VTT descente : Rigueur, risques et gros mental… Myriam Nicole, Formule 1 de la discipline

HORS TERRAIN La Montpelliéraine, double championne du monde de VTT descente, règne sur une discipline souvent comparée dans son fonctionnement à la Formule 1

Jérôme Diesnis
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Double championne du monde, Myriam Nicole dévale des pentes allant jusqu'à 40% de dénivelé
Double championne du monde, Myriam Nicole dévale des pentes allant jusqu'à 40% de dénivelé — Commencal Muc-Off / Keno Derleyn
  • Chaque jeudi, dans sa rubrique « hors-terrain », « 20 Minutes » explore de nouveaux espaces d’expression du sport, inattendus, insolites, astucieux ou en plein essor.
  • Aujourd'hui, zoom sur la Montpelliéraine Myriam Nicole, double championne du monde de VTT descente.
  • Dans cette discipline, la course à la technologie a des conséquences directes sur les vélos de Monsieur tout le monde. Toutes proportions gardées en termes de budgets, elle est souvent comparée à la Formule 1.

Le 29 août, Myriam Nicole a exulté sur le podium des championnats du monde de VTT descente. Pour la seconde fois en deux ans. Impressionnant spectacle que ces bolides lancés à pleine vitesse sur des pentes, à Val di Sole ce jour-là, à 20 % de moyenne avec des passages à 40 %. De l’extérieur, les pilotes ont la parfaite panoplie des trompe-la-mort. Alors quand l’Héraultaise se confie sans fard, la confidence nous scotche. « Je me considère comme quelqu’un de peureuse, avoue-t-elle. J’ai souvent peur et j’utilise cette peur pour ne pas faire n’importe quoi. »

Le VTT descente est une discipline aussi spectaculaire que trompeuse. Loin, très loin de l’image de fous furieux dévalant les pentes. « Parce que les risques sont bien présents, on est extrêmement rigoureux. Le travail de reconnaissance du terrain que l’on mène en amont est invisible, mais il est essentiel. Quand je prends le départ d’une course, je sais exactement où je mets mes roues. Entre quels cailloux et quelles racines je mets ma tête. Je n’ai pas le droit de douter de mes trajectoires », décrit-elle.

« Elle a une force de caractère exceptionnelle »

La Montpelliéraine est la reine de sa discipline. A 31 ans, elle est au sommet de sa carrière. « C’est un âge où beaucoup raccrochent, alors que j’ai l’impression de continuer à progresser, sourit-elle. Je pense que j’ai tellement fait de saisons blanches avec les blessures, que j’ai gardé beaucoup de fraîcheur mentale. J’ai eu le temps de réfléchir à beaucoup d’aspects de la compétition. » Le temps aussi de refuser la fatalité.

La Montpelliéraine Myriam Nicole est double championne du monde de VTT descente.
La Montpelliéraine Myriam Nicole est double championne du monde de VTT descente. - Commencal Muc-Off / Keno Derleyn

« Myriam a appris à sauter, elle a fait un énorme travail personnel. Et puis elle a quelque chose que l’on retrouve chez tous les grands champions, une force de caractère exceptionnelle », explique Anne-Caroline Chausson, la première médaillée d’or de l’histoire du BMX aux Jeux olympiques. « Quand j’arrive sur un saut, je me pose la question : est-ce que j’ai les outils pour le faire, dans tout ce que j’ai amassé comme expérience. Il m’a fallu faire un gros travail avec mon préparateur mental », complète l’intéressée.

Le VTT Descente, une petite Formule 1

Autour d’elle gravite un staff au complet. Une quinzaine de personnes, des mécaniciens aux préparateurs physiques. Un univers où rien n’est laissé au hasard. « Toutes proportions gardées avec les budgets, le VTT descente est très souvent comparé à la Formule 1 dans son approche », évoque Arthur Quet, responsable de la recherche et développement à Commencal, l’un de plus grands constructeurs de VTT. Et qui possède sa propre team sur le circuit mondial de descente. Dans les paddocks, les week-ends de compétitions auxquels viennent assister jusqu’à 60.000 personnes, des semi-remorques transportent un condensé de technologies.

Derrière l’adrénaline et le fun d’un sport qui s’éclate hors des sentiers battus, « beaucoup de moyens sont mis dans le développement, reprend Arthur Quet. Le retour d’expérience des pilotes, leur capacité à repousser les limites du matériel font que les constructeurs gagnent plusieurs années. Quand un produit arrive sur le marché. Il a d’abord été testé grandeur nature. » L’évolution de la taille de roues, celle des suspensions, l’apparition de l’électronique font aujourd’hui l’objet d’une féroce bataille technologique.

La quête des Jeux

La majeure partie des constructeurs de VTT ont leur propre écurie. Les Andorrans de Commencal, l’écurie de Myriam Nicole, sont parmi les plus compétitifs. Et les plus structurés avec plusieurs écuries, dont certaines fonctionnent comme Alpha Tauri et Red Bull en Formule 1, la première étant la réserve à talents de la seconde. « En l’espace de quelques années, notamment grâce à la médiatisation apportée par Red Bull, j’ai vu la discipline se professionnaliser de façon très spectaculaire, témoigne Anne-Caroline Chausson. C’est un des sports les plus complets que je connaisse. »

Auquel il manque la reconnaissance ultime, celle d’une présence aux JO, comme peuvent l’être d’autres disciplines du VTT. « Elle a toute la légitimité pour le devenir », assure la championne olympique de BMX, qui a longtemps disputé les compétitions internationales en VTT descente. Elle intervient aujourd’hui comme consultante pour Commencal. « Je ne vois pas de raison de ne pas y être un jour, complète Myriam Nicole. Ce ne sera pas en 2024 mais en 2028 à Los Angeles, pourquoi pas. Et si c’est le cas, je me vois très bien y participer ! »