VTT extrême : « L’hyperactif » Kilian Bron enchaîne des vidéos de folie en s’attaquant aux plus hauts sommets du monde

HORS-TERRAIN Le pilote freeride français, qui va fêter ses 30 ans, vient de sortir une énième spectaculaire vidéo tournée dans les Alpes suisses

Jérémy Laugier
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Kilian Bron est ici sur les hauteurs d'Interlaken (Suisse) pour son dernier projet.
Kilian Bron est ici sur les hauteurs d'Interlaken (Suisse) pour son dernier projet. — Tristan Shu
  • Chaque jeudi, dans sa rubrique « hors-terrain », 20 Minutes explore de nouveaux espaces d’expression du sport, inattendus, insolites, astucieux ou en plein essor.
  • Cette semaine, nous nous consacrons au parcours de Kilian Bron, auteur de prouesses extrêmes sur son VTT depuis dix ans.
  • A l’image de son dernier projet Switzerland Paradise, le freestyleur tricolore s’est construit une belle carrière de pilote professionnel, via des vidéos à succès sur YouTube.

Que ce soit sur un volcan péruvien à 6.000 m d’altitude ou sur les sommets des Alpes suisses avec sa dernière vidéo Switzerland Paradise,  Kilian Bron est aussi brut que tonitruant. Le pilote de  VTT, qui partage sa vie entre Andorre et la Haute-Savoie, multiplie les spectaculaires vidéos de freeride à plusieurs millions de vues  sur YouTube. Depuis son enfance à Bourg-Saint-Maurice (Savoie), l’intéressé ne fait qu’un avec son vélo. « J’ai toujours passé beaucoup de temps dehors, raconte-t-il. Mes parents m’ont laissé libre et on allait s’aventurer un peu partout avec des potes. Mon vélo est devenu l’outil idéal pour partir explorer la montagne et me vider la tête. »

Ce mode de vie colle à la peau du freerideur français, qui se décrit comme « calme », sauf lorsqu’il descend des sentiers de montagne à toute vitesse depuis l’âge de 13 ans. « Que ce soit via le VTT ou le ski de rando, Kilian est à mes yeux surtout un hyperactif, confie son ami et ancien coloc Pierre Henni. Il a tout le temps des idées qui bouillonnent en lui, il ne sait pas se poser et ne rien faire. »

« J’allais péter les plombs dans cette vie-là »

C’est pourquoi il se teste sur différents formats, de la Coupe du monde de VTT de descente en 2011 au circuit mondial enduro (départs groupés et courses de près d’une heure) de 2016 à 2019. Mais le plaisir ultime de Kilian Bron dans sa discipline va être ailleurs.

 En France, il y a toujours une notion de compétition quand tu pratiques un sport. Le message que je tiens à faire passer, c’est qu’on n’a pas à se limiter à ce cadre. On peut sortir du moule classique en se construisant ses aventures. »
 

Et le Savoyard ne s’est pas fait prier pour franchir le pas, une fois réglée la question du choix de vie. « Je me sentais différent et j’ai vite compris que je n’avais pas envie d’un quotidien normal de 35 heures dans un bureau, explique-t-il. Je passais mon temps à regarder dehors et j’allais péter les plombs dans cette vie-là. » Il tire donc un trait dès son stage de fin de licence à Montmélian (Savoie) sur son poste de gestionnaire de projets dans le développement de produits industriels.

Kilian Bron se lance sur les hauteurs de Martigny, dans le Valais suisse.
Kilian Bron se lance sur les hauteurs de Martigny, dans le Valais suisse. - Tristan Shu

« Je n’aime pas être perçu comme une tête brûlée »

Place à un premier projet off filmé en 2011 au Maroc, auquel succèdent moult aventures inédites en Nouvelle-Zélande, au Canada, en Italie ou donc plus récemment aux côtés de chamois en Suisse. Cet ancien  pompier volontaire, durant sept ans à la caserne de Talloires-Montmin (Haute-Savoie), prend même « autant de plaisir » à participer à du montage photo et vidéo qu’à rider dans des paysages reculés. Outre sa GoPro, il voyage le plus souvent avec un caméraman, un pilote de drone et un photographe. Dès sa première « mission », le nom d’une des web-séries qu’il a lancées, la question des risques pris sur son VTT revient forcément sur les lèvres des internautes bluffés.

