que les conditions vont peut-être changer. L’année dernière, c’était mouillé et on espère que ça soit un peu plus sec.

On parlait de courses difficiles, racontez-nous votre Tour des Flandres, le 3 avril, où vous avez terminé 20e…

C’était une course dure et je n’étais pas vraiment dans mon meilleur jour, donc je n’étais pas vraiment satisfaite de ma course et des sensations. Mais c’était bien d’avoir les spectateurs de retour au bord de la route. Après deux ans sans spectateurs, c’était impressionnant de voir le monde sur le bord des routes, on sait l’importance qu’a le Tour des Flandres pour les Flamands. J’espère qu’ils ont apprécié la course.

Dans votre carrière, vous avez presque tout gagné, qu’est ce qui vous pousse à encore vous aligner au départ d’une course ?

Pour moi, ce n’est pas une question de remporter telle ou telle course. J’essaie de donner le meilleur de moi-même. On a de magnifiques nouvelles courses dans le calendrier et je veux prendre du plaisir, passer du bon temps avec mes coéquipières. Evidemment, après, on souhaite avoir les meilleurs résultats possibles.


Après l’arrivée de Paris-Roubaix, l’année dernière, et du Tour de France, cette année, quelles sont les prochaines étapes pour développer encore plus le cyclisme féminin ?

Le cyclisme féminin est vraiment dans un bon moment. Si tu regardes le calendrier, avec Paris-Roubaix, toutes les classiques du printemps, l’ajout du Tour de France à ce qui existait déjà, ça montre la popularité de notre sport et sa professionnalisation. Pour moi, il n’y a pas grand-chose à faire de plus pour encore s’améliorer. Les équipes, comme la Jumbo-Visma, sont maintenant vraiment à un niveau très élevé. Si je regarde en arrière, il y a dix ou quinze ans, et où on en est maintenant, on peut être vraiment heureuses.

Existe-t-il des ponts entre les équipes masculine et féminine chez Jumbo-Visma ?

Oui, par exemple, pour les classiques de printemps, on a fait la préparation ensemble. Mais jusqu’à présent, à cause du coronavirus, on était quand même un peu dans des bulles différentes. Mais quand c’est possible, l’équipe veut faire les choses ensemble pour qu’on apprenne chacun des autres, qu’on se motive les uns les autres. C’est une bonne chose, c’est définitivement un sport d’équipe. Mais on a encore des courses différentes, des stages séparés, donc on ne fait pas tout ensemble.

Avec Annemiek Van Vleuten, Chantal Van Den Broek-Blaak, vous, et même Anna Van Der Bregen (qui a pris sa retraite l’été dernier), comment expliquez-vous ce potentiel incroyable aux Pays-Bas ?

Je ne sais pas s’il y a une recette spéciale. Si vous regardez le Tour des Flandres, vous avez neuf nationalités différentes parmi les dix premières, ce qui montre aussi l’état du cyclisme, qui est très international. Mais c’est vrai qu’on a de très fortes coureuses. Et quand vous voyez autour de vous des championnes, ça vous inspire et vous motive pour arriver à leur niveau. Il y a une émulation pour aller au plus haut. Et puis, on a vraiment des infrastructures et des clubs de très haut niveau. Les jeunes cyclistes ont donc les moyens de se développer. Mais je ne pense pas que nous soyons en avance sur les autres. On est aussi chanceuses par rapport à la génération qu’on a en ce moment.