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Rugby : « Un club comme Toulon reste attractif », assure Baptiste Serin, malgré une saison difficile
INTERVIEW DU LUNDI•Le demi de mêlée et capitaine du RC Toulon se confie alors que son club traverse une saison compliquée en Top 14 et dans les coulissesPropos recueillis par Antoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Chaque lundi, 20 Minutes donne la parole à un acteur ou une actrice du sport qui fait l’actu du moment. Cette semaine, place à Baptiste Serin, demi de mêlée et capitaine du RC Toulon.
- Le demi de mêlée de 27 ans évoque la saison compliquée de son club, entre classement décevant et soubresauts internes.
- Longtemps blessé, l’international aux 42 sélections rêve toujours en Bleu, même s’il ne figure pas actuellement dans les premiers choix de Fabien Galthié.
Entre résultats décevants et soubresauts internes, le RC Toulon vit une saison compliquée en Top 14. Un exercice dont Baptiste Serin a raté le début, après avoir été opéré d’une épaule en juin. Revenu fin novembre, le demi de mêlée et capitaine varois (27 ans, 42 sélections) a vite retrouvé son rôle de taulier dans un club qui compte deux matchs de retard par rapport à ses concurrents pour le maintien. Il s’est confié à 20 Minutes, avant la défaite à Brive, samedi (17-10). Pour ce qui est de porter de nouveau le maillot du XV de France, derrière l'inamovible Antoine Dupont, cela attendra encore un peu.
Que ressent-on dans une ville comme Toulon quand la situation du club est compliquée ?
Dans la région, le rugby est très implanté. Quand ça marche très bien, c’est extraordinaire, quand ça marche moins bien, beaucoup de personnes parlent autour du club, se posent des questions. C’est ce qui fait aussi le charme de cette région et de ce club. Quand il y a beaucoup d’attente autour, forcément, les gens le font savoir. On essaie de faire de gros matchs dans l’envie, l’agressivité, ce qui fait le B.A.-BA de notre sport. Après, vu notre travail, ça va payer.
En général, Mayol est un stade qui fait peur à l’adversaire. Quel est l’état d’esprit actuel dans votre stade ?
Je ne pense pas que le public se retourne contre nous. Au contraire. On a des moments de doute pendant le match et on ressent beaucoup de soutien, de ferveur. Les supporteurs ne nous lâchent pas. Tout le monde souffre un peu en ce moment à cause de notre place au classement mais beaucoup de supporteurs sentent que l’on retrouve quelque chose. Il faut s’appuyer là-dessus.
Personnellement, dans quel état d’esprit traversez-vous cette saison entre votre opération, le départ de Patrice Collazo, l’arrivée de Franck Azéma, puis la nomination de Pierre Mignoni pour la saison prochaine ?
Il y a eu beaucoup de rebondissements. C’était très compliqué quand j’étais blessé. Ne rien pouvoir apporter à l’équipe, c’est frustrant pour un joueur. On essaie d’être présent en dehors du terrain, pour rassurer les mecs car on avait beaucoup de blessés et parmi eux beaucoup de leaders. Il faut essayer aussi de faire le lien entre coach et joueurs.
Depuis que j’ai repris, je suis beaucoup mieux dans ma tête. C’est beaucoup plus simple quand on est sur le terrain. Mais la situation du club fait que personne n’est content de la place à laquelle on est en ce moment. Mais personne ne baisse la tête, tout le monde fonce pour tirer l’équipe vers le haut.
Aviez-vous déjà vécu une période aussi perturbée en club ? Peut-être à l’UBB quand Brunel, Teague et Worsley se sont succédé à la tête de l’équipe en 2018…
C’était à peu près semblable mais il y avait un peu moins de pression autour du club. A Toulon, tout est exacerbé. La solution viendra de l’intérieur, de notre travail. Le soutien des supporteurs sera un plus pour nous.
Les leviers de remobilisation sont-ils différents d’un club à l’autre ?
Que ce soit à Bègles ou ici, tout le monde est préoccupé par la même chose. On est tous professionnels, on a tous envie de faire les choses bien, de passer de bons moments dans nos carrières. Il faut prendre ce qui nous arrive comme une opportunité de vivre des choses différentes, en tirer le positif. On crée peut-être ce qui va être le RCT dans les prochaines années à partir de maintenant.