On ne pense pas assez à rider sur des barrages en vacances.
On ne pense pas assez à rider sur des barrages en vacances. - Tristan Shu

« Je suis très curieux et je repousse souvent mes limites, reconnaît Kilian Bron. Mais je n’aime pas être perçu comme une tête brûlée. Il y a derrière ces vidéos une grosse préparation physique, mentale et des réflexes à travailler, ainsi que des repérages à pied avant chaque descente, où je scrute le moindre caillou. Je me suis fait plusieurs fractures mais le but, ce n’est pas de jouer avec ma vie. »

Un lever à 2 heures pour accéder au sommet d’un volcan mexicain

Le pilote sait bien qu’avec des pointes à plus de 100 km/h, le risque est incontournable. « A chaque tournage, il m’impressionne par son immense concentration quand il sait qu’il va risquer sa vie, constate Pierre Henni, devenu son vidéaste sur la plupart de ses innovants projets. En 2018 en Namibie, j’avais envie de tourner la tête quand je le voyais sur des dalles en granit, au plus proche de la falaise. Mais lui, il traçait avec une aisance totale. »

Une vidéo qui marque « un tournant » dans l’envol de Kilian Bron. Il parvient désormais à toucher « un public bien plus large que le milieu du VTT » à en croire Pierre Henni. Ce dernier sait qu’il ne suivra pas son pote dans toutes ses folles aventures. Quand en mars dernier au Mexique, le freerideur indique aux membres de son équipe qu’il quittera sa tente en pleine nuit pour filer découvrir un lever de soleil au sommet du volcan Popocatepetl (5.426 m d’altitude), personne n’envisage l’accompagner aussi haut, aussi tôt.

 Quand tu te lèves à 2 heures du matin pour gravir 1.000 m de dénivelé positif dans le sable volcanique en poussant et en portant ton vélo, c’est là que tu te sens vivant. Il y a des zones où on est vraiment comme seuls au monde. »
 

14 levers du jour captés et un film de moins de 4 minutes

La magie de ses vidéos se trouve en partie dans cette quête d’inconnu : « Quand je vois les galères d’accès qu’on peut parfois rencontrer, comme pour atteindre le sommet du volcan Chachani (6.057 m d’altitude) au Pérou, je me doute que je suis le premier à venir là avec mon vélo ». Soutenu sur le long terme par une dizaine de sponsors, dont la marque de vélos Commencal, Kilian Bron peut vivre de sa passion. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il rentabilise ses voyages.

La vue ne doit pas être désagréable depuis ce sommet, dans le Valais suisse.
La vue ne doit pas être désagréable depuis ce sommet, dans le Valais suisse. - Tristan Shu

Pour un film de moins de 4 minutes, Follow the light, tourné l’an passé en Turquie, il a tenu à rider face à 14 levers de soleil, en quinze jours passés sur place. Rien d’étonnant pour ce pilote professionnel, qui peut enchaîner en une journée d’entraînement jusqu’à 20 descentes, soit au total 10.000 m de dénivelé négatif, dans son « camp de base » de La Clusaz (Haute-Savoie).

Il remporte la redoutable Mountain of Hell en 2018, 2019 et 2021

Celui qui fêtera ses 30 ans lundi prochain tient à rester insaisissable, comme le prouve son projet Outdoor Synchrony. En 2020, il permet une incroyable rencontre entre les principales disciplines outdoor, aux côtés du traileur  Michel Lanne, du snowboardeur Victor Daviet ou encore des Soul Flyers  Fred Fugen et son regretté acolyte  Vince Reffet. Quand on est un « hyperactif » notoire, on peut aussi conserver un pied dans la compétition, et même être le triple tenant du titre de la redoutable  Mountain of Hell aux Deux Alpes (Isère), avec un millier de participants alignés au départ de cette descente enduro freeride de 25 km et 2.400 m de D-.

« Disons qu’on ne se fait pas de coups bas mais pas non plus de cadeaux sur ce format de course, sourit Kilian Bron. C’est un condensé d’adrénaline et de lâcher prise, à parfois 125 km/h sur la neige. Dès le départ, ça peut se transformer en entonnoir. » La suite, ça sera la sortie d’une vidéo d’un tour du Mont-Blanc puis d’un autre défi en Espagne, avant de filer rider en mars au Guatemala. Le choix de vie à 125 km/h du si créatif pilote de VTT ne va certainement pas se freiner en franchissant le cap des 30 ans.