Qu’est-ce que cela vous fait-il d’être bientôt dirigé par Pierre Mignoni, un ancien demi de mêlée ?
J’ai déjà connu Fabien Galthié en équipe de France. Je le vois plutôt comme une bonne chose. Il y a déjà Julien Dupuy en charge des trois-quarts à Toulon, qui échange beaucoup et qui a un regard qui se rapproche du mien sur le rugby. Pierre, je ne le connais pas encore. Il a un pedigree. Un apport comme le sien ne peut être que positif.
Etes-vous inquiet avec tous les départs annoncés, notamment au poste de numéro 10 ? Vous allez devoir reformer une nouvelle charnière.
C’est vrai qu’il y a des départs comme dans tous les clubs chaque année, avec aussi des arrivées. On perd deux très bons numéros 10 (Anthony Belleau et Louis Carbonel) mais j’ai confiance dans le club, dans Pierre, Franck et le président pour trouver des 10 aussi talentueux que ceux que l’on perd (le Rochelais Ihaia West a déjà signé). Je ne me fais pas trop de souci par rapport à ça, tout le monde leur fait confiance. Un club comme Toulon reste attractif. Pour l’instant, j’ai d’autres préoccupations collectives.
Quand vous avez quitté l’UBB en 2019, vous parliez de vous mettre en danger. Est-ce que vous recherchiez ce que vous vivez à Toulon ?
On essaie de se mettre en danger individuellement dans le sens où on essaie de savoir si on peut avoir de l’importance dans un autre club, comment on peut évoluer loin de sa famille, dans des conditions totalement différentes, avec beaucoup plus de pression autour. C’est ça que je suis venu chercher, pas jouer la 13e ou 14e place avec Toulon.
Mais il faut l’accepter, c’est la vie, le destin. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment se relever après ce qui s’est passé dans la première partie de saison. J’essaie de transmettre mon énergie pour qu’on tire tous dans le même sens et qu’on mette le club à l’abri le plus vite possible.
Y a-t-il un objectif en Challenge européen, ou est-ce un bonus ?
Pour être franc, on n’en a pas encore trop parlé parce que c’est encore loin. Il reste un match mais on est déjà qualifié parmi les meilleures équipes, avec quasiment l’assurance de recevoir. Notre préoccupation première, c’est le Top 14. Mais quand les dates européennes vont se rapprocher, on va commencer à en parler. Personnellement, je pense aussi qu’on peut sauver notre saison avec le Challenge européen. J’espère qu’on arrivera à y faire quelque chose.
Quel regard portez-vous sur la hiérarchie des numéros 9 en équipe de France ? Vous ne faites plus partie des joueurs appelés. Comment l’avez-vous vécu ?
Pas mal. Je sortais de sept mois sans jouer. Dans cette situation, des joueurs prennent votre place, c’est la loi du sport de haut niveau. J’ai traversé beaucoup d’aléas en équipe de France. Ça va, ça vient, ça repart, ça revient… Je sais que mes performances en club feront que je pourrai peut-être postuler à l’équipe de France. Je n’ai pas d’amertume. Je suis juste content de voir comment ça se passe, on aimerait tous qu’elle gagne le Tournoi.
Je sais très bien que la hiérarchie au jour J ne sera pas forcément la même à J + 1. A moi de retrouver mon niveau. Cela passera par des bons résultats et par remettre Toulon un peu plus haut au classement pour qu’il y ait de la confiance collective. Une confiance individuelle se trouve par de la confiance collective.
Avez-vous des discussions avec le staff des Bleus ?
Oui. Je les ai eus souvent au téléphone. Je ne vais pas vous dire ce qui s’est dit, je l’ai toujours gardé pour moi. Mais oui, ils m’appellent, il n’y a aucun problème par rapport à ça. Ils ont une hiérarchie logique parce que je n’ai pas joué depuis un moment et il y a des mecs qui ont fait de bonnes performances en club. On a la chance d’avoir de très bons numéros 9 en France. Mon objectif c’est d’y retourner et je sais par quoi ça passe.



















